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A quoi sert la venue d’Elisabeth Borne à Alger ?

Borne à Alger

Manifestement, pas de sujets qui fâchent pour la visite de deux jours qu’effectuent la première ministre Elisabeth Borne et 16 ministres de son gouvernement à Alger. 

C’est sa première sortie officielle à l’étranger. Elle la fait à Alger, une destination habituellement compliquée pour les autorités françaises. Aucun dossier stratégique n’est officiellement prévu sur la table des rencontres des 16 ministres qui l’accompagnent avec leurs homologues algériens. Ni la sécurité, ni encore moins celui de l’énergie ne seront évoqué, selon les informations rapportées par l’AFP.

Pas un mot sur la question des violations des droits de l’homme. Les 300 détenus d’opinion et la mise entre parenthèses de toutes les libertés démocratiques ne sont pas la priorité des Français. Paris a appris à balayer devant sa porte quand il s’agit d’Alger. Il est vrai que Tebboune n’est pas Poutine auquel Macron s’évertue à chacune de ses sorties à donner des leçons sur le respect des libertés. Et puis, le président français ne voudrait pas ouvrir un nouveau front gazier !

Cela tombe bien pour Tebboune, qui pourra continuer à pressurer la société civile et les partis et mettre au pas les derniers carrés de dissidence.

« Cette visite après celle de Macron est la meilleure chose qui soit arrivée à Tebboune depuis son arrivée au pouvoir, j’espère qu’il saisira l’occasion pour ouvrir une nouvelle page d’un partenariat concret et stratégique », nous confie un ancien ministre du FLN.

Cette visite de deux jours en Algérie a pour objectif de donner « une impulsion nouvelle » et possiblement concrète à la réconciliation amorcée en août par les présidents des deux pays. Un justificatif valise qui veut tout dire sans rien dire. En effet, aucune annonce de chantier partenarial concret n’est annoncé.

Mme Borne fera un détour mémoriel au Monument des Martyrs, Maqam El Chahid pour déposer une gerbe de fleurs à la mémoire des martyrs de la guerre d’indépendance contre la France. Dans la foulée, elle ira aussi au cimetière Saint-Eugène, dans la banlieue ouest d’Alger, où reposent un nombre important de Français nés en Algérie.

Hormis ces deux moments mémoriels, rien sur la reconnaissance des crimes de la colonisation. Ni autre condamnation de cette période sombre de la France en Algérie. Ce sujet qui fâche est évacué par une entourloupe trouvée à la dernière visite de Macron en Algérie. La question mémorielle sera l’affaire d’une commission mixte d’historiens. C’est connu quand on veut éluder un problème on lui crée une commission.

Les présidents français et algérien avaient annoncé en effet en août l’installation prochaine d’une commission d’historiens des deux rives mais elle est « encore en cours de constitution », selon Paris.

Rien que la coopération économique

Mme Borne présidera aussi dimanche, avec son homologue algérien Aïmene Benabderrahmane, la réunion du 5e Comité intergouvernemental de haut niveau (CIHN), dont la dernière édition remonte à 2017, où il sera surtout question de « coopération économique ». Pour l’heure, aucun détail n’est fourni du contenu de ce fameux CIHN.

Catherine Colonna, la ministre des Affaires étrangères, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, Gérald Darmanin, le ministre de l’Intérieur ou encore Agnès Pannier-Runacher en charge de la Transition énergétique font partie du voyage. Par ailleurs, une dizaine d’entreprises, dont le géant pharmaceutique Sanofi, font le déplacement.

Une visite à Alger avec quelques ministres avait été envisagée en avril 2021 mais reportée à la dernière minute, dans un contexte de relations tendues avec l’Algérie.

Le CIHN doit se conclure par la signature « d’accords », qui ne seront pas forcément des contrats d’entreprises et porteront sur la formation, la transition énergétique, la coopération économique, la jeunesse et l’éducation, ainsi que le régalien.

Il s’agit pour Paris de donner une « impulsion nouvelle » à la relation franco-algérienne « pour la tourner vers l’avenir vers des projets concrets ».

Toutefois sur l’autre question délicate des visas, « les discussions n’ont pas encore abouti », reconnaissait jeudi Matignon.

Les présidents des deux pays avaient fin août ouvert la voie à un assouplissement du régime de visas accordés à l’Algérie, en échange d’une coopération accrue d’Alger dans la lutte contre l’immigration illégale.

Cette question empoisonne la relation bilatérale depuis que la France a divisé par deux le nombre de visas octroyés à l’Algérie, jugée pas assez prompte à réadmettre ses ressortissants expulsés de France.

Pas de gaz 

Sur le gaz, la visite de M. Macron, accompagné par la présidente d’Engie Catherine MacGregor, avait généré beaucoup d’attentes sur des livraisons de gaz algérien vers la France, dans le contexte d’une raréfaction du gaz russe en Europe.

Mais ce dossier « n’est pas à l’ordre du jour » de la visite, selon Matignon, alors que les « discussions se poursuivent » entre Engie et le groupe algérien Sonatrach, selon une source proche du dossier.

Mme Borne n’emmène avec elle qu’un seul grand groupe, Sanofi, qui a un projet d’usine à insuline, et quatre PME, Générale Energie, qui envisage la construction d’une usine de recyclage et transformation de noyaux d’olives, Infinite Orbits, qui a un projet de premier microsatellite algérien, Neo-Eco, qui travaille sur le traitement des déchets comme l’amiante, et Avril, spécialisée dans la transformation de céréales.

De son côté Business France, structure publique chargée des investissements internationaux, emmène plusieurs dizaines d’entreprises venues pour le Forum des affaires franco-algérien, qui sera inauguré lundi par les Premiers ministres des deux pays.

Autre axe de la visite, la jeunesse, que Mme Borne rencontrera lundi au lycée français puis à l’ambassade, avec des représentants de la société civile algérienne.

Sofiane Ayache/AFP

 

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