3 octobre 2022
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Affaire Chakib Khelil: la faute à Toto

Chronique de Mohamed Benchicou

Affaire Chakib Khelil: la faute à Toto

En affirmant détenir des « preuves » que la compagnie italienne ENI a payé, via sa filiale Saipem, des pots de vin pour obtenir des marchés en Algérie et garantir « les faveurs du ministre de l’Energie Chakib Khelil », le procureur du tribunal de Milan, Isidoro Palma, vient de signifier aux dirigeants algériens que mentir à un Italien c’est comme vouloir apprendre à un vieux singe à faire la grimace ou à un Corse à faire la sieste.

Dans le domaine de la comédie, de l’esbroufe, de la séduction et de la mystification, les Italiens ont, depuis Casanova, quelques siècles d’avance sur le reste de la planète et avant de faire leur cinéma sur le pauvre Chakib Khelil « injustement incriminé », Amar Saïdani et Ahmed Ouyahia, auraient dû jeter un œil sur le cinéma d’Ettore Scola ou de Dino Risi : pour duper un Italien il faut être plus fort que Toto, l’acteur emblématique de la comédie italienne des années 1940 et 1950, beaucoup plus fort que le matamore Vittorio Gassman, dragueur, menteur, escroc et « grande gueule ».

Et qui sont donc les protagonistes de l’affaire Sonatrach sinon des personnages typiques de la commedia dell’arte, mais transposés dans un univers de corruption, de mensonges et de fourberies, comme le western spaghetti de Sergio Leone qui nous a laissé des titres éloquents : Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus… Notre Amar Saïdani, se serait reconnu dans I nuovi mostri (Les Nouveaux Monstres), dans ces personnages truculents, grotesques voire monstrueux, qu’incarnera Nino Manfredi où la fourberie et les mensonges tiennent lieu de vie quotidienne. Il aurait reconnu Khelil peint en Sordi sans scrupule par Luigi Comencini dans L’Argent de la vieille, ou en personnage déchu dans Mio Dio, come sono caduta in basso ! (Mon Dieu, comment suis-je tombé si bas ?)

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Le cinéma italien a même mis en scène l’affaire Sonatrach il y a soixante-dix ans déjà dans Miracolo a Milano (Miracle à Milan), œuvre de Vittorio De Sica et Cesare Zavattini. Dans ce film qui a obtenu la palme d’or au festival de Cannes en 1951, s’affrontent le monde naïf des pauvres et le monde avide des riches… autour du pétrole ! Pas encore celui de Hassi-Messaoud, mais celui qui jaillit un beau jour dans un bidonville d’où seront exclus alors les pauvres et qui deviendra propriété des nouveaux riches. Incroyable !

Le gouvernement algérien n’a pas encore réagi à cette nouvelle donne qui pourrait bien se terminer par une inculpation de l’ancien ministre de l’Energie

On entendrait une mouche voler ! Le silence des ténors du pouvoir est édifiant ! Eux qui avaient fait haro sur le général Médiène et le DRS pour avoir « injustement » accusé le respectable Chakib Khelil d’actes corruptifs, ne trouvent subitement plus de mots pour démentir les propos du procureur italien.

Tonton, pourquoi tu ne tousses plus ?

 

Auteur
Mohamed Benchicou

 




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