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Affaire Eric Zemmour au Sila : Koukou éditions porte plaine pour abus et usurpation de fonction

Koukou Editions

Nouveau rebondissement dans l’affaire qui oppose Koukou éditions que dirige Arezki Aït Larbi et le ministère de la Culture suite à la révélation de l’exposition du livre d’Eric Zemmour au Sila, alors même que cette maison d’édition algérienne y est interdite. « La commission de censure s’enfonce dans l’ignominie », écrit l’éditeur dans un communiqué qui annonce le dépôt d’une plainte.

Ci-dessous le communiqué de l’éditeur

Acculée par les révélations sur la présentation au Sila d’un livre d’Eric Zemmour, leader de l’extrême droite française célèbre pour sa haine des Algériens, la Commission de censure a publié, mardi 14 novembre, un communiqué au nom du ministère de la Culture et des Arts, pour « formellement démentir les rumeurs relayées par certaines parties tendancieuses concernant l’autorisation  d’exposition d’un livre de l’écrivain français d’extrême droite … »

Défiant le ridicule sans craindre la contradiction, les censeurs anonymes ont reconnu dans le même texte que « les services du Commissariat ont procédé directement, dès la découverte du livre (…) à son retrait immédiat, tout en adressant un avertissement à l’exposant ».

On attendait les explications du ministère de la Culture et des Arts sur une forfaiture qui a choqué les Algériens et éclaboussé l’institution ; on a eu droit au plaidoyer de délinquants pris sur le fait, qui tentent de faire diversion par des approximations et des non-dits pour tromper l’opinion publique.

Pour clarifier les enjeux essentiels sans se laisser entrainer dans des débats biaisés, Koukou Editions tient à apporter les précisions suivantes :

1- Tout en confirmant l’intrusion du livre d’Eric Zemmour au Sila, la Commission de censure du ministère de la Culture et des Arts prétend ne pas l’avoir autorisé. Pourtant, la procédure est bien rodée : avant d’arriver sur les stands du Sila, le catalogue des éditeurs-exposants est soumis au contrôle de la Commission de censure, qui prononce l’interdiction de tout livre édité à l’étranger et jugé, à tort ou à raison, indésirable. Quant à la censure éventuelle d’un livre édité en Algérie, elle relève de la compétence exclusive de l’autorité judiciaire (article 54 de la Constitution).

Contrairement à ce que laisse entendre la Commission de censure, le livre d’Eric Zemmour n’a pas été introduit frauduleusement ; il figure bien sur la liste transmise par son éditeur pour laquelle les censeurs anonymes n’ont pas jugé utile d’émettre la moindre réserve, encore moins prononcer une interdiction. N’est-ce pas là une autorisation ?

En feignant de découvrir le scandale une fois révélé sur la place publique, et en qualifiant ceux qui l’ont dénoncé de « parties tendancieuses », les membres de la Commission de censure ajoutent à l’ignominie la mauvaise foi. Coupables, au minimum, de laxisme et de manque de vigilance, leur connivence idéologique avec l’extrême droite française est désormais bien établie par un faisceau de preuves.

2- Est-ce un hasard ? En se débattant dans de pitoyables élucubrations pour se dédouaner de toute proximité avec Eric Zemmour et l’extrême droite française, les censeurs anonymes ont réussi à occulter un autre scandale qui dure pourtant depuis 2016, et qu’ils ne peuvent prétendre ignorer tant les preuves de leur troublante tolérance sont multiples et accablantes : l’exposition au Sila et la vente libre des œuvres de deux monstres du XXe siècle, « Mein Kampf » d’Adolf Hitler et les « Mémoires » de Mussolini, traduits en arabe par un éditeur égyptien. Un scandale maintes fois dénoncé par de nombreux visiteurs, mais sur lequel la Commission de censure a fermé les yeux pendant 7 ans !

Un autre éditeur égyptien, qui a eu le mauvais goût de privilégier les auteurs progressistes, s’est vu interdire l’exposition d’ouvrages de Nawal Saadaoui, célèbre écrivaine, psychiatre, et figure égyptienne de l’émancipation des femmes arabes. Aux protestations indignées de cet éditeur, la réponse d’un responsable du ministère de la Culture et des Arts ne laisse aucun doute sur les motifs de l’interdiction : « Les Algériens n’aiment pas les féministes, encore moins Nawal Saadaoui «  !! On l’aura compris, ils leur préfèrent donc les nazis et les fachos ? !…

Koukou Editions exclue encore du SILA !

3- De dérives idéologiques en violations récurrentes de la loi, les censeurs anonymes donnent libre cours à leurs fantasmes liberticides. En autorisant les ouvrages d’auteurs étrangers universellement controversés, et en s’arrogeant le pouvoir de traquer les pensées incontrôlables d’auteurs algériens, ils ont piétiné la constitution et usurpé la fonction du magistrat, seul habilité par la loi fondamentale à prononcer l’interdiction éventuelle d’une publication éditée en Algérie.

En conclusion :

Cible principale de la Commission de censure du ministère de la Culture et des Arts depuis quelques années, Koukou Editions s’est vu interdire, lors du Sila 2022, une douzaine d’ouvrages, jugés, en violation des procédures légales, « contraires aux valeurs nationales ». Signe particulier de certains de ces livres, leurs couvertures sont illustrées par des figures emblématiques de la Révolution algérienne : l’héroïne de la Bataille d’Alger Djamila Bouhired, les chefs historiques du FLN Hocine Aït Ahmed et Mohamed Khider, le grand patriote, officier de l’ALN Abdelhafidh Yaha, le doyen des militants des droits de l’Homme Abdennour Ali-Yahia…

Pour le Sila de cette année, le groupuscule extrémiste qui a pris en otage le ministère de la Culture et des Arts n’a pas fait dans le détail.

En excluant Koukou Editions de cette manifestation, les censeurs anonymes ont, du même coup, pénalisé des dizaines d’auteurs algériens (écrivains, universitaires, chercheurs, officiers de l’ALN, avocats, médecins, journalistes…) parmi les plus respectés, et des milliers de lecteurs, privés de leurs livres. Sans avoir à s’expliquer sur cette opération de « purification culturelle et idéologique » qu’ils revendiquent maintenant avec une arrogante ostentation.

Face à ces dérives délinquantes, Koukou Editions ne se laissera pas intimider par les supplétifs indigènes du fascisme international.

Face aux provocations récurrentes des « patriotes » à gages qui ont pris l’Islam comme bouclier et les « valeurs nationales » comme tenue de camouflage dans leur croisade contre l’Algérie libre, démocratique et plurielle, une seule attitude : la résistance ! Une seule arme : le droit !

En conséquence, Koukou Editions décide de porter plainte, avec constitution de partie civile, contre les auteurs de cette forfaiture pour abus de fonction et usurpation de la fonction de magistrat.

Alger, le 21 novembre 2023

Arezki Aït-Larbi, directeur de Koukou Editions.

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