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Ahcène Mezani et Aït Farida : « F-hem iman-ik », l’échange bouleversant

Impérieuse culture du terroir 

Ahcène Mezani et Aït Farida : « F-hem iman-ik », l’échange bouleversant

Nous sommes à l’automne 1962. Tout juste débarqué dans le bar de mon père à Nancy, un élément imposant attire instantanément mon attention : le jukebox qui se trouvait à l’entrée, et duquel ne sortaient que des sonorités du pays. 

Entre l’immortelle « Rah demɛi djra » de Boudjmaa el-Ankis et l’inimitable « Aṭṭas ay sebraɣ » de Slimane Azem et Bahia Farah (*), arabophones et berbérophones se disputaient les échos de moultes mélodies d’intense nostalgie.

En cette époque des premiers mois de liberté enfin retrouvée, le pauvre émigré était partagé entre le bonheur de voir une Algérie indépendante et le désenchantement de ne pas avoir amassé suffisamment d’avoir pour rentrer au bled en fanfare.

Parmi de nombreux titres nostalgiques, poignante est la tristesse qui transpire de l’interprétation en duo de « F-hem iman-ik ». Cette chanson, admirablement interprétée par Ahcène Mezani et Aït Farida, déclenchait souvent des flots d’émotions qui se propageaient jusqu’aux glandes lacrymales parmi nos jeunes émigrés. 

Essayez-donc de contenir les vôtres, avec ces voix et ces cris de détresse et d’échanges entre l’exilé et sa fiancée ! 

Même si les époques ont changé et que, de nos jours, on s’en va avec femme et enfants, il est important de ne pas oublier les souffrances des émigrés d’antan.

En arabe de chez nous, « f-hem iman-ik » signifie « ef-ham rouhek ». En voici une traduction en français pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir appris taqvaylit au berceau.

Aït Farida

Tu es parti il y a si longtemps

Dans l’exil ton cœur est à la fête

Et moi je t’espère matin et soir

Tes amis se languissent de te revoir

Moi qui croyais que tu me comprendrais

Peut-être as-tu changé d’avis

Avec toi-même réconcilie-toi

Ton bonheur c’est ton foyer ici

Ahcène Mezani

Toi ma Kabyle ma bien-aimée

Je suis malade et ne fait qu’empirer

Quand ton ombre m’interpelle.

L’exil n’est pas un béguin

Je n’ai fait que suivre mon pain

Puisse ton cœur ne pas changer

Avec toi-même réconcilie-toi

Moi aussi je me languis de toi

Dans l’exil je me languis de toi.

Aït Farida

Nombreux sont ceux trompés par l’exil

Que ce soit eux ou toi

Ne crois pas que c’est une source de bienfaits

Tu perds vite ce que tu as gagné

Nombreux sont ceux qui ont récolté à l’abondance

Mais toi tu sembles poursuivi pas la malchance

Avec toi-même réconcilie-toi

Ton bonheur c’est ton foyer ici.

Ahcène Mezani

Sans balle dans la peau je suis blessé

C’est en plein cœur que je suis touché

Quand je regarde les filles de ta beauté.

Si nous savons tous deux patienter

Bientôt avec toi je serai

Tu seras joyeuse le cœur en fête

Ma tendre ton cœur sera en fête

Avec toi-même réconcilie-toi

Moi aussi je me languis de toi

Dans l’exil je me languis de toi…

Kacem Madani

Renvoi

(*)https://lematindalgerie.comslimane-azem-bahia-farah-les-ecouter-jai-vu-les-hommes-pleurer

https://www.youtube.com/watch?v=jzwe3LS_knw&list=RDjzwe3LS_knw&start_radio=1

Auteur
Kacem Madani

 




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