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Algérie/Italie : Giorgia Meloni sur les pas de Mario Draghi

Giorgia Meloni
La très droitière Giorgia Meloni à Alger

Il n’est plus question d’un Département d’italien à l’université d’Alger-2, ni de culture italienne à importer. Avec Giorgia Meloni à Alger, il est plus question de parfaire les orientations de l’ex-Premier ministre et ex-banquier de l’Europe, Mario Draghi, sur la sécurité énergétique quotidienne des italiens.

Lors de son premier voyage à l’étranger après 100 jours de sa nomination au poste de Première ministre le 21 octobre 2022, Giorgia Meloni arrive à Alger, une capitale bien froide et neigeuse. Dans certaines officines algériennes, on continue à s’écrier, un peu trop vite d’ailleurs, à la venue  de « l’amie du peuple Sahraoui » ou encore « à l’adversaire de la nouvelle France-Afrique ». Afin de lever toute équivoque, Meloni a choisi de traverser la quai du port d’Alger et de prendre place au sein de la frégate F-593 Carabinieri, de la marine italienne amarrée dans le cadre d’exercices navales algéro-italiens.

Le choix n’est nullement fortuit et la visite aux marins italiens de l’amiral Enrico Credendino, chef d’état-major de la navy italienne, présent à bord, n’est absolument pas délibéré. La frégate en question est le fleuron de la coopération technologique de pointe entre l’Italie et la France. Cinquante pour cent des armes embarquées à bord, les systèmes de protection et de guerre électronique auxquels il faut ajouter les hélicoptères de diverses missions sont en partie de conception française. Une occasion, pour la Première ministre italienne de conforter une certaine tradition historique italo-française qui remonterait aux accords de Rome, en date du 7/1/1935 entre Laval et Mussolini, signant une sorte de traité sur la sécurité en Méditerranée et le partage des colonies d’Afrique.

Dans l’un des hangars du vaisseau sentinelle, habillée en marin, Meloni lancera son fond de pensée « qu’en Méditerranée et avec l’opération Safe Mediterranean, la grande majorité de nos intérêts nationaux voyagent. C’est un territoire crucial pour nous, et moi en particulier, représentant l’actuel gouvernement italien, je crois que le travail que vous faites est extrêmement stratégique, car nous projetons une fois de plus l’Italie comme une priorité dans la Méditerranée pour ses intérêts stratégiques ». Il sera bien question du Projet Mattei pour l’Afrique, non pas dans l’esprit  de la démocratie-chrétienne de gauche de La Pira des années 1950, mais dans la perspective de « la nouvelle Italie européenne » qui gèle déjà, après que le grand ours sibérien a décidé de fermer le robinet du gaz Arctique.

Afin d’éviter que l’Italie ne retourne à l’ère d’avant les Etrusques, on prévoit de débloquer quelques 10 milliards d’euros pour améliorer les conditions économiques et sociales du continent, afin de « stopper à la source » la vague migratoire qui risque de devenir d’année en année, une réelle menace pour le flanc sud de la glaciale Europe.

Ceci en amont, mais en aval, il est surtout question de freiner l’expansionnisme de la Chine et de la Russie en Algérie. C’est bien cette dernière qui couvre jusqu’à 40 % des besoins énergétiques de Rome, l’année dernière, l’Algérie ne couvrait que 22 % et les officiels italiens considèrent cela comme un geste économique qui permet à la botte italienne d’alléger sa dépendance vis-à-vis du gaz russe qui ne couvre que 14 % de la consommation.

Giorgia Meloni à Alger

La locataire du Palazzio Chigi (siège du gouvernement) est au port d’Alger afin d’augmenter les importations, notamment avec le gazoduc Gasti Algérie-Sardaigne-Italie), abandonné en 2012, mais semble en repêchage si l’ENI et ses partenaires franco-américains s’entendaient à installer de puissantes turbines sur l’ancien TransMed permettant au gaz saharien de la Sonatrach d’arriver jusqu’à Livourne et de là vers l’Allemagne.

Si l’ENI est intéressée par les 35 milliards de m3 de gaz algérien, la Première ministre d’Italie veut « capter » entre 50 et 70 milliards de m3 par an, afin de répondre aux besoins nationaux et les répartir dans différents pays d’Europe via les montagnes d’Autriche et les plaines d’Allemagne jusqu’à la Pologne, tout en traversant la « très nationaliste » Hongrie.

Est-ce une toute petite contribution du gaz saharien à l’édification de cette « nouvelle Europe », dont il est question en Méditerranée ?

Alors que sa première ministre à Alger, le chef de la diplomatie italienne, Antonio Tajani est en Egypte rencontrant le président-maréchal Sissi, son homologue et même cheikh Al-Azhar sur des questions relatives à la Libye, mais surtout pour évoquer la question de l’approvisionnement en gaz marin égyptien. Il sera question de transporter quelques 3 milliards de m3 de gaz que l’ENI a découvert au large de la presqu’île de Sinaï et pourquoi pas un peu plus à partir de blocs d’exploitation israélien dont l’ENI est partenaire.

Giorgia Meloni a bien fêté ses 100 jours de gouvernance et avant son déplacement algérois, elle a tenu à faire son devoir de citoyenne modèle : sa déclaration publique au fisc. Signant le document dit Modèle 730 qui lui a été remis en 2022 et relatif aux revenus annuels perçus en 2021, nous découvrons que son revenu total s’élève à 16 0706 euros et qu’elle n’a qu’une seule propriété romaine, un appartement qu’elle partage avec son compagnon Anrea Giambruno et sa fille Ginevra. N’ayant ni actions, ni participation social ou obligation financière dans quelconque entreprise, elle ira jusqu’à signer sa « Déclaration de renonciation de salaire » de Première ministre et se contenter des indemnités de parlementaire élue au vue de l’article 3, du Décret-loi du 21 mai 2013, n° 54 sur l’interdiction de cumul avec l’indemnité due aux Parlementaires.

Mohamed-Karim Assouane, universitaire.

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