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Algérie : on ne bâtit rien sur du sable …

Pétrole

Les revenus pétroliers et gaziers sont présents dans l’Etat, dans la tête de ceux qui pensent l’Etat. L’Etat au sens moderne du terme est entité abstraite, une fiction juridique (règles de droit) et non des personnes physiques influentes (rapport de forces).

L’Etat postcolonial est né d’une contraction externe (insurrection armée). C’est la nature des ressources d’un pays qui détermine son régime politique. En Algérie, les hydrocarbures. Vivant exclusivement de la rente énergétique, l’Etat peut se permettre de ne pas développer une production propre en dehors des hydrocarbures et rien ne l’empêche d’établir des relations clientélistes avec les acteurs économiques et sociaux qui se sont multipliés au fil du temps et des sommes amassées.

Partant du principe sacro-saint que tout problème politique, économique ou social a une solution budgétaire. Comme le budget est constitué essentiellement de recettes fiscales pétrolières, l’Etat jouit d’une grande autonomie par rapport à la population puisqu’il est capable de fonctionner et de renforcer ses services sans recourir à l’impôt ordinaire. L’essentiel du jeu économique et sociopolitique consiste donc à capturer une part toujours plus importante de cette rente et à déterminer les groupes qui vont en bénéficier.

Il donne à l’Etat les moyens d’une redistribution clientéliste. Il affranchit l’Etat de toute dépendance fiscale vis-à-vis de la population et permet à l’élite dirigeante de se dispenser de tout besoin de légitimation populaire. Elle dispose des capacités de retournement extraordinaire étouffant toute velléité de contestation de la société. Il sera le moteur de la corruption dans les affaires et le carburant des violences sociales. « Rien ne résiste à un billet de banque.

C’est un sésame et c’est aussi une arme » Yves Theriault », Nous sommes à l’aube du troisième millénaire. « Le pétrole fait voyager loin mais rétrécit l’horizon ». La pièce d’un dinar a disparu de la circulation, comment faire l’appoint ? La monnaie algérienne a perdu ses vertus, elle n’est ni une monnaie de compte, ni une monnaie de réserve et risque de n’être plus une monnaie de paiement. La masse monétaire est pratiquement constituée d’’une seule monnaie, les billets de banque imprimés par la Banque Centrale.

La monnaie scripturale se réduit à une peau de chagrin, le chèque ne trouve pas preneur, le virement de compte à compte problématique. Une seule imprimante, la Banque Centrale. Un seul Compte recettes (Sonatrach), quarante-quatre millions de Compte dépenses (un compte par habitant à titre de métaphore). Une seule banque véritable (le Trésor public) avec plusieurs guichets (les banques de dépôts y compris la Poste).

Des banque d’affaires fonctionnant comme des « tiroir-caisse » à l’importation ou à la consommation locale, les affaires étant dans l’informel c’est à dire hors de contrôle de l’Etat. Il n’y a pas pratiquement pas d’étude de solvabilité ou de rentabilité. Tout le monde veut du cash, la confiance est aux abonnés absent. On navigue dans les « eaux glacées du calcul au comptant ».

L’argent appartient à ceux qui se lèvent tôt. Gouverner, c’est prévoir. Nous sommes sans planification stratégique depuis la fin des années 70. Nous naviguons à vue. Notre bouée de sauvetage est le prix du baril de pétrole. Il oscille entre un prix plafond et un prix plancher. La rente est une donnée exogène qui échappe à la compétence des acteurs locaux. Elle n’est pas un élément constitutif du prix de revient.

Le pétrole n’est pas cher parce qu’une rente est payée, mais une rente est payée parce que le pétrole est cher. La rente dont bénéficient les pays producteurs masque les défaillances de production et les perversions de gestion. Parler de rentabilité et de productivité en Algérie nous semble être une gageure. Tout échappe au calcul économique. L’économie locale est livrée « pieds et poings » liés au marché mondial qui décide de la survie de la population locale. Ce qu’elle doit produire, à quels coûts, pour quelle période.

C’est un instrument redoutable de domestication des peuples et de corruption des élites. Le prix élevé du baril de pétrole a structurellement pour effet de pérenniser le système mondial dominant. Le résultat de cette stratégie savamment orchestrée, a été de livrer l’économie algérienne « pieds et poings liés » au marché mondial.

Cette intégration suicidaire à l’économie mondiale sans analyse préalable et sans objectif clairement défini a poussé l’ensemble de l’économie nationale à l’importation et l’agriculture en particulier à être incapable de reproduire la force de travail de l’homme en Algérie.

Cette dépendance de l’économie aux hydrocarbures répond à une stratégie de conservation et de pérennisation des avantages et des privilèges liés à l’exercice du pouvoir.

La principale caractéristique de cette couche au pouvoir est d’être l’alliée privilégiée de la bourgeoisie étrangère qui n’entend pas tolérer le développement d’une bourgeoisie locale, propriétaire, promoteur d’un Etat capitaliste économiquement indépendant et politiquement nationaliste.

Elle peut développer de larges secteurs en dehors de l’Etat rentier et devenir un acteur incontournable tant sur la scène nationale par la création massive d’emplois que  sur le plan international par ses capacités professionnelles et pouvant saisir les opportunités géostratégiques qui s’offrent au pays non pas comme réservoir d’énergie et de matières premières comme un Etat rentier mais en termes de valeur ajoutées d’un Etat laborieux par la mobilisation d’une population de cinquante millions d’habitants (marchés porteurs) majoritairement jeune, saine, éduquée instruite, disponible, motivée animé d’un désir fort de prouver au monde entier ses capacités et son génie créateur pour peu qu’elle se libère de l’injustice, de la corruption et du népotisme..

Dr A. Boumezrag

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