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Algérie/USA : perspectives de la coopération économique sous l’administration Trump (*)

Sabri Boukadoum

Dans une récente déclaration, Sabri Boukadoum, ambassadeur algérien à Washington, affirme que son pays ne se fixe aucune limite dans sa disponibilité à renforcer les échanges économiques et commerciaux dans divers domaines impliquant même une coopération militaire à grande échelle avec la nouvelle administration étatsunienne.

Donc, Sabri Boukadoum entend renforcer les relations de l’Algérie avec un gouvernement dominé par les partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again), et qui prônent une politique étrangère d’une Amérique affichant ouvertement ses ambitions impériales et expansionnistes. Mais à quel prix quand on sait l’appétit insatiable du locataire de la Maison Blanche ?

« La seule limite, c’est le ciel » avait, alors, proclamé Sabri Boukadoum. Cette petite phrase illustrant un recentrage stratégique de la politique étrangère algérienne marqué par une volonté d’approfondir la coopération économique avec les États-Unis sous l’administration Trump à été mis en lumière par une étude menée par le Dr Hamdi Bachir, publiée par le think tank émirati Interregional for Strategic Analysis(**).

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, Alger multiplie les efforts pour renforcer ses liens avec Washington, notamment dans les domaines militaire, des ressources naturelles, des hydrocarbures et des énergies renouvelables, selon cette étude.

Les motivations du rapprochement algéro-américain

L’analyse du Dr Bachir met en évidence plusieurs facteurs expliquant cette ouverture économique de l’Algérie envers Washington. Selon cet analyste, l’Algérie chercherait à profiter des priorités économiques de Trump.

L’administration Trump met l’accent sur la sécurisation des ressources stratégiques. Riche en hydrocarbures et en minéraux essentiels, l’Algérie cherche à se positionner comme un fournisseur clé des États-Unis. L’ambassadeur d’Algérie à Washington, Sabri Boukadoum, a, d’ailleurs, affirmé la disponibilité de son pays à négocier des accords économiques dans l’agriculture, les énergies renouvelables et les ressources minières. Et même dans le domaine militaire. Mais jusqu’à quel point les autorités algériennes sont capables d’aller en matière de renoncement à la priorité nationale pour s’attirer les bonnes grâces de Trump ?

Le diplomate algérien affirme que son pays ne se fixe aucune limite dans sa disponibilité à renforcer les échanges économiques et commerciaux avec les partisans du mouvement MAGA (Make America Great Again), à la tête d’une Amérique affichant ouvertement ses ambitions impériales et expansionnistes.

Prévenir d’éventuelles sanctions américaines est l’autre objectif sous-tendue par la nouvelle approche stratégique algérienne.

L’un des enjeux majeurs pour Alger est de limiter les risques de sanctions économiques ou diplomatiques. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio s’était déjà montré critique envers les liens militaires entre l’Algérie et la Russie. En approfondissant sa coopération économique avec Washington, Alger cherche à désamorcer ces tensions et à sécuriser ses intérêts stratégiques. A cela s’ajoute une volonté algérienne de modifier sa perception diplomatique

L’étude souligne que l’Algérie, souvent perçue comme un allié de Moscou, cherche à diversifier ses partenariats. La détérioration récente des relations russo-algériennes, notamment autour des tensions dans le Sahel, offre à Alger l’opportunité de redéfinir sa position et d’afficher une posture plus équilibrée.

L’étude rappelle que la reconnaissance par Donald Trump, en 2020, de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental a constitué un revers diplomatique pour Alger. En renforçant son dialogue avec Washington, l’Algérie espère empêcher de nouvelles initiatives pro-marocaines, comme l’ouverture d’un consulat américain à Dakhla, comme annoncé par Donald Trump lors de son premier mandat ou encore la désignation du Front Polisario comme organisation terroriste. Ce qui pourrait mettre les autorités algériennes dans une situation bien embarrassante.

Selon Interregional for Strategic Analysis, cette nouvelle approche pourrait avoir plusieurs conséquences, notamment une intensification des investissements américains en Algérie. L’administration Trump pourrait encourager des entreprises comme Chevron à investir davantage dans les hydrocarbures et les ressources minières algériennes.

Une approche plus pragmatique vis-à-vis de la Russie

Bien qu’attachée à ses relations historiques avec Moscou, souligne l’article de L’Interrégional pour l’Analyse Stratégique, l’Algérie pourrait opter pour une coopération plus mesurée, limitant son engagement militaire avec la Russie. Pourtant, lors de sa visite à Moscou, Abdelmadjid Tebboune avait tressé des lauriers à Vladimir Poutine, allant même jusqu’à appeler à ne plus commercer en dollars !

En réponse aux ouvertures algériennes envers Washington, Moscou pourrait intensifier sa coopération avec Rabat, notamment sur le plan sécuritaire dans le Sahel.

Un rapprochement pragmatique mais risqué

L’étude du Dr Bachir conclut que, malgré ces ouvertures, un alignement total entre Alger et Washington reste peu probable. L’Algérie continue d’entretenir des liens avec des puissances comme l’Iran et affiche une opposition de principe à la normalisation avec Israël.

L’administration Trump pourrait tenter d’exploiter la rivalité maroco-algérienne pour pousser Alger à des concessions, notamment sur le Sahara occidental ou sur la question israélienne. Cependant, le président Abdelmadjid Tebboune, soucieux de sa légitimité interne, demeure attaché à une ligne diplomatique ferme.

L’Algérie semble privilégier une coopération économique pragmatique avec les États-Unis tout en maintenant une certaine indépendance stratégique, selon les conclusions de l’analyse publiée par l’InterRégional for Strategic Analysis.

Cette politique d’équilibre, visant à redéfinir les relations algéro-américaines sous la présidence Trump, permettra-t-elle à l’Algérie de préserver son autonomie face aux ambitions ouvertement expansionnistes des États-Unis ?

Synthèse Samia Naït Iqbal

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