Il fut un temps où une agence de presse servait à informer. Un temps ancien, presque folklorique, où l’on distinguait encore la dépêche du pamphlet, le fait du sermon, la mission publique de la ferveur partisane. Ce temps semble révolu.
Car voilà qu’une agence supposée neutre s’est récemment découverte une vocation nouvelle: celle de procureur politique, distribuant les brevets de patriotisme, les certificats de loyauté et les promesses de poubelle historique comme on distribue des communiqués.
Le texte est présenté comme une chronique. L’étiquette est commode. Elle permet toutes les audaces tout en évitant une responsabilité essentielle: nommer clairement. On attaque donc un parti sans le citer, on le décrit lourdement, on l’accuse abondamment, mais on se garde bien de l’identifier noir sur blanc. Le courage éditorial s’arrête toujours juste avant la signature.
Qu’on se comprenne bien. Je n’ai aucune affinité politique, idéologique ou affective avec ce parti. Aucune. Mais précisément pour cette raison, je me permets une remarque simple: quand une agence de presse attaque, la critique n’est pas légitime. Elle ne peut pas l’être. Non par principe moral, mais par principe fonctionnel.
Une agence de presse n’est ni un parti, ni un tribunal, ni un chroniqueur de café du commerce. Elle n’a pas à choisir ses ennemis. Elle a à produire des faits. Le reste relève du journalisme d’opinion, parfaitement respectable… ailleurs.
Ce qui est fascinant, presque comique, c’est l’effet inverse de celui recherché. À force de marteler, de désigner, de dramatiser, on finit par offrir une publicité gratuite à un parti dont une large partie des Algériens s’est déjà détachée, parfois sans bruit, parfois sans nostalgie. Là où l’usure faisait son œuvre, la mise en scène la ressuscite. Là où l’indifférence gagnait, la surenchère réveille.
Et c’est ici que la question devient sérieuse. Car cette stratégie de boulonnage discursif, cette obsession à recréer un ennemi intérieur bien identifié, bien caricaturé, bien chargé émotionnellement, n’est pas sans précédent dans notre histoire récente. On sait comment ces récits commencent. On sait surtout comment ils finissent.
À quoi joue-t-on exactement ? À éclairer le débat public ? Permettez d’en douter. Ou à réactiver des lignes de fracture que le pays a payées au prix fort ?
Le plus troublant reste le silence sélectif. Là où certains sujets internationaux brûlants exigeraient clarté et courage, l’agence se fait soudain discrète, prudente, muette. Mais quand il s’agit de frapper à l’intérieur, la plume devient hardie, morale, prophétique. Le courage éditorial, décidément, a ses géographies.
À ce stade, il faut bien appeler les choses par leur nom. Algérie Presse Service ne renseigne plus toujours. Elle oriente. Elle n’explique pas. Elle prescrit. Elle ne rapporte pas. Elle plaide.
D’où cette nouvelle lecture de l’acronyme, non officielle mais terriblement exacte:
A pour Aplaventrisme
P pour Paillasson
S pour Soumission
Ce n’est pas une insulte. C’est un diagnostic.
Une agence publique qui milite cesse d’être un outil d’information. Elle devient un instrument narratif. Et l’histoire, elle, n’a jamais été tendre avec ceux qui ont confondu la plume avec le bâton.
La question finale n’est donc pas celle d’un parti. Elle est celle de la responsabilité institutionnelle. Veut-on informer une société adulte, ou la guider par la peur et la désignation ? Veut-on apaiser un pays fatigué, ou jouer à nouveau avec les braises ?
L’Algérie mérite mieux qu’une agence qui applaudit quand on attend qu’elle éclaire.
Zaim Gharnati

