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Boualem Sansal : « Ils m’ont mis une cagoule sur la tête »

Boualem Sansal.

Boualem Sansal, une des nombreuses victimes de l'arbitraire en Algérie est désormais libre. Crédit photo : DR

L’écrivain franco-algérien, qui a été gracié par Abdelmadjid Tebboune, suite à une intervention du président allemand. Boualem Sansal a été au cœur d’une crise diplomatique entre les deux pays. Il a accordé dimanche soir à France 2 sa première interview télévisée depuis sa libération.

Sa première prise de parole était très attendue. L’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, qui a été gracié le 12 novembre(Nouvelle fenêtre) par le président algérien après un an de prison, s’est exprimé pour la première fois depuis sa libération, dimanche 23 novembre, dans le journal de 20 heures de France 2. « Je vais bien », a confié l’écrivain, qui est rentré en France mardi après avoir d’abord été transféré à Berlin pour des soins médicaux. « Après dix mois, on retrouve la vie », a aussi dit l’écrivain, qui assure toutefois avoir « du mal à parler » après cette année passée en détention.

Boualem Sansal, apparu les cheveux courts, est revenu sur son arrestation, une « sidération », et ses conditions de détention. « En sortant de l’aéroport, ils m’ont passé une cagoule sur la tête, pendant six jours je n’ai pas su où j’étais ni à qui j’avais affaire », a détaillé l’écrivain, qui avait été arrêté le 16 novembre 2024 en Algérie, avant d’être condamné en première instance, puis en appel, à cinq ans de prison ferme(Nouvelle fenêtre), notamment pour « atteinte à l’unité nationale » par la justice algérienne. S’il a été arrêté, c’est selon lui parce qu’« entre la France et l’Algérie, une guerre a été déclenchée ». après les déclarations d’Emmanuel Macron(Nouvelle fenêtre) à propos de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.

« La vie est dure dans une prison, le temps est long, on se fatigue, on s’épuise très vite, on se sent mourir. Au bout d’un mois, de trois mois, on ne se reconnaît plus », a aussi expliqué Boualem Sansal, qui était « coupé du monde ». Lors de cette détention, il raconte avoir lu mais n’a pas écrit. « Je ne pouvais pas psychologiquement », a confié le Franco-Algérien, qui a pensé « aux livres [qu’il écrirait] plus tard ».

« J’ai peur pour ma famille si je retourne en Algérie

L’écrivain a aussi raconté sa libération : le transfert dans une autre prison, « horrible », puis le passage dans un hôpital. Il raconte avoir alors échangé avec un homme « très important », peut-être le « patron des services secrets », à qui il dit avoir déclaré : « Je n’ai jamais critiqué l’Algérie, je critique un régime, des gens, une dictature. »

« Je contrôle chacun de mes mots », a aussi admis Boualem Sansal, conscient du lourd contexte diplomatique entre Alger et Paris. « J’ai peur pour ma famille si je retourne en Algérie avec mon épouse, et j’ai peur que cette fois on arrête aussi mon épouse pour me contraindre davantage. Je pense à mes compagnons de cellule qui, je pense, vont être arrêtés et questionnés. » L’écrivain a aussi adressé une pensée à Christophe Gleizes, le journaliste sportif français condamné en première instance à sept ans de prison ferme en Algérie pour « apologie du terrorisme » et dont le procès en appel aura lieu le 3 décembre(Nouvelle fenêtre).

Boualem Sansal, qui a été reçu par Emmanuel Macron(Nouvelle fenêtre) dès son retour, a évoqué le contexte diplomatique, estimant que les propos de l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau à l’encontre du régime algérien avaient pu constituer un obstacle à sa libération. « Je veux que la France et l’Algérie soient de grands amis », a plaidé Boualem Sansal, qui appelle à une « réconciliation » entre les deux pays et souhaite retourner dans son pays natal « le plus vite possible si on le [lui] permet »« Je ne peux pas vivre sans écrire, c’est ma façon de vivre », a conclu l’écrivain.

Francetvinfos

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