Site icon Le Matin d'Algérie

Boualem Sansal : son appel compromet-il ses chances de grâce présidentielle ?

Sansal

L’appel introduit par Boualem Sansal devant la Cour d’Alger risque-t-il de compromettre l’espoir d’une libération anticipée, comme l’évoquaient certains observateurs à la suite de l’entretien téléphonique entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune ?

Des sources proches du dossier affirment que des discussions en coulisses laissaient entrevoir une issue plus favorable, notamment après la requalification des faits retenus contre l’écrivain. Initialement accusé d' »intelligence avec l’ennemi », un chef d’accusation passible de lourdes peines, Boualem Sansal a finalement été jugé en correctionnelle. Cette évolution était perçue comme un premier pas vers une possible mesure de clémence de la part des autorités algériennes.

Le 31 mars, Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune ont échangé par téléphone. Selon l’Élysée, la situation de Boualem Sansal aurait été abordée dans le cadre du rapprochement diplomatique entre les deux pays. La stratégie envisagée semblait favoriser une condamnation rapide, ouvrant la voie à une grâce présidentielle. Toutefois, en décidant de faire appel, l’écrivain risque de brouiller ce scénario et d’allonger la procédure judiciaire.

L’appel : un obstacle à la grâce présidentielle ?

En droit algérien, la grâce présidentielle intervient généralement après qu’un jugement soit devenu définitif. En faisant appel, Boualem Sansal suspend l’exécution de sa peine et repousse ainsi toute possibilité immédiate de clémence. Pourtant, son avocat souligne que l’appel ne constitue pas nécessairement un frein à la grâce, citant l’article 91 de la Constitution algérienne, qui confère au président « le droit de grâce, de remise ou de commutation de peine ». Cette disposition reste toutefois sujette à interprétation et repose essentiellement sur la volonté politique des autorités.

D’un point de vue judiciaire, l’appel est une démarche logique : il permet de contester un verdict jugé trop sévère et d’espérer une réduction de peine. Cependant, sur le plan diplomatique et politique, cette stratégie pourrait s’avérer contre-productive. « S’il y a une perspective de geste humanitaire, il va de soi que je conseillerai à Boualem Sansal de se désister de son appel », a d’ailleurs déclaré Me Zimeray, son avocat, cité par plusieurs médias. 

Un dilemme politique et judiciaire

La question demeure donc en suspens : en exerçant son droit à un procès en appel, Boualem Sansal compromet-il sa seule chance d’être gracié rapidement ? Les autorités algériennes choisiront-elles de contourner la procédure habituelle pour accorder une clémence anticipée, ou considéreront-elles que cette démarche juridique retarde toute issue favorable ?

L’affaire Boualem Sansal illustre les tensions persistantes entre justice, politique et diplomatie. Qu’elle aboutisse à une libération rapide ou à un prolongement de sa détention, son dénouement dépendra avant tout des choix stratégiques d’Alger et de la volonté du président Tebboune d’apaiser les relations franco-algériennes tout en restant fidèle aux principes de la justice algérienne.

Samia Naït Iqbal

Quitter la version mobile