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Chayma Issa arrêtée : un symbole de résistance face à l’autoritarisme tunisien

Chayma Issa arrêtée

Chayma Issa arrêtée. Crédit photo : DR

La scène aurait pu passer inaperçue dans un pays désormais habitué aux coups de force : une femme encerclée par des agents en civil, arrachée à une foule pacifique, conduite vers une destination inconnue. Mais la femme arrêtée est Chayma Issa, figure centrale de l’opposition tunisienne, militante infatigable des libertés publiques.

La poétesse et militante Chayma Issa a été interpellée le samedi 29 novembre 2025 à Tunis, alors qu’elle participait à une manifestation pacifique pour dénoncer les dérives du pouvoir. Son arrestation, survenue au lendemain de la confirmation en appel de lourdes peines dans l’affaire du « complot contre la sûreté de l’État », résonne comme un message brutal : la contestation doit être réduite au silence, coûte que coûte.

Depuis des mois, le pouvoir tunisien applique une stratégie qui ne s’embarrasse plus d’apparences démocratiques. Kaïs Saïed, maître absolu du jeu institutionnel depuis l’instauration du régime d’exception en 2021, consolide un système où les contre-pouvoirs sont méthodiquement neutralisés. L’Etat de droit est démantelé et les voix libres muselées, voire embastillées. Magistrats limogés, journalistes poursuivis, syndicalistes intimidés, avocats arrêtés…

L’interpellation de la militante Chayma Issa s’inscrit dans cette mécanique implacable : frapper les visages visibles pour intimider les voix restantes.

Condamnée à 20 ans de prison dans l’affaire du « complot », un dossier tentaculaire visant une quarantaine d’opposants et de militants, elle a toujours dénoncé une procédure politique destinée à faire taire la dissidence. Ses avocats parlent aujourd’hui d’un « enlèvement ». Les ONG, dont Amnesty International, dénoncent un acte illégal et dangereux. Mais la portée de cette arrestation dépasse le cas individuel.

Quelques minutes avant d’être capturée, Chayma Issa rappelait encore aux manifestants : « Ne cédez pas à la tyrannie. Nous sacrifions notre liberté pour vous. » Elle savait que la confirmation de sa condamnation la mettait en première ligne. Elle a choisi de ne pas se cacher. Son geste témoigne de ce que le pouvoir cherche précisément à étouffer : la détermination d’une partie de la société à défendre ce qu’il reste de l’esprit révolutionnaire.

La Tunisie, longtemps présentée comme l’exception démocratique du monde arabe, glisse désormais vers un autoritarisme assumé, où la justice devient un instrument de contrôle et la dissidence un délit. L’affaire du « complot », avec des peines allant jusqu’à 45 ans de prison, montre à quel point la machine judiciaire peut être remodelée pour servir un agenda politique.

Les réactions internationales se multiplient, mais l’impact demeure limité face à un pouvoir qui n’entend plus rendre de comptes. Dans ce paysage verrouillé, l’arrestation de Chayma Issa peut marquer un tournant, non pas parce qu’elle surprend — plus rien ne surprend désormais — mais parce qu’elle cristallise le combat entre un régime qui se ferme et une société civile qui refuse de disparaître.

La question n’est plus de savoir si la Tunisie dévie : c’est de savoir jusqu’où elle ira, et combien de voix devront être arrêtées pour que le pays réalise ce qu’il est en train de perdre.

Mourad Benyahia 

Lien de son arrestation : https://www.facebook.com/share/r/19gYsD8X8h

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