30 novembre 2022
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Comment Sonatrach s’est fait avoir par l’espagnole Naturgy

 

Sonatrach

Sonatrach et Naturgy ont convenu de signer un accord pour revoir les prix. Cependant, il faut préciser d’emblée que la presse s’est emballée quelque peu en confondant un simple accord à un avenant d’un contrat pour réviser les prix.

Il s’agit d’un accord formel certes, mais qui n’a pas valeur d’un contrat puisqu’il ne contient aucun chiffre clair mais simplement après plus de dix mois, Naturgy donne par ce document qu’elle vient de signer «un accord de principe » pour réviser les prix en tenant compte de l’évolution de la situation dans les marchés et dans un cadre gagnant/gagnant.

Ce qui est après ce périple complètement insuffisant pour le fournisseur bien que les «futurs» avenants au contrat liant les deux groupes pétroliers auraient « dit-on » un effet rétroactifs à compter du 1er janvier 2022. La preuve est là !

D’abord, le communiqué de Sonatrach dans son ensemble reste politiquement correct pour annoncer un retour à la normale entre les deux partenaires après la brouille diplomatique entre les deux pays suite au revirement du gouvernement espagnol sur le dossier du Sahara occidental.

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Ensuite, modeste dans ses mots : « Sonatrach et son partenaire Naturgy ont convenu de réviser les prix des contrats de fourniture de gaz à long terme existants à la lumière de l’évolution du marché, assurant ainsi l’équilibre de leurs contrats sur une base gagnant-gagnant »(01) Donc, conclure comme l’a fait le quotidien français Le Monde « à la signature de contrat » et que « l’Algérie révise ses prix » pour probablement polluer la visite d’une forte délégation française conduite par Elisabeth Borne à partir de dimanche prochain c’est un peu prématuré en attendant de chiffrer réellement cette augmentation. (02)

Ensuite dans sa déclaration à Alger, le PDG de Naturgy dans une vidéo publiée par l’Agence Presse service (APS) précise que le document qu’il vient de signer n’est pas finalisé mais il le sera à la reprise normale de cette relation entre les deux partenaires qui remonte de plus de 58 ans. Son partenaire, Sonatrach, en parle dans un communiqué officiel mais la partie espagnole n’en souffle pas mot dans son site internet, considérant cela comme, pour le moment, un non événement.

Cependant, le PDG de Naturgy, Francisco Reynés, a rassuré à travers la presse espagnole que la révision des prix des contrats avec l’Algérie pour la période 2022-2024 ne sera pas à la hauteur «des chiffres exorbitants qui ont été annoncés dans certaines enceintes. » 

On ne vise jamais un contrat long terme lorsque les prix sont bas

Sonatrach, sous la pression de Naturgy, a été contrainte par les conditions draconiennes d’une baisse ses prix mais rien ne l’y oblige de le faire sur un contrat allant jusqu’à 2030. Est-ce une inexpérience ? ou un manque d’audace managériale ? Il est vrai que la crise sanitaire due au Covid-19 n’offrait pas une bonne visibilité commerciale mais aucun ne disait qu’elle resterait éternelle.

Sonatrach aurait pu accepter la révision de son prix vers le bas sur le très court terme dans une perspective d’une renégociation continuelle. Comme l’a fait Naturgy aujourd’hui : négocier les prix vers le haut juste pour l’année 2022 et reprendre les discussions pour 2023 et après ainsi de suite.

Bien que fin août dernier, le journal espagnol El Confidential avait même fait état de menace directe des autorités algériennes de couper les livraisons si la partie espagnole continuait à « traîner les pieds » dans les négociations qui ont pris tout même plus de 10 mois, néanmoins et c’est inédit en pleine crise diplomatique, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, a rassuré en personne les Espagnols d’une garantie du gaz algérien dans le cadre contractuel pendant que les prix au marché spot atteignaient 300 MWH.

Ce n’est pas le cas de l’Espagne

Rappelons pour les mémoires courtes que durant la crise sanitaire due à la Covid-19 dans sa pleine croissance vers avril 2020, les prix du MMBTU ont frôlé le zéro, ceux du baril du pétrole l’ont franchi au négatif. L’Algérie continuait à fournir ses clients en respectant le contrat et cela a marché avec tous les clients sauf l’Espagne justement. Pourquoi ?

A peine 20 jours après ce pic de la crise sanitaire qui a préoccupé tous les acteurs de l’économie mondiale, exactement le lundi 18 mai 2020, le président de l’espagnole Naturgy Group, Francisco Reynés a adressé un avis clair aux navigateurs en précisant que la société aurait recours à tout instrument juridique pour adapter les contrats internationaux du gaz naturel aux circonstances actuelles du marché. Cela est dû à la profonde dépression des prix des matières premières dérivées, d’une part, de l’offre excédentaire enregistrée depuis l’année dernière en raison du ralentissement de l’économie et, d’autre part, de l’effondrement de la demande pour les mesures de confinement pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

L’analyse de Carmen Monforte qui a rapporte l’information et la rédactrice de l’article s’est « focalisée » sur le fournisseur traditionnel Sonatrach pour laquelle « il n’est plus question de continuer à payer Sonatrach et partant l’Algérie du gaz naturel qui viendrait par Medgaz à des prix très élevés par rapport aux prix pratiqués dans les marchés internationaux. » Naturgy qui conteste tous ces contrats avec ses principaux fournisseurs avait entamé des négociations depuis le début de l’amorce de cette chute selon toute vraisemblance en vain, d’où le recours à l’arbitrage international conformément aux clauses contractuelles.

Le premier et le plus pertinent de tous, celui qu’il va annoncer à son principal fournisseur, l’Algérie, via le colosse d’État Sonatrach, était déjà en cours. Qui sera suivi, pour adoucir les propos, d’autres arbitrages similaires contre le Nigeria, les États-Unis ou la Russie, qui s’ajouteraient à celui que la société espagnole maintient actuellement contre le Qatar.

Le président de Naturgy et cela se comprend devant ses actionnaires devait exposer sa démarche par étapes. La première consisterait à embaucher un cabinet d’avocat « de poids international et de prestige reconnu »pour lutter pour une révision « extraordinaire des prix »des contrats avec l’Algérie qui représente un volume global entre 8 et 9 milliards de m3 par an à cette époque. (04)

Conséquences et préjudices

Il faut bien rappeler que les gazoducs algériens ont permis à Sonatrach, avec son gaz « propre », de toujours négocier en force le prix du gaz algérien disponible, sûr, stable, et prête à répondre en moins de 24h à toute demande critique éventuelle à ses clients européens. Le prix du gaz algérien a de tout temps été égal ou supérieur que tous ses autres concurrents, du fait des éléments cités plus haut. Mais à partir de 2020, paradoxalement le gaz algérien est devenu de loin le moins cher du marché européen. Sur cette échéance depuis 2020, le gaz naturel algérien est vendu en Europe au prix le plus bas (05)

Rabah Reghis

Renvois

(01)-https://sonatrach.com/presse/sonatrach-et-naturgy-signent-un-accord-relatif-a-leurs-contrats-de-vente-et-dachat-de-gaz-naturel

(02)-https://www.lemonde.fr/afrique/article/2022/10/07/l-algerie-revise-les-prix-du-gaz-avec-son-principal-client-en-espagne_6144800_3212.html

(03)-https://www.aps.dz/economie/145700-gaz-sonatrach-et-naturgy-signent-un-accord-relatif-a-leurs-contrats-de-vente-et-d-achat

(04)-https://cincodias.elpais.com/cincodias/2020/05/16/companias/1589648423_919328.htm

(05)-https://energy.ec.europa.eu/system/files/2022-  lire en page 35

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