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Coup de force de Bouteflika : par sa tergiversation, l’opposition y a contribué

DECRYPTAGE

Coup de force de Bouteflika : par sa tergiversation, l’opposition y a contribué

Quand bien même dans sa lettre adressée à la nation lors du dépôt de son dossier de candidature par son directeur de campagne, Bouteflika s’engage de ne pas mener à terme le cinquième mandat, il a reconnaissons-le, réussi un coup de maître d’obtenir ce qu’il voulait dès le début, soit un report des élections pour organiser une succession à sa manière et comme il veut.

Il est arrivé à transformer une grogne populaire en un appel de la jeunesse qu’il dit avoir entendu pour changer le système alors que les pancartes lui disent « dégage ».

Il donne à son projet d’une conférence inclusive, une espèce de « constituante » qui non seulement élaborera un programme perspectif consensuel mais décidera de la date des élections présidentielles anticipées. Sur la forme, le fait inédit qu’il s’adresse à la nation depuis Genève est passé inaperçu, non seulement en Algérie mais dans le monde entier.

En effet, ce lundi, dans la plupart des quotidiens européens et voilà que Le New York times s’y met aussi, on a commenté la marche des étudiants du dimanche et celles qui les ont précédées mais se sont focalisées surtout sur le « deadline » des dépôts de candidatures qui prend effet le 3 mars 2019 à minuit.

Pour le dépôt des dossiers une phrase typique, certainement relayée par une agence de presse «  Bouteflika n’est  pas obligé, aucune disposition légale n’indiquant qu’un candidat doit obligatoirement se présenter en personne au Conseil constitutionnel pour déposer son dossier ». Il s’agit là de justifier l’absence pour soins à l’hôpital universitaire de Genève du candidat Abdelaziz Bouteflika qui a délégué son directeur de campagne de déposer son dossier de candidature à sa place. Certains commentateurs ont fait allusion à certaine articles de presse qui rapportent que le général à la retraite, Ali Ghediri, candidat à la présidentielle n’était pas présent au conseil constitutionnel dimanche dans l’après midi mais c’est son directeur de campagne Mokrane Ait Larbi qui a formalisé son dossier de candidature. Pourtant, ce n’est pas le cas.

Pourquoi ces journaux ont sorti une telle fausse information et organisé une telle confusion dans les esprits ? Est-ce pour annoncer un précédent que cette information est scrupuleusement précisée dans pratiquement tous les articles et commentaires.

Pourtant, les avis de nos imminents juristes et magistrats divergent à ce sujet. Pour Benflis, ancien procureur, dans un entretien avec France 24, la réponse est dans la question elle-même. Le fait qu’il soit en soins dans un hôpital l’indispose pour cette course. Mokrane Aït Larbi, avocat et pas des moindres affirme « « a loi fait obligation à tout candidat de se présenter personnellement au Conseil constitutionnel pour y déposer son dossier ».

Pour Abdelouahab Derbal, le président de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIISE) a affirmé, ce dimanche, que «le candidat à l’élection présidentielle doit déposer lui-même son dossier de candidature».

Fatiha Benabou, universitaire, constitutionnaliste et activiste de talent renvoie la question au  règlement fixant les règles de fonctionnement du conseil constitutionnel qui reste très clair sur ce point. L’article 28 stipule que « les déclarations de candidature à la présidence de la République sont déposées par le candidat dans les conditions, formes et délais prévus par la loi organique relative au régime électoral auprès du Secrétariat général du Conseil constitutionnel. Il en est délivré accusé de réception ».

Pour le président du conseil constitutionnel fraîchement désigné par le candidat lui-même, magistrat de métier, il vient de rappeler qu’il n’existe aucun article de loi, dans la constitution ni dans le code électoral, qui précise les conditions de dépôt des dossiers de candidatures, hormis l’article 139 de la loi électorale qui stipule «la déclaration de candidature la Présidence de la République résulte du dépôt d’une demande d’enregistrement auprès du Conseil constitutionnel contre remise d’un récépissé».

Pendant que ce coup de force s’est opéré au vu et au su de tout le monde, les élites de l’opposition se présentent comme des « barons sans base » sinon comment expliquer ce ras-la bol spontané des citoyens pour sortir eux même dénoncer à voix hautes la mascarade de cette échéance électorale que la coalition au pouvoir voudrait vendre à tout prix.

Si ces nombreuses formations politiques avaient une base solide, elles l’auraient appelé à ne pas voter Bouteflika et les urnes en parleront sans recourir à la rue devenue par la force des choses nécessaires.

Auteur
Rabah Reghis

 




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