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Du tiers présidentiel aux deux-tiers providentiels, on fait fi de l’essentiel !

Sénateurs « hors » classe et sourate El-Ikhlass

Du tiers présidentiel aux deux-tiers providentiels, on fait fi de l’essentiel !

Dans toute société qui aspire à la modernité, les débats où se mêlent avis et concepts contradictoires servent de stimuli pour faire avancer la valeur moyenne du discernement collectif. Cela permet de construire une société saine et équilibrée dans laquelle les mots et la sagesse portent plus loin que la violence et le mousqueton. Mais en Algérie, de la base au sommet des pyramides politique et sociale, les polémiques embourbent le citoyen dans le vain, l’inutile et l’insignifiant pour le dépiauter de ses énergies physique et intellectuelle, jusqu’à ses quotités les plus résiduelles.  

À cet égard, les deux débats qui viennent de secouer la sphère politico-sociale méritent attention et mises au point, car ils résument, encore une fois, la débâcle politique et sociale qui gangrène le pays depuis l’an 1 du calendrier Aek el-mali. Certes, les turpitudes au sommet de l’Etat ne manquent pas, avec toutes ces clowneries servies en permanence par ceux qui sont censés donner le bon exemple de sérieux et de raison, comme l’exige toute fonction politique et tout poste de responsabilité, à quelque niveau hiérarchique que ce soit ; mais la polémique qui a entouré la suppression de la sourate El-Ikhlass des programmes scolaires et l’envolée de Madame Zahra Guerba concernant un problème personnel déballé  dans l’enceinte même du sénat, représentent des cas extrêmes d’altercations et de déviances comportementales au sommet qui reflètent le haut degré d’inconscience individuelle et collective que les 20 années de règne de Aek-el-Mali ont produit comme conséquences néfastes sur la santé morale du pays.

Nous ne nous serions sans doute pas mêlés de la polémique stérile autour de la sourate el-ikhlass (la fameuse koul houa allahou ahad, allahou samad, etc..), et qui vient d’opposer les islamistes sclérosés du cerveau à madame la ministre de l’Education nationale, si le hasard des lectures ne nous avait pas fait redécouvrir un article de la Charte des Nations unies qui stipule : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion (ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, rajoute Fatema Marnissi dans son livre « Islam et démocratie ») ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seul ou en commun, tant en public qu’en privé ». 

La charte des nations unies se veut un ensemble de règles humanistes concoctées pour uniformiser les interactions gouvernants-gouvernés en faisant des droits de l’homme une préoccupation majeure. En tant que signataire de cette charte, l’Algérie ne doit-elle pas se conformer à l’article précédent ? N’y contrevient-elle pas, au contraire, en concentrant l’innocence de l’enfance sur une sourate qui, à force d’être répétée, au cours d’un cursus scolaire des plus grossiers, les formate à une croyance ferme en un Allah unique, ne s’exprimant qu’en langue arabe, exposant de ce fait nos chérubins à un rejet systématique du reste de l’humanité ? D’autant qu’à travers le cœur du verset qui stipule « lam yalid wa lam youlid », (il n’est pas enfanté et il n’enfante pas) la sourate en question porte en elle le rejet explicite de toute autre religion. Car dans son sens primaire, ce verset représente une façon directe de stipuler : Jésus Christ dehors ! hors de la série des envoyés !  Or, là où les choses se compliquent c’est que le Coran reconnaît à Jésus son statut de prophète antérieur au dernier messager, tout comme pour Moïse et Abraham ! Alors comment d’un côté, Sidna Aïssa est reconnu fils de Dieu et de l’autre il est dit que Dieu n’enfante pas ? Sacré dilemme n’est-ce pas ? Les écritures saintes sont-elles à un dilemme près, diriez-vous !

Il y a d’ailleurs, toujours dans la sourate El-Ikhlass, tout comme dans de nombreuses autres, un vice de forme, inhérent à sa récitation par les musulmans, qui mérite attention. La sourate commence par l’injonction divine « koul houa Allahou » (dis, il est Allah), le « dis » est supposé être un ordre d’Allah ! Suivant une logique sémantique élémentaire, le croyant ne devrait donc ne réciter que l’objet de l’injonction : houa Allah, etc. En intégrant l’ordre « dis » dans la récitation de la sourate, n’a–t-on pas acté une grave confusion entre le créateur et sa création, entre l’adorateur et l’adoré ? En introduisant telle sourate sans en relever l’ambivalence, dès la première année de scolarité, ne faisons-nous pas délibérément intimer aux petites cervelles de nos enfants l’ordre de tout avaler sans trop chercher à comprendre, les formatant ainsi, selon la célèbre formule à consonance Hitlérienne, « chercher à comprendre c’est commencer à désobéir » ?

Madame Benghebrit, soyons sérieux ! On vous accuse de vouloir éliminer cette sourate du cursus scolaire et vous réagissez en haussant le ton pour affirmer que cela est un « mensonge » ! Mais le gros mensonge, il est là justement ! Madame, vous que l’on dit de confession juive, et ce n’est pas une tare, je doute fort que vous n’ayez pas intégré dans votre logiciel d’analyse des textes mystiques l’idée que tous ces koul, kil et kal (dis, dire, dit) ne sont que de grossiers canulars sur lesquels s’appuient tous les dirigeants des pays musulmans pour perpétuer la mainmise sur le butin (les fameux 20% hallal attribués aux serviteurs du ciel) (*). Alors, de grâce nos petits FLiN-tox, « koulou houa el-butin, wahdahou el-butin, lana-el-butin, illa youm el-kiyama », mais ménagez les petits algériens en leur épargnant ces injonctions insensées et inutiles qui polluent leur matière grise à un âge où elle pourrait ingérer tant de belles choses utiles !

Voilà pour les strates des deux tiers providentiels du butin qu’on se partage en haut lieu !

La strate restante vient de nous être servie de façon majestueuse par une sénatrice du tiers présidentiel, laquelle ne trouve rien de plus important pour le destin de l’Algérie que de faire part, en pleine séance du conseil de la nation, d’un problème personnel qui concerne un litige de terrain mitoyen avec ses voisins ! Ce qu’il y a de fantastique dans cette affaire, ce n’est pas tant la colère de notre sénatrice, ce sont les réactions du président du conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, et du ministre de la justice, Tayeb Louh, qui s’insurgent, l’air grave, les yeux remplis de courroux, contre la pauvre dame qui ne fait que reproduire le schéma du chef suprême : -personne ne peut profiter de sa position pour tenter d’influencer la justice, tonne Tayeb Louh à l’adresse de la sénatrice ! Ah, Ah, Ah ! Mais bande de p’tits comiques, même Abdou, votre PDG de Sonatrach, l’expert es-diplômes falsifiés, pointe du doigt une justice aux ordres qui l’a mis à l’ombre pour des affaires de contrats suspects ! Sans parler de Mohamed Benchicou, premier témoin vivant de votre justice du plein désordre !

Un p’tit tiers de Bouteflika et de ses « senators », deux tiers de kala « rassol » ; voilà comment fonctionne ce pouvoir aux mille et une hypocrisies concoctées à la gloire de Aek-el-mali ! Cela vaut bien un petit poème à six versets, sans doute ! en attendant l’inauguration de la grande mosquée d’Alger, où il sera récité !

1- Dis : Aek-el-Mali est mon président.

2- C’est l’unique Moudjahid vivant.

3- Des frontières du Maroc et de Tunisie.

4- Par la grâce du Ciel, il a conquis le pays.

5- En imposture et supercherie.

6- Nul n’est égal à lui.

D’ailleurs, pour ceux qui se posent la question du comment un président qui ne parle pas pourrait-il prêter serment en avril prochain, le délire précédent peut vous livrer l’indice d’une bonne solution. Ils n’ont qu’à le réciter en chœur devant son portrait géant et l’affaire est conclue ! Le peuple n’y verrait que du feu, comme toujours !

Ils ont gouverné le pays, ils le gouvernent et le gouverneront encore pendant longtemps, en reproduisant les intrigues qui ont marqué les successions de tous les califats, quelques assassinats en plus ou en moins, commis au nom d’une meilleure application de textes usés à se flinguer ! Ce qui fait mal dans tout ça, c’est qu’aucun parti, dit d’opposition, n’ose remettre en question cette façon de faire. Bien au contraire, ils s’y collent à l’unisson. De Benbitour à N. Boukrouh, de S. Djilali à S. Sadi, ils chantent tous la petite berceuse du « personne ne peut se prétendre meilleur musulman que moi », alors que l’on peut jurer par tous les saints de l’univers que tout ce beau monde n’a jamais lu le Coran ! Allez donc vous aventurer à proposer un autre son de cloche qui sorte de cette symphonie collective orchestrée par des minarets bien dressés entre la nuit et la journée pour distiller des « el’wasswassi » qui vous dévient des rails de la vie pour vous précipiter en permanence dans le bain et les supplices de la fin ! Cela faisant, c’est Saïd Sadi en personne qui émettrait une fatwa contre vous !

Concernant la désignation présidentielle d’avril 2019, c’est bien beau de s’exciter à produire 20.000 pages d’accomplissements et de réalisations de toutes sortes d’infrastructures et de bâtiments prestigieux pour justifier 1000 milliards de dollars envolés et un cinquième mandat imposé, encore-faut-il avoir le courage d’accompagner le bilan de ces 20 années de règne absolu d’une page blanche, une page vide d’accomplissements moraux, d’éthique, de sagesse et de maturité. Ces ingrédients essentiels que tout gouvernant bienveillant se doit d’inculquer à son peuple, si tant est qu’il sache en donner les bons exemples ! Dans le cas du pharaon Bouteflika, même la soi-disant « 3izza ou el-karama » s’est transformée en gigantesque « h’chouma » ! Moralité, faut pas jouer aux grands quand de nabot-Léon on fait une fixation !

Ainsi va et se poursuit la saga des imposteurs et de ses moins mauvais canassons qui puisent leur illégitimité d’énoncés obtus pour duper le citoyen et se propulser au rang des pharaons d’il y a 6000 ans ! Qui mettra fin à ce cycle quinquennal d’entourloupes FLiN-toxiques ? Boukrouh ? Benbitour ? Benflis ? Saidi ? Djillali et tutti quanti ? Les paris sont ouverts pour ce jeu harram et pervers !

(*) À propos de butin et de sa répartition, Il est intéressant de signaler le fait que la sourate VIII qui lui est dédié contient deux versets aux antipodes l’un de l’autre. Le verset 1 stipule que le butin appartient exclusivement à Dieu et à son envoyé ! Alors que le verset 41 spécifie que ce même butin appartient, à hauteur de 20% seulement, à Dieu, son envoyé, les parents, les orphelins, les pauvres et les voyageurs !

Sacrée évolution entre le verset 1 et le verset 41 ! Eh oui ! entretemps, il y a désistement de la plupart des combattants ! Un combat, ça se monnaye en argent sonnant et trébuchant, voyons !

 

Auteur
Kacem Madani

 




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