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El Watan sanctionné pour une enquête sur les enfants de Gaïd Salah

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El Watan sanctionné pour une enquête sur les enfants de Gaïd Salah

Le quotidien El Watan a été privé de publicité publique après un article sur la fortune des enfants d’Ahmed Gaïd Salah, l’ex-chef d’état-major de l’armée, décédé en décembre, a appris l’AFP jeudi auprès de son directeur de publication.

El Watan, est donc puni d’avoir révélé quelques-unes des affaires de la famille de l’ancien homme fort de l’Algérie post-22 février 2019. Les enfants de Gaïd Salah, comme ceux de nombreuses pontes du régime ont « amassé des fortunes colossales ». Frappés d’interdiction de sortie du territoire algérien, deux des fils de l’ancien homme fort du pays, font l’objet d’une « enquête judiciaire », selon le quotidien.

« Je confirme que le journal a été privé de publicité publique après la publication de cet article », a déclaré à l’AFP le directeur du journal, Tayeb Belghiche.

« C’est comme à l’époque de Saïd et Abdelaziz Bouteflika (l’ex-président déchu et son frère Saïd). Ce sont des pressions et des chantages intolérables », a-t-il dénoncé.

Cette sanction survient dans un climat général de répression à l’encontre de journalistes –dont certains sont en prison, tels Khaled Drareni et Abdelkrim Zeghileche–, de blogueurs et de militants du mouvement populaire antirégime « Hirak ».

Plusieurs médias sur internet, comme L’Avant-Garde Algérie, sont actuellement bloqués sur le territoire algérien.

Dans un communiqué, Reporters sans frontières (RSF) a déploré que « la pression envers les médias se poursuive » et a appelé les autorités à « respecter la liberté d’expression ».

Entre 2014 et 2017, plusieurs journaux, dont El Watan, avaient été privés de publicité en représailles à leur opposition à M. Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019 sous la pression de la rue et de l’armée alors dirigée par le général Gaïd Salah.

L’Etat garde le monopole sur la répartition de la publicité des gros annonceurs par le biais de l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP) qui a longtemps servi de pompe à fric pour de nombreux titres proches du régime.

L’ANEP est décriée pour son rôle d' »instrument politique » qui choisit les supports non pas en fonction de leur audience mais de leur ligne éditoriale.

El Watan a affirmé mardi dans un communiqué que son enquête intitulée « Les détails d’une fortune à l’ombre du général » avait provoqué une « réaction inattendue ».

« Certains en « haut lieu » nous ont reproché d’avoir mis en première page la photo de Gaïd Salah avec un titre tendancieux qui porte atteinte à l’image » de l’armée, a indiqué le journal, se défendant d’avoir visé l’institution militaire.

En parallèle, une campagne virulente est lancée sur les réseaux sociaux contre El Watan et certains de ses journalistes. L’une de ses journalistes vedette,  Salima Tlemsani est menacée de mort pour ses enquêtes. Pourtant ce journal n’est pas à sa première enquête courageuse. Exemple celle publiée en juillet 2018 qui dénonçait la mainmise des enfants de généraux et ministres sur l’économie nationale.

Mais l’heure est plus que jamais grave pour la liberté de la presse. Le climat est décidément des plus pourris. La presse subit depuis plusieurs mois les oukases, admonestations, pressions multiples d’une rare violence. Des journalistes sont embastillés, d’autres condamnés à la prison. 

Auteur
Yacine K./AFP

 




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