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En quoi la lettre du général Benhadid est-elle diffamatoire ?

INTERROGATION

En quoi la lettre du général Benhadid est-elle diffamatoire ?

C’est effectivement surprenant, la manière dont le général à la retraite Benhadid a été entendu par le tribunal de Sidi M’hamed près de la cours d’Alger, de suite placé sous mandat de dépôt pour si l’on se réfère à l’entretien de son avocat  qu’il accordé à TSA Algérie ce matin des propos qu’il a tenus dans une lettre ouverte au général-major Ahmed Gaïd Salah le 24 avril du mois dernier.

Encore plus préoccupant, notamment pour l’expression libre en général  lorsqu’un magistrat qu’on dit libéré par le mouvement national voit dans l’écrit de ce général en retraite une atteinte. « Ils lui ont dit que la lettre affecte le moral de l’institution militaire et menace la sécurité du pays», ajoute l’avocat.

Pourtant dit-on, l’intéressé avait été entendu par les officiers de la sécurité intérieur et semble leur avoir donné toutes les explications voire même les motivations qu’il l’ont emmené de la faire sous forme d’une lettre ouverte.  Maïtre Bachir Mechir a lui-même posé la question au détenu qu’il lui a répondu : « Il m’a dit qu’il faut qu’on soutienne Gaïd Salah, qu’on soit à ses côtés et qu’on l’aide. Qu’il ne faut pas qu’on le laisse seul ». D’autant plus que le vieux général a déclaré lui-même qu’il était disposé à toute proposition dans l’intérêt général pour sortir de cette crise. Il aurait pu comme le lui a conseillé son avocat remettre directement cette proposition à Gaïd Salah mais comme il connaît très bien les rouages militaires, il a préféré une autre voie. «Il y a des gens qui veulent induire en erreur Gaïd Salah, lui nuire et ternir son image. Ils l’ont induit en erreur en lui faisant une mauvaise lecture de la lettre. Ceci alors que le général Benhadid n’a rien fait, il a juste proposé une solution politique à la crise. En considérant que la prise en charge de la crise actuelle du pays n’est aucunement constitutionnelle», répond maître Mechir pas du tout rassurant.

1- Dans le fond où sont les phrases de trop dans cette fameuse lettre publique ?

Pourtant le constat à la lecture de cette lettre n’est pas très différent de celui qu’a fait  le général-major Gaïd Salah dans ses différentes interventions. On y lit après un bref historique du rapport des dirigeants avec leur constitution depuis l’indépendance avec ses hauts et ses bas, qu’aujourd’hui, désormais les temps ont changé et la jeunesse algérienne voudrait autre chose que le système de gouvernance  en vigueur ne peut plus leur donner et serait incapable de résoudre les crises qui en découlent”. Il propose donc des étapes pour sortir de la crise comme l’ont fait plusieurs plateformes citoyennes chacune à sa manière aussi rendues publiques sans pour autant heurter la sensibilité des uns et des autres.

 2- Le premier point de divergence possible ?

Le général à la retraite ne voit pas d’issue à la crise dans une voie constitutionnelle mais pense et il en a le droit de la prolonger politiquement dans un temps limité. Gaïd Salah et le chef de l’Etat par intérim soutiennent quant à eux qu’il faudrait absolument rester dans la période de transition des 90 jours constitutionnels pour s’en tenir à une échéance présidentielle  le 04 juillet prochain. Ce n’est qu’après que les changements s’opéreront avec un nouveau président élu démocratiquement.

C’est justement le débat en cours exprimé par l’ensemble de l’élite politique qui dans sa majorité trouve que cette issue  mènera à une impasse politique pour une simple raison que les référendums hebdomadaires citoyens la refusent dans le fond et la forme. Dans cette position qui est la sienne, le général Benhadid a poussé un peu le bouchon trop loin en proposant de tout dissoudre et repartir à zéro mais là, il n’est pas le seul dans ce débat et en quoi  démoraliserait-il les troupes de l’armée ? Peut être que l’armée aurait aimé qu’un ancien général soit mieux de leur côté mais chacun son opinion lorsqu’il s’agit de juger sur le devenir d’une nation. Ils peuvent lui dire taisez-vous, vous avez un devoir de réserve d’ancien militaire mais pas le mettre en prison surtout dans l’état de maladie avancée combien même il a récidivé.  

3- Le deuxième point de divergence possible ?

En ce qui concerne son jugement sur le « pouvoir » qu’il qualifie «d’ autiste », il s’agit là d’une déduction quasi générale, à commencer par le président démissionnaire lui-même aussi bien dans son diagnostic pour  proposer sa feuille de route qui débutera par une conférence nationale inclusive que dans celle qu’il a appelé « lettre d’Adieu ». Le plus logique et c’est l’unanimité, s’il ne l’était pas, on ne se dirigeait pas vers une impasse constitutionnelle car tout le monde sait que l’article 102 de cette constitution, mènera vers un président constitutionnellement dictateur puisque doté de tous les pouvoirs dont parle le général en retraite dans sa lettre ouverte.

Quant à la citation d’Albert Einstein que ce retraité a bien voulu prendre en exemple, il était un peu plus clément que le  savant. Pour Albert Einstein, la bêtise humaine est beaucoup plus infinie que l’univers dont il n’avait pas encore acquit la certitude de son infinité. 

Auteur
Rabah Reghis

 




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