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Enlèvement de Maduro : le silence troublant d’Alger

Maduro et Tebboune.

Nicolas Maduro a été reçu plusieurs fois par Tebboune à Alger.

La diplomatie algérienne si prompte habituellement à dénoncer les ingérences extérieures garde un silence bien étrange sur l’enlèvement de Nicolas Maduro, un chef d’Etat pourtant proche de l’Algérie.

Le triste sort de Nicolas Maduro reçu plusieurs fois en grandes pompes à Alger n’intéresse manifestement plus le régime algérien. Sinon comment expliquer son silence depuis l’enlèvement de ce chef de l’Etat, comme un vulgaire délinquant par l’armée américaine à Caracas ?

Pourtant des voix ont pris position en Afrique. L’Afrique du Sud parle d’une violation manifeste de la Charte de l’ONU. Pretoria rappelle que le droit international n’autorise pas d’intervention militaire extérieure dans les affaires internes d’un État souverain. L’Afrique du Sud appelle le Conseil de sécurité à se réunir d’urgence au côté de Caracas.

L’Union africaine a bien rendu public un communiqué mais plein de prudence. Pas de condamnation directe de l’opération militaire américaine au Venezuela. L’Union africaine s’est contenté de réaffirmer son attachement au droit international, au respect de la souveraineté des États, de leur intégrité territoriale et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Elle insiste aussi sur l’importance du dialogue, du règlement pacifique des différends et appelle l’ensemble des parties à la retenue.

Cependant, aucune réaction des autorités algériennes jusqu’à cette heure. Ce mutisme interroge, tant il contraste avec la tradition diplomatique algérienne qui se revendique historiquement anti-impérialiste, attachée à la souveraineté des États et solidaire des nations ciblées par les ingérences étrangères.

L’Algérie s’est souvent exprimée avec force contre les ingérences étrangères, notamment en Libye, en Irak ou en Palestine. Elle a également affiché un soutien politique clair au Venezuela face aux sanctions américaines et aux tentatives de déstabilisation du pouvoir chaviste. Dès lors, l’absence de toute réaction officielle apparaît comme une incohérence stratégique.

Ce silence peut s’expliquer par une prudence diplomatique excessive, dictée par la volonté de ne pas s’engager sur un terrain incertain ou de préserver des équilibres géopolitiques délicats avec un Donald Trump bien imprévisible. Mais cette posture comporte un coût : elle affaiblit la crédibilité du discours algérien lorsqu’il se veut porteur d’une voix indépendante du Sud global. Refuser de réagir ici et maintenant, c’est cautionner l’enlèvement de Nicolas Maduro. Faire preuve de couardise.

Un État qui aspire à jouer un rôle moral et politique sur la scène internationale ne peut se contenter d’observer en silence quand il fait de la non-ingérence la doctrine centrale de sa diplomatie. Le silence d’Abdelmadjid Tebboune et de sa diplomatie sur cette affaire — révèle moins une sagesse diplomatique qu’un malaise stratégique. Voire une crainte de s’attirer les foudres de l’imprévisible Trump. Entre prudence et renoncement, la frontière est mince. Et à force de se taire, on finit parfois par s’effacer.

Toutefois, en l’espèce, ce n’est pas la première fois qu’Abdelmadjid Tebboune garde le silence face aux décisions des États-Unis. Ainsi, lorsque Donald Trump a apporté son soutien au plan marocain concernant le Sahara occidental, Alger n’a émis aucune protestation. Une retenue qui contraste fortement avec la virulence des réactions algériennes à l’encontre de la France et de l’Espagne, avec rappel d’ambassadeurs, pour avoir adopté une position identique à celle de Washington.

Sofiane Ayache

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