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Feuilleton. Le retour de Si Belaredj (VIII)

Les médias internationaux finissent par s’intéresser au cas de Si Belaredj. Des Mèmes, des caricatures et autres représentations satiriques font rage sur les réseaux sociaux. Les voisins de l’ouest n’ont pas manqué l’occasion. Il faut dire que le Palais a bien prêté le flanc. La situation devient gênante pour le W3D (Wednine-3aïnine Dzaïr), les yeux et les oreilles d’Alger.

Mais comment faire ? Le locataire du Palais semble très attaché à son Belaredj de compagnie.

C’est alors que des informations sur des parties de dominos lors de soirées prolongées et bien arrosées au Palais commencent à fuiter. Des influenceurs réfugiés à l’étranger en parlent dans le menu détail, à croire qu’ils y prennent personnellement part. La chose devient évidente. Il y a un Khabardji à l’intérieur des murs.

L’enquête n’épargne personne et un état de paranoïa total règne au Palais. Un des participants aux parties de dominos, et pour avoir oublié le double-six dans sa poche, est arrêté le lendemain de la cuite. Ce haut conseiller, qui voulait vraisemblablement tirer la partie à son avantage, est accusé de dissimulation d’une pièce à conviction dans le but de la fournir à l’ennemi extérieur.

Mais les fuites ne cessent pas pour autant. C’est alors que les recherches s’intensifient. Le haut conseiller n’est pas libéré pour autant. Des indiscrétions laissent croire qu’on l’a juste oublié.

Mais voilà qu’une grippe aviaire se propage dans le pays. A quelque chose malheur est bon. La fratrie de Si Belaredj est chassé du Palais, pour, dit-on, réduire les risques de toute contamination sur l’illustre revenant. Il ne tardera pas d’ailleurs à être placé dans une chic clinique vétérinaire, sur les hauteurs d’Alger. « Non, ce n’est pas pour une manucure, cette fois-ci ! Gardez-le, ici, le temps que l’épidémie passe ».

Fait intriguant. Comme par hasard, les fuites cessent. C’est alors que toutes les pensées se dirigent vers la clinique. C’est lui ! Pendant que Si Belaredj savoure son popcorn face à une émission Alhan Wa Chabab, l’électricité est coupée dans tout l’édifice. L’opération spéciale baptisée Tar Lahmam (les pigeons se sont envolés) est lancée.

Le W3D a, en effet, convaincu le locataire du Palais qu’un micro-caméra espion pourrait bien être greffé derrière les yeux de Si Belaredj et que le geste prétendument amical de la France n’était qu’une ruse. Un cheval de Troie. Il ne reste plus qu’une solution : euthanasier Si Belaredj et procéder à une autopsie.

Les jours passent et la communication est complètement rompue avec l’autre rive. La visite attendue du locataire du Palais est pour la énième fois reportée. Le locataire de l’Elysée finit par s’inviter de lui-même. Il débarque à Alger. « Devine quoi, cher ami. J’ai une surprise pour toi ! », lance De Makrout, l’air tout excité. « Ah, non, encore ! Je veux rien savoir. C’est fini les Belaredj et autres cadeaux du passé. Tu m’as déjà causé assez d’ennuis comme ça… ».

De Makrout ne lâche pas le morceau : « Voyons, cher ami, n’écoute pas Li Darou Binat’na (ceux qui nous ont séparés). C’est quelque chose de plus personnelle que j’ai pour toi ». Le locataire de l’Elysée ouvre sa valise : voici un Côte de Nuits, domaine Leroy, Clos-de-Vougeot Grand Cru 1966 (1). Même Angela Merkel, lorsque je l’avais invitée, à la fin de son règne, en Bourgogne, n’avait pas goûté à ce millésime. Après tout, de toi à moi, et ce n’est pas pour faire ma mauvaise langue de français, qu’est ce que les allemands connaissent au vin… sinon les quelques Riesling qu’ils réussissent. Bon, il reste que nos Riesling D’Alsace sont de loin meilleurs. Ils l’admettent, en partie, parce qu’ils pensent toujours que c’est un territoire qui leur appartient historiquement… « .

Le locataire du Palais lâche un rire bruyant : « Hahaha, tu me fais rappeler nos voisins. Eux aussi pensent que Legmi (2) leur appartient. Puis, ça me rappelle aussi Si Djamel, mon ancien collègue au gouvernement. Il aimait bien les vins dessert, sucrés, un peu comme le Riesling, particulièrement les Eiswein. Mais je crois que sa préférence avait quelque chose de subjectif… tu vois un peu ce que je veux dire ?! « .

Le locataire du Palais n’a pas eu le temps de finir sa phrase que son homologue se saisit de l’allusion : « Je vois parfaitement ce que tu veux dire, cher ami. J’avais ouïe-dire qu’il avait mauvais goût… Il paraît même que c’est Hadjla qui l’avait initié à porter des chaussettes et des cravates de couleurs un peu bizarres, du temps où ils traînaient ensemble à l’Université de Leipzig… » !

« Oublions cela, reprend le locataire du Palais. Moi aussi j’ai une petite surprise pour toi : Belaredj B Zitoune au menu pour le souper ! Mais, prenons ton vin en apéro et ensuite on passera à ma cuvée de Président ».

Feuilleton. Le retour de Si Belaredj (VII)

En servant son homologue, De Makrout se permet une petite pique : « Bon, ce n’est pas du Château Mouton Rothschild 1945, que Mitterrand avait servi au cinquantenaire de la victoire des Alliés… il parait que feu Si Abdelaziz appréciait particulièrement ce domaine du Médoc ». Le locataire du Palais avale de travers une olive. Il fait aussitôt signe au maître d’hôtel d’échanger la Cuvée de Président contre un Coteaux de Mascara, murmurant : “blague pour blague, tu passeras la nuit dans les chiottes ! « .

A la première bouchée, le locataire du Palais ne put s’empêcher d’avoir une pensée émue pour son ancien bienfaiteur : « Allah Yarahmek Ya 3ami Salah, Kount T’farah F Tabla (Paix à ton âme mon ami Salah, tu faisais tellement bien honneur à la table) ».

Zohra Droul

Contact de l’autrice : droulzohra@gmail.com

(1) : L’année 1966 ne fait allusion à aucune date historique. Il s’agit seulement de l’un des meilleurs millésimes de la Bourgogne.

(2) : Appelé le vin de palme, Legmi est une boisson alcoolisée obtenue par fermentation naturelle de sève de palmier.

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