Un boulet, ce n’est pas une erreur passagère. Ce n’est pas une polémique de plus. C’est une masse que l’on traîne, qui ralentit tout, qui use les structures, qui finit par faire couler ce qui devait avancer. Fouzi Lakjaa est devenu cela pour le football.
Un poids mort accroché à une discipline qui a besoin d’air, de règles et de confiance. Un boulet pour le Maroc, un boulet pour l’Afrique, un boulet pour un football mondial déjà en crise de crédibilité.
Boulet pour le football marocain d’abord.
Parce qu’à force de confondre autorité et intimidation, influence et contrainte, Lakjaa a transformé un capital sportif réel en passif durable. Le Maroc disposait d’une équipe compétitive, de joueurs respectés, d’une crédibilité acquise sur le terrain. Tout cela a été recouvert par une méthode brutale, nerveuse, autoritaire. Résultat immédiat. Soupçon généralisé, hostilité latente, image contaminée. Les clubs marocains entrent désormais sur les terrains africains avec une cible dans le dos. Les joueurs portent un maillot devenu politique malgré eux. Les supporters héritent d’une tension qu’ils n’ont pas choisie.
Boulet financier aussi.
Car cette aventure n’est pas gratuite. Organisation hypertrophiée, dépenses sécuritaires, gestion sous tension permanente, bénéfices symboliques annulés par une image dégradée jusque dans la bassesse des détails, comme ces ramasseurs de balles transformés en gardiens de serviettes, révélant une obsession du contrôle qui coûte plus qu’elle ne rapporte.
Dans un contexte économique contraint, transformer le football en démonstration autoritaire n’est pas une audace stratégique. C’est une charge future.
Boulet pour l’Afrique ensuite.
Parce que la méthode Lakjaa déborde largement le cadre marocain. Elle installe un précédent toxique. Elle diffuse l’idée que le football africain se gouverne par pressions, par réseaux, par rapports de force. Elle transforme les compétitions en arènes politiques. Chaque décision arbitrale devient suspecte. Chaque match devient inflammable. Chaque tournoi devient ingouvernable. Or l’Afrique n’a pas besoin d’hommes qui écrasent. Elle a besoin d’institutions qui tiennent. Quand un dirigeant concentre autant de tensions et de ressentiments, il ne renforce pas le football africain. Il l’empoisonne.
Boulet pour les instances continentales.
Lakjaa a cru pouvoir s’abriter derrière une CAF affaiblie et une FIFA obsédée par la stabilité du produit. Mauvais calcul. La CAF de Patrice Motsepe est contestée de toutes parts. La FIFA de Gianni Infantino a perdu sa boussole morale. En s’adossant à ces structures déjà fragiles, Lakjaa n’a pas protégé le système. Il l’a alourdi. Il a accéléré son discrédit. Et quand les institutions prennent l’eau, elles cherchent toujours la même chose. Un corps à larguer pour rester à flot.
Boulet pour le football mondial enfin.
Car rien de ce qui se joue en Afrique ne reste confiné. Chaque dérive locale devient un argument global. Chaque soupçon nourrit la défiance planétaire. Le football africain est déjà traité comme un réservoir de talents et d’audience. La méthode Lakjaa renforce cette réduction. Elle affaiblit la capacité du continent à exiger l’équité qu’on lui refuse depuis trop longtemps.
Le plus grave est là.
Par son obsession du contrôle et sa confusion permanente entre football et rapport de force, Lakjaa a transformé le football marocain en champ de revanche. Les prochaines compétitions ne seront plus seulement des matchs. Elles risquent de devenir des règlements de comptes. Les clubs en paieront le prix. Les joueurs aussi. Les supporters surtout. Ce n’est pas seulement injuste. C’est absurde. En voulant imposer une domination, il a fabriqué un ennemi commun. Et quand un football national devient une vengeance collective, le jeu meurt avant le coup d’envoi.
Les faits ont fini par parler plus fort que les discours. Fouzi Lakjaa est devenu un poids. Un poids pour le royaume et pour le football marocain, exposés malgré leurs qualités sportives réelles. Un poids pour le football africain, pris en otage par des méthodes de domination et de soupçon. Un poids commode, enfin, pour des instances internationales qui préfèrent canaliser la colère vers un visage plutôt que d’assumer leurs propres dérives.
Le sortir du jeu ne serait pas un règlement de comptes. Ce serait un acte d’hygiène. Une respiration nécessaire. Non pas pour tout réparer, mais pour desserrer l’étau. Pour redonner au football marocain une chance d’être jugé sur le terrain. Pour permettre au football africain de retrouver un minimum de confiance. Dans un système asphyxié par la défiance, se débarrasser d’un poids inutile n’est pas une humiliation. C’est une bouffée d’oxygène.
Zaim Gharnati

