Site icon Le Matin d'Algérie

France–Algérie : Ségolène Royal plaide pour une reconnaissance explicite des crimes coloniaux

Victimes de l'armée française en Algérie

Victimes de l'armée française en Algérie. Crédit photo : DR

Intervenant lors des Rencontres nationales organisées samedi 17 janvier 2026 à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), Ségolène Royal, récemment élue présidente de l’Association France-Algérie (AFA), a appelé à un changement de paradigme dans la relation franco-algérienne.

Au cœur de son propos : la nécessité pour la France d’assumer pleinement sa responsabilité historique dans les crimes commis durant la période coloniale en Algérie.

Une relation bilatérale enfermée dans les non-dits

D’emblée, l’ancienne ministre française a dressé un constat critique de l’état des relations entre Paris et Alger, régulièrement traversées par des crises diplomatiques liées aux questions mémorielles, migratoires ou régionales. Selon elle, l’absence d’une parole politique claire sur le passé colonial contribue à entretenir une relation instable, instrumentalisée au gré des agendas internes français.

Ségolène Royal a dénoncé l’usage récurrent de la question algérienne comme levier de débat politicien, estimant que cette posture empêche toute avancée durable. Elle a notamment rejeté l’expression de « rente mémorielle », qu’elle juge réductrice et offensante à l’égard des souffrances engendrées par la colonisation.

Reconnaître les crimes coloniaux comme préalable politique

L’axe central de son intervention a porté sur la reconnaissance explicite des crimes coloniaux commis par la France en Algérie. Citant Aimé Césaire, elle a qualifié la colonisation d’« entreprise d’ensauvagement » et plaidé pour des excuses officielles de l’État français, estimant qu’un tel geste constituerait non pas une concession, mais un acte de responsabilité politique.

Pour Ségolène Royal, cette reconnaissance est une condition indispensable pour sortir de l’impasse mémorielle : « Sans vérité clairement assumée, aucune relation apaisée et équilibrée ne peut se construire », a-t-elle affirmé, soulignant que d’autres pays européens ont déjà franchi ce seuil symbolique.

Des actes concrets pour accompagner la reconnaissance

Au-delà du discours, la présidente de l’AFA a défendu plusieurs mesures concrètes destinées à traduire cette reconnaissance dans les faits. Elle a notamment évoqué la restitution intégrale des restes humains et des crânes de résistants algériens conservés en France, ainsi que celle du canon Baba Merzoug, toujours exposé à Brest.

Elle a également insisté sur la transparence totale concernant les essais nucléaires français dans le Sahara, appelant à la déclassification complète des archives et à une mobilisation scientifique internationale pour la dépollution des sites concernés.

Vers un nouveau cadre de coopération

Selon Ségolène Royal, la reconnaissance claire du passé colonial permettrait de dégager un espace politique nouveau, favorable à une coopération tournée vers l’avenir, notamment dans les domaines de l’énergie, de l’environnement et de l’économie maritime. Elle a présenté l’Algérie comme un partenaire stratégique de long terme pour l’Europe, à condition que la relation repose sur la confiance, le respect mutuel et la stabilité politique.

En filigrane de son intervention, un message constant : la reconnaissance des crimes coloniaux ne relève pas uniquement du devoir moral, mais constitue un levier diplomatique essentiel pour refonder durablement les relations franco-algériennes.

La rédaction

Quitter la version mobile