Le malaise social prend une tournure explosive en France. Tandis que la pauvreté atteint son niveau le plus élevé depuis trente ans, le gouvernement dirigé par François Bayrou a dévoilé début juillet un plan d’austérité d’une ampleur inédite, suscitant une vague d’indignation jusque dans les rangs les plus modérés.
Un appel à une mobilisation nationale, prévoyant un « blocage total du pays » à partir du 10 septembre 2025, circule désormais sur les réseaux sociaux. À l’origine de cette initiative, des salariés de différents secteurs, notamment de l’énergie, mais sans aucune étiquette syndicale ni orientation politique affichée. « La colère est générale. Elle dépasse les partis et les organisations. C’est une réaction de survie », affirme un trentenaire salarié chez Enedis, cité par Le Parisien.
Le plan d’austérité, présenté en pleine période estivale alors que l’Assemblée nationale est suspendue pour 45 jours, prévoit une série de mesures particulièrement sévères :
Suppression de deux jours fériés (le 8 mai et le lundi de Pâques),
Abolition de la cinquième semaine de congés payés, contre une compensation financière jugée dérisoire,
Gel des pensions de retraite et des prestations sociales comme le RSA, l’APL et l’AAH,
Réduction de 5 milliards d’euros du budget de la santé, ciblant notamment les maladies chroniques,
Allongement du délai de carence pour les arrêts maladie dans le secteur privé (de trois à six jours),
Nouvelle réforme de l’assurance chômage, visant à réduire les droits des demandeurs d’emploi,
Suppression de la durée légale du travail à 35 heures, sans majoration obligatoire des heures supplémentaires,
Gel des salaires dans la fonction publique, avec une règle de non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite.
Pendant que les classes populaires et moyennes sont mises à contribution, les grandes fortunes restent épargnées. Aucune taxe nouvelle ne viendra frapper les plus riches. Selon l’OFCE, les politiques fiscales favorables aux hauts revenus et aux grandes entreprises instaurées depuis 2017 coûtent à elles seules plus de 60 milliards d’euros par an à l’État.
Dans ce contexte, la défiance s’installe. « Moins de droits pour les mêmes prélèvements », peut-on lire dans un tract largement diffusé en ligne. Le sentiment d’injustice fiscale s’ajoute à une dégradation du pouvoir d’achat, une précarisation du travail et un recul des services publics.
L’appel au blocage du 10 septembre pourrait bien annoncer une rentrée sociale sous haute tension. À l’image du mouvement des Gilets jaunes, cette colère diffuse pourrait se cristalliser en un vaste mouvement de contestation populaire. La question n’est plus de savoir si la rue va bouger, mais quand et comment.
Djamal Guettala