À Paris, Nazik A., 50 ans, parcourt régulièrement la place de la Nation, le téléphone en main, faisant défiler des images des massacres d’al-Fasher. Originaire de l’État soudanais d’Al-Jazirah, elle craint pour sa vie si elle devait retourner dans son pays. Depuis son arrivée en France en janvier 2019, sa demande d’asile a été rejetée, et elle a reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF) dès avril 2021.
Pourtant, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) reconnaît que sa région d’origine fait partie des zones soudanaises en proie à une « violence aveugle d’intensité exceptionnelle ». Malgré cela, Nazik reste sans statut légal, dépendante de la solidarité de sa communauté pour survivre, sans logement ni emploi stable.
La situation de Nazik n’est pas un cas isolé. Selon Eurostat, 1195 Soudanais ont été visés par une OQTF au cours des trois premiers trimestres de 2025. Sur cette même période, quinze renvois vers le Soudan ont été enregistrés, dont cinq dits « volontaires ». La Cimade alerte sur le fait que ces « retours volontaires » ne résultent pas toujours d’un consentement éclairé, mais peuvent résulter de pressions administratives exercées pour pousser les personnes à adhérer à un programme de retour.
L’association dénonce également le placement en centre de rétention administrative (CRA) ou l’assignation à résidence de personnes que l’on sait « inexécutables », comme de nombreux Afghans et Haïtiens. « Ces personnes sont maintenues dans la précarité », rappelle Mélanie Louis, responsable nationale des questions d’expulsion à La Cimade.
La France reste le pays européen qui prononce le plus d’OQTF, mais leur application reste limitée : en 2024, seulement 10 % des 130 000 décisions ont été exécutées. Toutefois, l’ouverture de « hubs de retours » à l’extérieur de l’Union européenne, validée par les Vingt-Sept le 8 décembre, pourrait changer la donne.
Face à cette situation, la Cimade demande qu’aucune mesure d’éloignement ne soit notifiée à des personnes « dans l’impossibilité de quitter la France et de se rendre dans leur pays de nationalité ou d’origine ».
Djamal Guettala

