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Ils veulent la guerre avec le Maroc, qu’ils la fassent eux-mêmes !

OPINION

Ils veulent la guerre avec le Maroc, qu’ils la fassent eux-mêmes !

Voilà, de nouveau, nos généraux qui brandissent la menace extérieure par l’ennemi traditionnel qu’ils désignent lorsqu’ils sont en difficulté avec leur opinion intérieure. Plus d’un demi-siècle que cela dure et, le plus stupéfiant, est que cela fonctionne pour une partie non négligeable de la population.

C’est comme cela depuis le lendemain de l’indépendance, ce vieux mécanisme de “l’ennemi extérieur” que brandissent tous les despotes pour souder la population autour de leurs leaders. Tous l’ont utilisé, depuis l’antiquité puis, plus proche de nous, Hitler, Mussolini, les juntes sud-américaines et africaines.

Le régime algérien a toujours su trouver en notre voisin marocain une incarnation du danger qui menacerait les frontières, donc l’unité et l’intégrité de la nation. Un ennemi bien commode que l’on brandit lorsque la population est en grogne. Un ennemi qui justifierait que les rangs se resserrent autour des dirigeants car la patrie serait en danger et nécessite que l’on mette de côté les oppositions politiques.

Cet appel impérieux à l’unité nationale a perpétué la survie d’un régime militaire qui aurait tort de s’en priver tant il représente pour lui un élixir de régénération. Aux premiers rangs des ennemis, la France et son passé colonial ainsi que le Maroc. Et on peut en citer bien d’autres, comme les opposants à l’étranger qui s’en prendraient à la dignité et à la sécurité du pays, les écrivains libres, les lanceurs d’alerte, les athées et ainsi de suite.

Les militaires le savent, le plus performant épouvantail qui génère des réflexes puissants de solidarité est celui qui est dans la famille, celui qui vous ressemble, lié par des liens proches. Car dans ce cas, l’argument de la trahison évoquée s’en trouve encore plus forte que s’il s’était agi d’un étranger, d’un pays plus lointain. 

Les Marocains, nos voisins et frères (nous partons du peuple), nous partageons avec eux une histoire commune plus que millénaire ainsi qu’une origine identitaire des plus fusionnelles. Il n’est pas question que nous nous engagions dans un conflit dramatique avec eux, encore mieux pour le profit de la survie et des milliards des dirigeants des deux côtés de la frontière.

Depuis ma tendre enfance, le Maroc est brandi comme une menace, à chaque fois que le régime militaire a besoin de soutien et qu’il ressent sa fragilité. Un petit incident, une grosse fâcherie diplomatique et nous voilà embarqués vers la promesse d’une guerre.

C’est un classique algérien où les acteurs se mobilisent par instinct. Les militaires, en soufflant sur la flamme, la population, en hurlant au scandale, au péril et en appelant à la nécessité de faire front contre l’ennemi éternel.

Je lis, cette fois-ci de nouveau, comme les dizaines de fois auparavant, des articles de presse et des posts dans les réseaux sociaux d’Algériens qui tombent dans le piège si évident et qui ne semblent pas avoir été vaccinés par tant de duperies grossières depuis des décennies.

L’armée algérien tient là un filon qui semble inépuisable et s’en sert comme une arme de destruction massive des esprits de discernement. Au son du tambour, les voilà qu’ils se lèvent, brandissent la redjla, la profonde dignité de la nation, l’impérieuse nécessité de faire front au perfide ennemi de la patrie.

C’est aussi épuisant que consternant. Quand, cette grande partie de la population comprendra enfin qu’elle se fracasse à chaque fois contre le mur du malheur et des lendemains qui pleurent ? Tout cela au bénéfice du régime militaire qui trouve ses intérêts en milliards de revenus et en protection politique, la plus sûre car le soutien de la population la garantit.

Nous ne sommes pas les ennemis des Marocains, pas plus qu’ils ne sont les nôtres. Ce sont des frères, unis avec nous par les liens du voisinage, de l’histoire et du malheur engendré par des régimes politiques aussi criminels et corrompus.

Ces régimes détestables se rendent mutuellement un service car chacun est l’assurance-vie pour l’autre, lorsque les populations les menacent de leur grogne révolutionnaire.

Si les généraux algériens veulent la guerre avec le Maroc, qu’ils la fassent eux-mêmes. Ils ont été rémunérés à centaines de milliards sous le prétexte de la défense impérieuse du pays, non ?

Ces gens n’ont jamais tiré un seul coup de feu, sinon sur les opposants algériens et dans leurs jeux vidéos de leurs salons. Et s’ils veulent que la jeunesse algérienne se batte pour le pays, qu’ils envoient leurs enfants, largement disponibles dans leur villégiature domestique ou à l’étranger.

Que tout ce petit monde de matamores, prompt au tambour guerrier, fasse cette guerre dont ils rêvent pour leur gloire. Nous et nos enfants sommes loin de tout cela et nous avons un esprit de discernement suffisamment développé pour ne pas tomber dans ce grossier piège. 

Le peuple marocain est un peuple frère, nous avons tant de choses à faire pour un développement fantastique de la région. Nous avons des rêves communs et une ambition de la jeunesse prête à soulever des montagnes si la terreur des deux régimes était définitivement mise à genoux.

Bien entendu que les pays souverains voisins ont inévitablement des contentieux, c’est le propre des relations humaines et des communautés. Mais l’intelligence de l’humanité, construite au long des siècles, a su trouver les moyens d’une communication  diplomatique, même au prix de grognes fortes à certains moments.

Il est temps que l’excuse de « l’ennemi extérieur » cesse d’alimenter le carburant des deux régimes détestables, hors de l’humanité et du projet des deux jeunesses respectives.

La seconde république ouvrira les frontières, travaillera avec nos frères et amis marocains et, main dans la main, la génération à venir trouvera enfin la route d’un développement et d’un épanouissement à la hauteur de ses attentes.

Il est temps que les militaires algériens comprennent que non seulement ils sont déjà tout près de tout perdre mais que si la menace d’un gros conflit venait à trouver une réalité, ce serait une perte qui trouvera une échéance beaucoup plus rapprochée, explosive et définitive.

Bien entendu, il ne faut surtout pas y trouver avantage dans cette guerre afin de les précipiter vers leur perte. Mais l’idée titille tellement l’esprit que nous nous en réjouirions si ce n’était pas au prix du désastre et des morts. 

Ils veulent la guerre, qu’ils appellent leurs enfants de l’étranger et la fassent en famille. Nous lancerons des fleurs à leur départ et les femmes yoyouteront comme jamais elles ne l’ont fait auparavant.

Mais nous nous garderons bien de jeter de l’eau derrière leurs pas, vieille coutume qui symbolise l’espoir d’un retour prochain.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant

 




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