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In memoriam : Ferhat Abbas

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Il y a quarante ans, nous quittait Ferhat Abbas (24 août 1899 Chahna –24 décembre 1985). Qu’il nous soit permis de rappeler quelques lignes de vie, autant de repères dans son long parcours politique et, par là même, rendre hommage à l’un des pères de la nation algérienne. 

Une pensée, une prière pour Le Jeune Algérien, fils de Taher qui débuta sa vie militante à 19 ans auprès de l’Émir Khaled. Étudiant en pharmacie, il devient leader syndicaliste, président de l’Association des Étudiants Musulmans d’Afrique du Nord (AEMNA). C’est durant ses années (1922-1929) à l’université qu’il s’initie, sous le pseudonyme de Kamel Abencérages, au journalisme contribuant aux journaux L’Ikdam, Le trait-d’Union, Ettakaddoum puis L’Entente du docteur Bendjelloul et enfin dans la revue estudiantine qu’il a créé : Ettelmidh. Ces écrits feront de lui, selon les mots de Jacques Berque, le « fondateur du journalisme politique musulman » en Algérie. 

Ce journalisme et le travail de presse étaient conçus comme une pièce essentielle du combat politique contre le système colonial, d’une part, et en faveur de la construction d’une identité collective nationale, d’autre part. Cette œuvre de conscientisation politique et de militantisme l’accompagnera toute sa vie durant. Il sera, ainsi, à l’origine de journaux nationalistes dont les titres résument son combat politique : L’Égalité, ElWatan et La République algérienne. Ces journaux ont grandement contribué à forger l’idée de Nation algérienne et de République démocratique, sociale, réformiste et émancipatrice. C’est un journalisme d’éducation populaire, entièrement consacrée à l’affirmation de l’idée de nation algérienne, à la reconquête de l’histoire du pays en réaction à l’entreprise d’acculturation et de déhistorisation de l’Algérie conduite par le système colonial. 

Deuxième ligne de vie, celle de l’incessante dénonciation de La nuit coloniale et du système d’oppression et d’exploitation mise en place 132 ans durant en Algérie. Du J’accuse l’Europe (1946) à Autopsie d’une guerre (1980), en passant par son Testament politique (1946, édité en 1994), il n’aura cessé de combattre le système et le meurtrier lobby colonial, de dénoncer les lâchetés de la France en Algérie, son double-jeu et son hypocrisie meurtrière. La condamnation historique, morale, politique, économique, culturelle et cultuelle du colonialisme en tout lieu et de tout temps, et au-delà de toute forme d’asservissement humain a été constante de sa trajectoire politique – qui a pourtant beaucoup évolué – et de son action partisane. 

On en vient donc à la troisième ligne de vie, celle de l’action politique. Une pensée, une prière pour le fondateur de l’Union Populaire algérienne. Mais surtout le rédacteur, au 1er étage de sa pharmacie de Sétif, du Manifeste du peuple algérien, l’acte de naissance de la nation algérienne. En l’intitulant L’Algérie devant le conflit mondial. Manifeste du peuple algérien, il annonçait, au monde et à la France coloniale, qu’une nouvelle nation en gestation entendait inscrire sa lutte d’émancipation dans le concert des nations et celui des peuples du monde ; un nationalisme universaliste. S’en suivra la création des Amis du Manifeste et de la Liberté (AML), seul parti de masse, pluraliste, patriotique et républicain qu’aura connu l’Algérie et leader de l’Union Démocratique du Manifeste Algérien (UDMA). Contrairement à la propagande officielle visant à disqualifier ce courant nationaliste, l’UDMA n’était pas un parti « petit bourgeois », « assimilationniste », « élitiste », « coupé du peuple ». Non. L’UDMA (1946-1956) a été un parti populaire, indépendantiste, présent sur le terrain, avec des sections réparties sur l’ensemble du territoire, œuvrant main dans la main à l’éducation des masses avec les Oulémās (1). 

Son action politique, les postes qu’il occupa en tant que conseiller municipal de Sétif, conseiller général du Constantinois, délégué à l’Assemblée algérienne et député de l’Assemblée nationale française, l’UDMA en tant qu’entreprise politique n’avaient qu’une seule et même finalité : l’émancipation du peuple algérien et « l’élévation de la masse algérienne ». L’émancipation sociale, politique, économique, culturelle, cultuelle du peuple algérien constitue l’essence même et la finalité de son projet combat politique (2).

Une pensée, une prière pour le premier Président du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) et de la première Assemblée constituante de l’Algérie indépendante, dont il démissionna en juillet 1963 pour dénoncer la dérive autoritariste des prédateurs. Sa lettre de démission, sous-titrée Le sang des Chouhadas trahi, était d’une grande lucidité sur l’évolution du pays. Il y dénonce « l’Algérie des lâches opportunistes (…) une république des courtisans (…) des profiteurs (…) [et] la dictature d’un pouvoir fractionnaire et sans contrôle ». Il annonçait la dérive dictatoriale et la corruption-dévalorisation de l’institution étatique sans laquelle il ne peut y avoir un développement socio-économique. Pour cela, il aura connu après les prisons de l’ordre colonial, celles des colonels de l’Algérie indépendante. Il aura été un opposant constant, permanent à la dictature du parti unique, victime de L’indépendance confisquée, suite à son Rappel au peuple algérien de 1976. 

Une pensée, une prière pour ce militant de l’unité maghrébine et d’une Algérie méditerranéenne. Le Rappel au peuple algérien de 1976 se terminait de la façon suivante : « (…) des hommes, militants de bonne volonté, (…) appellent les Algériens à lutter afin : 

  1. De faire élire par le peuple, librement consulté une Assemblée nationale constituante et souveraine.
  2. De mettre fin au système totalitaire actuel et d’élever des barrières légales contre toute velléité de ce genre.
  3. D’établir les libertés d’expression et de pensée pour lesquelles le peuple algérien a tant combattu.
  4. D’œuvrer pour un Maghreb arabe uni, islamique et fraternel. »

Cinquante ans après, ce plaidoyer politique demeure d’une brûlante actualité. 

De l’esquisse de ces lignes de vie, se dégage la vision d’une Algérie pluraliste, multiple dont l’identité ne se définit pas par l’exclusion, mais par l’intégration, une Algérie riche de ses diversités. S’il y a bien une seconde constante dans la trajectoire politique de Ferhat Abbas, dans ses écrits, dans les écrits de la presse qu’il dirigea et dans toute l’action politique de l’UDMA, c’est la défense de la multiplicité algérienne. Revendiquée et assumée – non dénuée de contradictions, il faut l’admettre, mais cela serait trop à expliquer – cette Algérie multilinguiste, multireligieuse et multiculturelle était la condition, la réalité sociologique et historique du patriotisme, de la citoyenneté et de la Nation à construire. C’est ce projet national qui a été défendu par Ferhat Abbas, l’UDMA et les udmistes. Il s’agit de se souvenir qu’un courant nationaliste algérien a porté cette conception de la Nation et de la République à venir. Il peut être un repère dans ces temps confus.

C’est pourquoi, les idées, les écrits de Ferhat Abbas sont là, un noble matériau pour la genèse possible d’une « République algérienne démocratique et sociale », selon les termes du projet de l’UDMA (1946). Un repère pour notre jeunesse en quête d’un idéal car Demain, se lèvera le jour

Taher El Qassentini

Notes

  1. Lire à ce propos l’ouvrage de Malika Rahal (2017), L’UDMA et les Udmistes. Contribution à l’histoire du nationalisme algérien, Barzakh, Alger.

 2) Nous avons développé cet aspect de la trajectoire de Ferhat Abbas dans une précédente contribution, « Ferhat Abbas ou la quête inachevée », Recherches Internationales, n° 105, 2015, pp. 137-150.

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3 Commentaires

  1. « … appelle les Algériens à lutter afin :
    …/…
    3. D’établir les libertés d’expression et de pensée pour lesquelles le peuple algérien a tant combattu.

    « 4. D’œuvrer pour un Maghreb arabe uni, islamique et fraternel. » ». !!

    Un Maghreb Arabe Unie, Islamique et fraternel ! Voilà donc le beau projet pour le quel ils se sont tant battus. Et tant pis pour ceux qui ne sont ni arabes ni islamiques ! Même s’ils étaient le plus gros du contingent. Ils n’ont d’autre choix que de s’écraser sous peine de contrevenir à l’union et la fraternité d’un Maghreb qui se fera à leur dépend.
    Même si on ne peut douter de leur iintelligence, leur patriotisme, leur honnêteté, leur sacrifices ,…
    Il faut croire que nos élites, anciennes comme actuelles, même les plus modernistes d’entre eux du moins en discours, leur archaisme refait surface à chaque fois qu’ils viennent joindre le geste à la parole! Tellement discordants. Comme si dans les faits l’archaisme est devenu un caractère atavique qu’on ne saurait dépasser hormis les vœux pieux.
    Par manque de maturité ? Manque de sagesse ?
    Parce qu’on a beau avoir toutes les qualités et les compétences mais quand la sagesse vient à faire défaut même les plus ambitieux des entreprises finissent par faire long feu. Elles finissent au mieux par un échec voire pire par un désastre qu’il faudra des générations à récupérer et encore ! Sans compter le coût en temps et en efforts.

    • J’ai toujours eu du respect pour Ferhat Abbas mais en lisant qu’il voulait un Maghreb Arabe islamqiue, lui qui etait marie a une francaise et parait il d’origine Amazigh, je l’ai efface de ma memoire.

  2. Difficile à comprendre comment, en 1976, 14 ans après le départ des troupes françaises, on peut encore déclarer que le projet algérien doit s’inscrire dans ‘… un Maghreb arabe uni, islamique et fraternel». Comment peut-on concilier une telle vue avec la pluralité, la démocratie tout court.
    On croyait qu’en dehors du pouvoir et sa base sociale islamiste qui assument en plein jour le génocide identitaire des berbères, l’argument de l’unité – en réalité de l’uniformisation – devant l’adversité ne devrait plus exister après la guerre.
    Eh bien non, ça existe toujours ça se porte bien, merci.
    Les génocidaires culturels sont en fin de compte les seuls qui ont une certaine cohérence entre le discours et les actes. L’argument de «l’unité » au nom duquel notre identité est assassinée est partagé bien au-delà du milieu dans lequel on le pensait confiné. M. F. Abbas n’ignorait pas qu’après la guerre il en restait encore quelques berbères dans le pays, que le pays ne compte pas que des dardjophones, que les pratiques religieuses sont loin d’être que musulmanes, ce même après le départ des juifs et des chrétiens.

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