L’Iran est en pleine crise. Au douzième jour consécutif, des milliers de manifestants ont encore envahi les avenues de Téhéran et de nombreuses villes du pays, malgré une coupure totale d’Internet et des communications téléphoniques, imposée par les autorités pour étouffer l’information et isoler la contestation.
Depuis jeudi soir, le pays est quasiment déconnecté du monde. L’ONG de surveillance NetBlocks a confirmé que la connectivité nationale était tombée à environ 1 % de son niveau normal, signe d’un black‑out numérique généralisé destiné à perturber la coordination des protestataires et la couverture médiatique extérieure.
Les protestations, parties fin décembre d’une réaction contre l’inflation galopante, la chute du rial et la détérioration du pouvoir d’achat, ont rapidement gagné l’ampleur d’un rejet ouvert du système politique iranien. Des vidéos vérifiées montrent des foules scandant « Mort au dictateur » et « Mort à la République islamique », défiant les forces de sécurité même dans les zones où les communications sont coupées.
À la télévision d’État, le guide suprême Ali Khamenei a répondu par un discours sans concession. Il a qualifié les manifestations de « vandalisme » et accusé des influences étrangères, y compris des États‑Unis, de manipuler le mouvement pour servir leurs objectifs. Dans une tirade marquée par la défiance, il a déclaré que la République islamique ne « reculerait pas » face aux protestataires et qu’elle ne tolérerait pas ce qu’il considère comme des actes de “sabotages ».
La répression est aujourd’hui sans ambiguïté : les autorités promettent des peines sévères pour les manifestants impliqués dans des violences, tandis que des organisations de défense des droits humains rapportent des dizaines de morts et des milliers d’arrestations depuis le début des manifestations. Les chiffres exacts restent difficiles à vérifier du fait du blackout, mais les bilans compilés par des groupes indépendants évoquent plus de 50 victimes mortelles au moins.
Dans les rues, des scènes de tension se multiplient : incendies de véhicules publics, barrages improvisés, affrontements sporadiques avec les forces de sécurité et chants contre les dirigeants. Le mouvement s’est étendu à toutes les provinces, transformant un mécontentement économique initial en une vague de contestation politique qui met le régime face à son plus grave défi depuis plusieurs
À l’étranger, la communauté internationale observe et réagit. L’Union européenne a dénoncé l’usage excessif de la force contre les manifestants et condamné la suppression de l’accès à Internet, qualifiant cette mesure de signe d’un régime qui « craint son peuple ». Les appels à garantir le droit à l’information et au rassemblement pacifique se multiplient dans les capitales occidentales.
Ce vendredi noir pour les communications en Iran — Internet coupé, rues en feu, autorités et manifestants face à face — pourrait marquer un tournant. Les fissures politiques profondes, alimentées par la crise économique et la frustration sociale, risquent de devenir structurelles si le régime persiste dans la répression et la censure… ou si la rue refuse de s’éteindre.
Mourad Benyahia

