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Iran : le chat retombe toujours sur ses pattes !

Drapeau iran

Des manifestants réclament le retour au drapeau d'avant la révolution islamique de Khomeiny.

Cela faisait deux semaines que le grand mouvement protestataire dans les rues avait  commencé à Téhéran et dans les autres villes d’Iran. Ce jour-là, j’ai prêté l’oreille plus attentivement aux slogans oraux. Stupéfaction, je n’arrivais pas à le croire, j’ai reconnu un mot absolument insolite dans un moment pareil.

Entre la fin de l’année 1978 et janvier 1979, période qui allait se terminer par la fuite du Shah d’Iran (la révolution avait commencé en janvier 1978), tous les samedis de grands rassemblements étaient organisés devant la porte de la Cité Universitaire Internationale à Paris.

Et tous les samedis, nous entendions une phrase en slogan qui commençait par «Marg bar…». Nous saurons très rapidement qu’il s’agissait de « à mort… ». Á mort le Shah, à mort la dictature, et ainsi de suite. Et même, vive Khomeiny disaient certains autres ! 

Il faut se souvenir qu’à cette époque l’Ayatollah était un opposant farouche au Shah d’Iran et représentait un espoir pour beaucoup (malgré tout minoritaires), une alternative pour chasser le régime despotique. L’histoire est toujours cruelle dans ses erreurs. Fallait-il chasser un despote pour en consacrer un autre ?

Au bout de quelques instants ? Après ma certitude d’avoir reconnu le mot, arrive la suite de ma de stupéfaction quelques minutes après. Mais oui, c’est bien ça, ils scandaient “à bas la dictature” suivi de « vive le retour de Pahlavi ».

Quoi, ils demandent le retour du nom de famille du Shah !!! C’est en fait de son fils dont il s’agissait, résident aux États-Unis depuis la fuite de la famille Pahlavi. Je suppose que ce vœu n’est pas majoritaire mais tout de même, le seul fait qu’il sorte de la bouche de milliers de jeunes iraniens, c’est stupéfiant.

Avec la réserve qu’elle ne dura qu’un instant d’illusion, la révolution iranienne avait été un moment de libération d’un régime autoritaire et même sanguinaire. Les plus jeunes ne peuvent s’imaginer la terreur  dont il en était la cause. Des milliers d’opposants incarcérés, des centaines de condamnés à mort et pendus et une population surveillée et brimée à chaque instant par la sinistre Savak, le service intérieur de sécurité.

Le Shah d’Iran était la véritable marionnette des Etats-Unis auxquels il offrait une façade cultivée de son pays tout à fait artificielle, européanisée, polyglotte et qui représentait à l’époque un bouclier aux menaces du communisme qui était la plupart du temps revendiqué par beaucoup d’opposants.

Je m’étais dit que la maxime était juste, le chat retombe toujours sur ses pattes. Le reverrons-nous de retour au pouvoir ? Va-t-il nous regarder avec l’arrogance du chat qui reprend sa place car pour lui c’est vous qui êtes chez le chat et non pas l’inverse dit une autre citation.

L’adolescent avait 18 ans lorsqu’il accompagna ses parents dans une fuite de déshonneur, c’est lui qui reviendrait reprendre le siège de la dynastie des Pahlavi ? Il a toujours répéter qu’il ne reviendrait plus pour assumer le pouvoir. C’est déjà une immense prétention de penser qu’il puisse y avoir une demande de retour disions-nous. Mais il ne faut jamais insulter l’avenir, c’est cela qui se passe, la demande est réelle par de nombreux iraniens. S’ils sont très minoritaires, c’est déjà incroyable que cet appel puisse exister.

Sa maman était reconnue par sa beauté légendaire, la très célèbre Farah Diba. Une diva célébrée dans le monde entier qui nourrissait envers elle une admiration folle. Pourtant, sa rivière de diamants qu’elle portait au coup était un torrent de sang et de souffrance que l’impératrice avait assumé en se mariant par l’attrait du pouvoir et de la fortune.

Il est vrai que dans l’histoire il y a toujours des revirements avec le temps. Les plus jeunes n’ont pas connu les temps douloureux des despotes de leur pays dont ils ne connaissent que la légende à travers les mouvements nationalistes de l’extrême droite. Quant aux plus anciens, ils sont dans une nostalgie de leur jeunesse perdue. La nostalgie de l’ordre et la croyance d’un retour aux valeurs morales (celles qui sont fantasmées) dans des temps de crise qui suscitent toujours le désir du retour du pouvoir par la force.

Les mouvements fascistes s’étaient éteints aux lendemains des soulèvements et des guerres qui les ont chassés. Ils réapparaissent dans des groupuscules militants avant de finir par représenter des mouvements politiques aux portes du pouvoir.

L’extrême droite espagnole réclame le retour du franquisme, celle d’Italie, celui du fascisme de Mussolini et celle d’Allemagne, celui du nazisme d’Hitler. Si le Rassemblement National en France n’ose plus afficher son désir du retour de la mémoire de Pétain pour se donner une image de respectabilité que nécessite l’accès au pouvoir, il suffit de prêter l’oreille car Pétain et Laval  sont cachés derrière chaque mot et chaque militant.

Á la fin de la rédaction de ma chronique je me suis rappelé que j’aurais également pu prendre la citation selon laquelle les chats ont 7 vies. Une croyance de l’Egypte ancienne qui attribue aux chats le pouvoir de ressusciter et qui reviennent pour créer des dieux de la mythologie égyptienne.

Le Shah veut redevenir Pharaon une nouvelle fois. Le souci est que nous n’avons qu’une vie et qu’ elle est courte.

Boumediene Sid Lakhdar

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