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Jeunes Algériens, n’ayez pas peur !

TRIBUNE

Jeunes Algériens, n’ayez pas peur !

Je ne me prends pas soudainement pour le Pape Jean Paul II qui proclama cette célèbre phrase, reprise de plusieurs passages de la Bible. Une parole qui a contribué psychologiquement à la chute du régime de Varsovie puis du mur de Berlin. C’est une incantation très commune mais si nécessaire pour donner de l’élan à une jeunesse, abattue par le sentiment d’un avenir introuvable, qu’il faut la répéter inlassablement en encouragement.

Après l’échec lamentable du Hirak, qu’il a construit de ses propres erreurs grossières, la jeunesse algérienne n’a pas eu le temps d’encaisser le choc que la voilà retombée dans le drame de la crise pandémique.

C’est comme si le sort s’abattait sur elle comme il s’est abattu sur nous qui avions cru tant de fois à la libération du pays avant qu’il ne retombe dans les abysses du régime politique et des dogmes rétrogrades.

Ce sentiment, nous l’avions ressenti et il n’a pas été pris suffisamment en compte par la génération suivante, grisée par le flot d’argent illusoire qui s’est déversé sur ce pays. Il n’est plus le temps de l’accuser mais de l’encourager car cette gigantesque crise est un espoir pour elle de sortir des ténèbres et de construire un avenir à la hauteur de ses rêves, comme furent les nôtres.

Après des siècles de ténèbres qui ont succédé aux grandes civilisations que furent la Grèce  antique et la glorieuse Rome, même le moyen-âge s’en est sorti. Et l’une des plus célèbres affirmations des humanistes qui ont participé les premiers à la Renaissance du XVIème siècle fut de représenter cet espoir par l’image de la lumière qui apparaît à la fin d’un long tunnel. Image aujourd’hui incrustée dans le langage usuel.

Pour en sortir, commençons par répéter ce qui a été précisé dans plusieurs de mes articles concernant l’erreur fondamentale des Algériens en ce qui concerne l’économie et ses bases fondamentales. Une erreur déduite des écrits et discours de la majorité des économistes algériens qui s’expriment dans la presse. 

Je peux assurer les jeunes algériens que cette lumière sera visible si seulement ils se donnaient les moyens de comprendre ce qui peut les faire avancer vers elle et s’en donner les moyens. Et, pour cela, il faut se convaincre de la réelle définition de l’économie, celle que nos experts n’ont jamais voulu ou osé exprimer.

L’économie, c’est d’abord l’être humain, donc de la politique

Une définition de l’économie qui occulte l’être humain, sa formation et ses libertés est plus qu’un mensonge, c’est une faute lourde, un acte coupable. L’économie est éminemment politique, taire l’existence d’un régime autoritaires et ses actes néfastes sur la prospérité économique des peuples est comme si on voulait dissimuler l’action de l’eau dans les conséquences d’une inondation. C’est ce qu’ont pourtant fait la plupart de nos économistes, à longueur d’articles et de conférences par leur silence.

La définition de l’économie dans ses bases est aussi vieille que notre humanité, ce sont les êtres humains, leur liberté, leurs rêves et leurs projets. 

Toute autre base fondamentale est un mensonge, une tentative de faire peur et ainsi de s’accaparer un pouvoir du savoir par ceux qui pensent en être les détenteurs exclusifs. 

J’ai toujours accusé, y compris dans ce même journal, avec force et insistance le comportement des économistes algériens qui s’exprimaient dans les médias. Dès lors qu’il n’y a aucune remise en cause de leur honorabilité ni propos insultants, je me donne ce droit d’être sévèrement critique car le débat dans une situation économique désespérée se doit de faire exploser les déviations de ce qui est l’essentiel de la définition de la production de richesses.

Ces économistes déversent des polycopiés et ne font aucunement cas de ce qu’est l’économie dans ses bases. Pourtant ils le savent plus que quiconque mais ils savent également qu’il ne faut pas aller sur des terrains dangereux pour eux qui ruineraient leur statut auprès d’un certain public et surtout des autorités.

Avec, très souvent, une signature trois fois plus longue que le bras, reprenant leurs titres universitaires et fonctions d’État ou d’organisations, le ton est donné sur un comportement qui n’a rien arrangé à l’espoir de reprendre le chemin de la vérité concernant les fondations de l’économie.

Ces économistes nous assomment de théories, de chiffres et de doctrines que nous enseignons à nos étudiants le premier semestre de la première année d’études universitaires si ce n’est au lycée.

Pour eux, la science économique est exclusivement une compétence technique ou ressemblant à un corpus d’incantations théoriques et statistiques. C’est incontestablement tourner le dos au courage d’affirmer ce qu’ils n’ont absolument pas envie ou intérêt à dire.

Un économiste qui ne parle pas de la liberté des êtres humains est un charlatan. L’économie, c’est la formation et la liberté des êtres humains

Ce sont donc les êtres humains qui construisent l’économie, elle n’est substantielle ni dans les ressources terrestres ni dans les pensées imposées, les dogmes et les cultes. 

L’économie, c’est la puissance conjuguée d’une formation, d’un rêve et d’un projet accompli dans une société épanouie et libre. L’économie est fondamentalement un projet politique d’une communauté humaine. Et ce sont ceux qui se sont organisés, cru à la formation et ont eu de gros rêves qui ont fini par développer une économie prospère qui a arraché les peuples des ténèbres, de la domination et de la misère.

Les jeunes algériens ne doivent pas avoir peur du tunnel dans lequel ils se trouvent et doivent savoir que l’histoire est affaire de cycle, montant pour ceux qui croient en l’avenir et descendant pour ceux qui ont cru voir en la richesse matérielle et guerrière le fondement de leur puissance.

Les communautés ne disparaissent pas, elles finissent toujours par trouver le chemin du développement, surtout lorsqu’elles ont atteint le fond des abysses. Car elles finissent par comprendre où sont les verrous, ceux qui occultent la compréhension que la renaissance est, avant toute autre chose, le fruit de la liberté des esprits et la fin des dictatures qui les emprisonnent.

Après l’euphorie des années 80 et 90, les jeunes algériens n’ont pas encore majoritairement compris que l’illusion matérielle crée par la rente d’un produit visqueux et nauséabond n’était pas le sens du développement économique. L’utilisation de ses revenus étant encore plus celui du désastre de l’humanité lorsqu’elle s’enfonce dans des abîmes. Il en est ainsi pour toutes les puissances pétrolières.

L’Europe, après la lumière entrevue à la fin du tunnel, et ce n’est pas pour rien que le XVIII siècle  fut dénommée siècle des Lumières, enfanté par la renaissance du XVIème, a compris que le chemin d’une économie prospère était avant tout la libération des esprits de la dictature des dogmes spirituels et des régimes autoritaires. 

Même si le chemin fut long et ponctué par des retours en arrière, parfois violents, la graine était définitivement enfouie profondément dans un terreau qui allait faire exploser la vie des sciences, des philosophies et des technologies.

Les jeunes Algériens ne doivent pas avoir peur car je les entends et les lis sur les réseaux sociaux prétendre qu’ils leur faudra, eux-aussi, des siècles pour se libérer et trouver le chemin de la grande prospérité intellectuelle et économique.

C’est tout à fait erroné car au contraire de l’Europe du XVIème sicle, ils bénéficient de toutes les avancées de l’humanité, de ses libertés, de ses connaissances et de ses expériences accumulées.

L’être humain est désormais une force mondialisée et rien ne peut remettre en cause cette évidence. L’humanité apprend toujours de son passé commun, rêve d’un même projet et partage tous les bienfaits de ses avancées dont la formation et les libertés sont les ingrédients fondamentaux des économies.

L’économie est cela et rien que cela, tout le reste est compétence technique, elles sont accessibles aux jeunes algériens et ne doivent pas faire peur. Le chemin de la sortie du tunnel et la vision du point de lumière au loin est à ceux qui avancent pour le trouver. Il n’est jamais loin car la lumière est plus forte que les forces des ténèbres de l’esprit, elle les aveugle et les fait disparaître.

Pour le boom économique algérien, tout est disponible

Même si mon jugement est très sévère sur la formation intellectuelle des jeunes qui suivirent notre génération, souvent déplorable, il est indéniable que, malgré tout, la masse de jeunes instruits est considérablement plus importante qu’elle ne l’était auparavant. Notre génération a certes beaucoup mieux été armée dans l’instruction de base et le discernement intellectuel mais le faible quota était noyé dans une mer d’illettrisme et de misère culturelle de l’époque sans qu’il ne soit de la faute de personne puisque ce fut le fruit d’une histoire subie.

Aujourd’hui, les jeunes algériens surfent et voyagent dans le monde à la vitesse de la lumière, ils communiquent comme nous n’avions jamais osé rêver de pouvoir le faire un jour. Ils sont informés et vivent dans un monde pétri par les sciences, les technologies et les avancées sociétales.

Nous avions connu l’Homme sur la lune, ce grand bond de l’humanité, mais les jeunes algériens connaissent une époque où chaque jour est un bond scientifique, technologique et médical à une vitesse surmultipliée.

Tout est prêt pour une renaissance si ces jeunes veulent bien ne pas se gargariser des polycopiés des douctours officiels en sciences économiques, management et autres mots qui n’ont qu’une place marginale dans la destinée profonde d’un peuple vers le progrès.

S’ils envisagent, enfin, d’être libres des dogmes et des soumissions, la magie de l’économie leur apparaîtra car ils auront enfin compris sa définition et le mécanisme de son détonateur. Celui qui fait naître tous les feux de l’explosion de la prospérité économique car ce détonateur, c’est tout simplement eux, rien d’autre qu’eux-mêmes.

Ils ont entre les mains leur destin, tout est disponible, bien plus que ce dont nous disposions à l’époque.

Les spécialistes, c’est après les fondations

Bien entendu que je comprends que l’économie est affaire de spécialistes, je ne suis pas un dégénéré de l’esprit. Mais, contrairement au silence mensonger de nos économistes, la technicité n’est pas la base mais seulement une nécessité ultérieure qui s’exprime lorsque la liberté et l’esprit critique sont présents.

Des économistes, dont des brillants qui sont forcément dans le lot, sont disponibles comme nous l’avions précisé. Et former les suivants n’est qu’une question de sérieux de l’école, débarrassée de ses dogmes moyenâgeux.

Le jour où cette école en sera définitivement libérée alors la formation de la majorité des économistes sera convaincante. Et la prochaine génération saura que derrière les notions, théories et statistiques, il y a les êtres humains libres sans lesquels rien ne peut construire une économie viable.

La science économique aux ordres d’un pouvoir et la compromission intellectuelle ne sont certainement pas dans ses conditions de viabilité.

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar, enseignant

 




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