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La famille Abdelkader et le martyre de l’oubli

MEMOIRE

La famille Abdelkader et le martyre de l’oubli

La famille du chef de l’insurrection paysanne armée contre la colonisation de population française, l’émir Abdelkader, ne cesse  de nous surprendre. C’est ainsi, que cette confrérie féodalo-religieuse à l’origine, compte parmi elle des martyrs de la cause indépendantiste du Liban et de Syrie, en tête l’émir Omar Abdelkader ben Abdelmalek El-Djazairi.

Les faits : le 5 mai 1916, un train blindé et armé transporte un nombre d’intellectuels patriotiques syriens, luttant contre la colonisation féodale ottomane. Ils ont été arrêtés dans la ville d’Alya au Liban, sur la route qui relie Beyrouth à Damas. Un simulacre de procès avec de fausses accusations a été monté de toutes pièces par le gouverneur ottoman de la wilaya du Cham (Liban, Syrie et Palestine), la sanguinaire Ismaïl Pacha.

A la gare du Rayak, dans la vallée de la Bekaa, deux trains se rencontrent dans la même gare. L’un transportant des familles d’exilés au territoire turc d’Anatolie, l’autre des prisonniers patriotes en question. A l’arrivée, le barmake (Gouverneur ottoman) de Damas, intervient avec violence, afin d’interdire tout contact entre les familles et les détenus. Il ordonna au conducteur du train des prisonniers de virer de suite sur Damas.

Deux jours auparavant, le 3 mai à 3 heures du matin, la Place Marjah à Damas, a été illuminée, à la demande du bourreau Jamal Pacha. Assis au balcon du bâtiment de Izat Alabed, qui se trouve encore aujourd’hui sur la place, au cœur de Damas. Cette même nuit et à la même heure, des patriotes indépendantistes libanais seront exécutés par pendaison, sur la place de la Tour à Beyrouth. A Damais, ils étaient sept martyrs qui seront pendus, trois jours après, portant des pancartes à leur cou les marquants comme traîtres à l’islam de la Sublime Porte, le matin du 6 mai 1916. Depuis, les deux places des deux capitales sont baptisées communément, Place de Martyrs. Les Algériens qui ont visité les deux villes, ne se sont sans doute aperçu même pas de faits en lien avec des compatriotes. Ce sont les souks de l’or et du chiffon qui les intéressent.  

L’émir Omar ben Abdelmalek el-Djazairi était parmi les pendus, au côté de Choukri Al-Asli, Rafik Rizk Salloum, le cheikh Abdulhamid Al-Zahraoui, Rushdi Ben-Ahmed Shamaa, Abdelouahab Ben-Ahmed Al-Inghlizi (l’Anglais, pour sa maîtrise de la langue) et auxquels il faut ajouter Chafik Al-Muayad Al-Adhm. Par ce rappel, nous tenterons d’évoquer une mémoire bien algérienne, loin de tout panarabisme réactionnaire, à travers la seule famille de l’Emir Abdelkader.

Le martyr de Damas

L’émir Omar est né à Damas en 1871, fils de l’émir Abdelmalek qui soutint la résistance du Rif. Aux dires de l’historien algérien, Aboulkassem Saadallah, l’émir Omar était opposé à ses frères aînés, Mohamed et Mahieddine, puisqu’il « fut proche du Consul français de Damas » et reçu la croix de Chevalier de la Légion d’honneur du gouvernement du président français, Fallières. A lire « L’Echo d’Oran » du 9/11/1911, l’émir Omar est le chef des émirs algériens restés français et qu’il s’est rendu en France pour s’entretenir avec le président de la république et son ministre des affaires étrangères, afin de plaider le sort des «20000 Algériens établis en Syrie et dont le statut à été modifié à diverses reprises depuis trente ans ». De même qu’il avait signalé la situation pénible dans laquelle il se trouve, puisqu’il venait en aide avec ses deniers « aux centaines d’Algériens qui émigrent en Syrie dans l’espoir d’y vivre plus largement que dans leur pays d’origine ».

Les faits remontent à 1911, l’émir Omar considéré par le même universitaire algérien, comme étant un des émirs « pro-français », alors que d’autres sont classés comme «pro-ottomans »,  n’avait pas été reçu par M. Selves, le Ministre des AE de l’époque et il a passé trois mois à Paris à attendre sans voir personne. L’humiliation de l’émir venait d’un fonctionnaire du Quai d’Orsay, qui avait effectué une démarche préalable. L’émir Omar refusa la démarche d’un fonctionnaire dont la famille d’Abdelkader avait eu à se plaindre en Syrie auprès du consulat de France.

Le quotidien L’Echo d’Oran du 7/6/1915, cette fois, précise que l’émir en question est reparti sans avoir pu exposer au ministre responsable « sa précieuse appréciation sur une question qui intéresse au plus haut degré notre pays », avant de conclure sur une condamnation des «  actes de démences » qui jouent avec les intérêts de la France  dans les pays du Levant (Liban et Syrie) et qui sont l’œuvre de caprices individuels « des manitous du Ministère des affaires étrangères ».

Au tour du Figaro du 9/11/1911, d’écrire sous le titre « Nos hôtes », que le fils d’Abdelkader (la presse française le considère comme tel jusqu’à son exécution) « qui a depuis longtemps prouvé son attachement fidèle à notre pays et qui, cette année même, réussit par son intervention à empêcher le massacre de plusieurs milliers de chrétiens. »

Concernant ce dernier événement, en effet le 6/12/1910, 7000 cavaliers nomades armés, venant de Pétra au sud de Jordanie (à cette époque elle n’était qu’un territoire faisant partie de la wilaya ottomane de Syrie), remontèrent la ligne du chemin de fer du Hedjaz (d’ailleurs, un projet allemand), arrachaient les rails, coupaient les fils télégraphiques, renversaient les poteaux, brûlaient les traverses et tentaient de sauter les ponts. Sur  l’axe des villes de Maan en direction de Katrana, les cavaliers en révolte saccageaient et pillaient tout sur leur chemin, assiégeant des villages et incendiant des gares. Ils avaient éliminé trois bataillons ottomans et détruit la ville historique de Karak qui comptait 15000 habitants, à majorité chrétiens orthodoxes. A l’origine de la révolte bédouine, le refus du wali de Syrie de leur payer le tribut annuel accordé par Istanbul afin de protéger la ligne ferroviaire du pèlerinage vers La Mecque.

L’émir Omar, sollicité par son oncle, l’émir Ali, devenu Ali Pacha, mobilisa quelques 2500 hommes de la communauté algérienne qui ont pu sauver une communauté de religieuses d’un couvent, leur école et épargner à la ville du Prophète Nouh (Noah) d’être totalement détruite.

Deux ans plus tard, en 1912, le journal bien nationaliste L’Action française (8 mai 1912), estime qu’un  fonctionnaire de la République juge la politique de la France après le grand rapprochement entre l’Allemagne de Guillaume II et le sultanat ottoman, de n’avoir pas mieux utilisé les éléments d’influence dont disposait la France auprès des populations en Syrie « détournant de nous ceux qui nous restaient attachés. » et le journal de Léon Daudet d’ajouter :

« En Syrie et au Liban, nous avons rebuté nos amis les plus sûres : tel le fils d’Abdelkader, l’émir Omar, le seul qui nous soit resté fidèle, le seul qui, il y a quinze mois, nous ait aidés à sauver la vie de milliers de chrétiens et qui, venu à Paris l’automne passé, n’a pu être reçu par personne au ministère des affaires étrangères. »

La France en tournant le dos à ce qu’elle appelait comme « ami fidèle » allait réellement payé le prix de son manque de civisme et de reconnaissance, envers ce qu’elle désignait comme «la meilleure des sauvegardes » des intérêts de la puissance coloniale en Asie mineure : l’émir qu’elle a amoindri et mécontenté.

Mais fut-il réellement le garant des intérêts de la république coloniale française ? La réponse nous vient de l’organe de presse du Parti Radical Socialiste, Le Radical du 26/5/1912, où il est dit clairement  que les fils de l’émir Abdelkader habitent Damas et que quelques-uns ont abandonné la nationalité française pour la nationalité ottomane, devenant des pachas et que parmi ceux qui ont gardé la nationalité française « vivent d’une modeste pension que leur sert le gouvernement de la république ». L’émir Omar, riche naguère, « il est aujourd’hui pauvre. Sa fortune, il l’a employée, depuis plus de vingt ans à secourir ces malheureux compatriotes ».

Ils étaient 25000 en 1912. Aujourd’hui, ils sont 60 000 et toujours au même abandon d’une République héritière de la française !

Le quotidien de la gauche colonialiste poursuivra ses dires en mentionnant que la politique panislamique de la Sublime Porte, à laquelle se joignent les « tracasseries de notre administration, jetaient tous les jours sur le sol  syrien » de nouveaux Algériens et « dont l’attrait était rehaussé par les souvenirs que l’exil d’Abdelkader y a laissé », des Algériens réduis à la mendicité que leurs « frères » syriens les appelés « Français » et non maghrébins, comme le laisser entendre l’histoire officielle à Alger ou à Damas.

Avec l’avènement du mouvement Jeunes Turcs ou Comité Union et Progrès, l’émir Omar alla peu à peu vers la ruine. A sa dernière venu en France, il sera doublement humilié : après n’être pas reçu par les dignitaires français, on lui paya le voyage du retour  vers Damas. Depuis cette date, il se contentera des 400 francs de pension mensuelle, sa mère gardait ses 80 francs pour la survie.

La même année, l’émir Saïd, fils de Ali pacha, frère d’Abdelkader, avait fait le voyage de Damas à Paris pour demander sa réintégration en tant que « sujet » Français. Son père avait consenti à son arrivée à la majoration. Saïd avait 5 ans quand son père accepta « l’ottomanisation » d’un Empire se disant protecteur des musulmans de part le monde. L’émir Saïd, persuadé que la chose allait se faire, il envoya en guise de remerciements, un cadeau au sous-directeur politique chargé des affaires du Levant. Il lui fut retourné brutalement.

Après l’humiliation de son fils, l’émir Ali Pacha jeta la Légion d’honneur qu’il a eu pour avoir aidé l’émir Omar  dans sa défense des chrétiens du Karak (Jordanie) et décide de rejoindre le front libyen contre l’invasion italienne en attirant dans ses rangs des volontaires algériens et tunisiens.

Après l’exécution de l’émir Omar, la France coloniale et à travers son Président du Conseil (le Président), demandait au gouvernement américain et à travers son ambassadeur à Istanbul, de porter un message dans lequel le gouvernement français considérait qu’il ne laisserait pas impunies les exécutions de l’émir Omar, « petit-fils de l’émir Abdelkader et des personnalités syriennes coupables d’avoir seulement aimé la civilisation française » (Le Radical du 7/7/1916).

L’émir Ali Pacha, père de martyrs

L’émir Ali Abou Taleb est un des cinq frères d’Abdelkader, l’aîné étant Mohamed Saïd qui combattit auprès de son frère en Algérie et mourut à Damas en 1861. Ahmed, né en 1833 et élevé par la famille de son frère Mohamed Saïd, après 1847, lui décédera à Damas en 1902. De Mustapha nous ne savons rien, sauf qu’il eut un fils, Mahieddine qui a eu à son tour un fils, Azzedine, né vers 1900 et qu’il étudia à Beyrouth chez un érudit Malékite d’origine algérienne.

Lors de l’occupation française de la Syrie, Azzedine avait 20 ans, il participe à la bataille de Maysaloun (1925) et mourut en martyr à Al-Ghouta en 1927.

L’émir Ali Pacha

Un autre frère de l’émir Abdelkader, Hussein, lorsqu’il arriva à Damas avait avec lui un fils, né en Algérie, Noureddine (mort en 1914) qui aura à son tour un fils, Mokhtar qui sera le président d’honneur de  l’Association de la communauté algérienne en Syrie et au Liban, membre du Haut comité pour la défense de l’Algérie, puis celui du Front de Défense de l’Afrique du Nord à Damas.

Tout indique que les frères et leurs enfants sont trompés dans la sève de la révolte et de la contestation anticolonialiste. L’ainé Mohamed Saïd était emprisonné à Annaba avant d’être exilé à Damas, avait laissé un écrit sur la résistance de son frère jusqu’en 1852, un témoignage d’un homme qui a été initié à la spiritualité soufie dans la lignée de ses aïeux. A Damas, il était très acquis au sultan « musulman » Abdelhamid,  il recevra de lui le grade de Pacha et le grade de général de la garde impériale d’honneur, tout en nouant amitié avec les cheikhs de l’islam réformateur, cheikh Abdou et Al-Afghani.

C’est le paradoxe bien spécifique de l’Algérien en exil. Ottoman ou Français, la nationalité administrative n’enlève nullement le « chromogène » de son algérianité au sein de sa spécificité nationale.

Ali Pacha est l’un des fils d’Abdelkader (il avait 10 garçons et 5 filles de ses 4 femmes), il est aussi le frère de l’émir Abdelmalek, père de l’émir Omar. L’émir Ali est né à Damas en 1859, mort à Istanbul, le 14/4/1918. Il fut vice-président du Parlement ottoman, sous le sultan réformateur Abdelhamid II tout en étant député de la ville de Damas, d’où sa promotion en pacha. Mais au-delà de cette distinction honorifique, l’émir Ali dirigeait la ville de Quneitra et gérant officiel des propriétés de la famille Abdelkader qui englobée les terres du Hourane (actuel le sud de la Syrie), les alentours du Lac Tibériade dans sa partie palestinienne et le nord de la Palestine. Des terres qui étaient partagées aussi avec d’autres familles algériennes venues après 1871. Mais nous parlerons ici de l’émir Ali chef de famille en 1896.

Il s’est marié à la sœur de Izat Pacha Alabed, second secrétaire du sultan Ottoman. Loin de la vie publique et familiale, l’émir Ali Pacha avait sa vie d’homme politique, il était membre du Parti Jeunes Turcs et de l’Association Union et Progrès (Al-itihad wa Taraki) en tant chef de la section de Damas. En 1911, il avait 48 ans lorsqu’il participa à la campagne de Libye contre l’invasion italienne. Il avait sous sa coupe le futur Kamal Atatürk et en arrivant, avec le corps expéditionnaire turc, dans la ville de Derna, il dira en public : « Mon pays a combattu les Français pendant un quart de siècle, moi, je combattrai les Italiens le restant de ma vie ».  â son arrivée à Misrata, l’émir Ali se dirigea vers le mausolée du grand maître de la Kaddirya en Libye, Sidi Ali El-Hadi. Il faut noter que la présence de l’émir Ali en Libye était plus qu’un soutien moral à la résistance du cheikh Omar El-Mokhtar, puisque sa précédente expérience en Egypte contre les armées britanniques était d’un apport certain pour la guérilla d’El-Mokhtar qui intégra des brigades composées essentiellement d’Algériens et de Tunisiens que l’émir Ali a recrutées, équipées et financées.

Il voyait certainement plus loin qu’une simple participation ottomane dans la lutte du peuple libyen, la Cyrénaïque frontalière à l’Algérie, est le lieu idéal d’une base arrière pour des opérations militaires en Algérie contre la France.

Durant la période de la bonne entente entre la Turquie et la France, l’émir Ali avait visité la France accompagné de son neveu l’émir Khaled, alors capitaine au 1er Spahi et ancien élève à Saint-Cyr, où il a rendu visite en janvier 1913,  au Président de la république et au Président du conseil. Il passe une semaine à visiter des aérodromes militaires et assiste à une démonstration militaire dans une grande caserne.

Mais sur un tout autre front et durant la Première guerre mondiale, l’émir Ali se déplaçait entre Istanbul, Berlin et Genève, prenant contacts avec des déserteurs algériens de l’armée française ayant regagné la Suisse ou fait prisonniers en Allemagne. Sous la couverture de l’assistance humanitaire pour soldats musulmans, il recruta des volontaires pour soutenir les insurrections des Nememchas du cheikh Keblouti en 1916, tout en supervisant des opérations dans le grand Sahara chez les Touaregs du Hoggar.

Voyant la défaite allemande proche, l’émir Ali tisse des relations avec le royaume d’Espagne en ayant en tête le soutien du soulèvement des régions marocaines que la France négocie comme protectorat avec le Makhzen de l’époque. Une révolte marocaine serait la bienvenue pour déstabiliser « l’Algérie française ». L’émir Ali fera parler de lui lors de la révolte de Abdelkrim Khattabi avec son frère Abdelmalek. L’émir Ali avait comme fils, Abdelkader dit l’émir Abdou, qui sera assassiné par Lawrence d’Arabie et ses hommes pendant l’occupation de Damas, et Mohamed Saïd el-Hassani el-Djazairi, né en 1883 mort en 1981. Ce dernier sera le premier Président du conseil des ministres de la Syrie indépendante mais sous protectorat français en 1918. Après deux jours de pouvoir,  il sera évincé par les troupes du roi Fayçal Ibn Hussein (ancêtre des rois d’Irak et de Jordanie). L’Algérie lui doit le retour de la dépouille de son grand-père, l’Emir Abdelkader en 1966, ce fut aussi le vœu de toute la famille depuis le décès du prince des moudjahidine.

L’émir Abdelmalek

En 1916, l’émir Ali Pacha avait lancé à Berlin un Comité Musulman pour l’Indépendance des pays de l’Afrique du Nord (CMIAN). Il fait appel à son frère Abdelmalek, le père de l’émir Omar, cité plus haut. C’est en tant que membre du Comité de libération de l’Afrique du nord qu’il intègre l’armée française en Algérie après avoir vécu toute son enfance et ses premières années de jeunesse à Damas. Très lié à son frère Ali, il épousera fortement l’idée d’une libération de l’Algérie en passant par le Maroc. Une idée presque naïve en contexte de guerre mondiale, le principe d’une indépendance par la violence révolutionnaire organisée est un acte politique bien qualitatif. En 1906, il est nommé chef de la police de la ville internationale de Tanger, suivant les accords d’Algésiras de 1919. Il est colonel de l’armée française, sous les ordres politiques d’un Ministre de la république française Tanger. La ville pilule d’espions de part le monde et l’émir Abdelmalek est vite aperçu par les services du kaiser Guillaume II.

Avant de passer à l’action, il se lie d’amitié, noblesse oblige, avec le « Lawrence du Maroc » l’Allemand Albert Barres, nom de couverture de Hermann Barthels, dit « Si Hermann ». Le frère Ali approuve ces contacts et prend à son compte l’appui militaire et financier de la nouvelle insurrection antifrançaise au Maroc. En 1916, l’émir Abdelmalek envoie sa famille en Espagne et fait de Melilla, sa base militaire principale avec celle de Larache où des officiers allemands forment les nouvelles recrues dont des Algériens, aux côtés de Marocains du Rif et des territoires du Siba (terre en dehors de l’autorité du Makhzen). Le sultan Moulay Hafid était un régent profondément antifrançais, il installera son commissaire aux affaires marocaines, Bachir Ben Sennah, qui, à partir de Fez, il fermait l’œil sur une quelconque « pacification » de la région du sentiment antifrançais. Mieux encore, il se rapprocha de l’organisation de l’émir Abdelmalek et de son agent militaire allemand, « Si Hermann ». Ce dernier rejoindra Melilla, puis Malaga, laissant aux côtés de l’émir Abdelmalek ses adjoints, Taussent, Rettschlag et Semmerlach.

Loin de tout autre détail sur l’appui allemand à l’émir algérien, une vérité historique s’impose d’elle-même à travers l’insurrection (le hirak) de l’émir Abdelkrim Khattabi et la participation de l’émir Abdelmalek à son essor. Il est d’autant vrai que l’émir algérien est passé du côté du royaume d’Espagne après la défaite allemande et le lourd tribut que l’Allemagne devait payer aux autres puissances victorieuses, ce qui laissa Khattabi très perplexe devant les tergiversations de son ami Abdelmalek. La vision anticoloniale l’emporta sur une simple vision de tactique militaire, l’histoire nous le dira un jour qui avait raison des deux.

En dernier lieu, nous citerons ce passage du journal L’Afrique française (1917) qui écrivait que « Abdelmalek est notre  rocher de Sisyphe. Chaque fois que nous le refoulons il dévale de nouveau sur nos portes ; Berlin le pousse, et Madrid ne l’arrête pas». Il sera tué au mois d’août 1924 près de Tétouan et enterré dans cette même ville, auprès d’un dignitaire de la région avec des obsèques officielles de la part des autorités marocaines.

 

Auteur
M. K. Assouane

 




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