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La France reconnaît enfin ses trésors : les langues du terroir

COMMENTAIRE

La France reconnaît enfin ses trésors : les langues du terroir

Après des débats souvent houleux à l’assemblée, la France reconnaît enfin ses langues du terroir, comme le breton ou le picard pour les sauver du déclin en encourageant leur enseignement. Ci-après le texte de loi dont l’Algérie devrait s’inspirer.

Depuis le temps que l’on braille à tout va que le berbère et toutes ses ramifications sont une richesse pour l’Algérie, il serait souhaitable que tous les Algériens en soient convaincus pour nous sortir de la sempiternelle association de l’arabe à la langue de Dieu pour la hausser au-dessus des autres ! (*).

La loi de promotion des langues régionales ratifiée par l’Assemblée nationale (**)

Malgré l’opposition du gouvernement, les députés ont adopté un texte leur donnant plus de visibilité et favorisant leur enseignement à l’école.

Le Parlement a définitivement adopté jeudi une proposition de loi de l’opposition pour protéger et promouvoir les langues régionales, par 247 voix pour, 76 votes contre et 19 abstentions. Un résultat inattendu, obtenu malgré l’opposition du ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer et du groupe LREM.

«C’est la première loi sur les langues régionales que l’on vote en France. Elle est passée conforme, se réjouit Paul Molac, le député du Morbihan (groupe Libertés et territoires), à l’origine de cette proposition. Les députés des territoires étaient venus massivement pour la soutenir. Elle marque un pas dans la bonne direction mais il reste beaucoup à faire sur le terrain pour rattraper notre retard, notamment pour la formation des professeurs.»

Cette nouvelle loi permettra deux nouveautés majeures pour les partisans des langues régionales: l’instauration de l’enseignement immersif (effectué pour une grande partie du temps scolaire dans une langue autre que la langue dominante) et la création d’un forfait scolaire pour les écoles privées dispensant une scolarisation en langues régionales. Suffira-t-elle à sauver les langues régionales de leur lent déclin? C’est ce qu’espèrent les défenseurs du breton, du basque ou de l’occitan.

« Une richesse, un trésor national »

Profitant d’une niche parlementaire, le député du Morbihan Paul Molac a défendu son texte devant une assemblée chauffée à blanc. Conditions de financement des établissements privés, enseignement immersif, signes diacritiques des langues régionales: les sujets d’interminables débats n’ont pas manqué sur le texte du député qui arborait un masque anti-Covid aux couleurs du Gwenn-ha-Du, le drapeau breton. «Les langues régionales sont une richesse, un trésor national», a défendu M. Molac, très applaudi. «Mais cette richesse est classée en grand danger d’extinction par l’Unesco», a-t-il complété. Le pourcentage des élèves les apprenant «est totalement insuffisant pour leur pérennité, on a besoin de mettre l’accélérateur», défend-il.

En adoptant les amendements apportés par les sénateurs, cette loi devrait justement permettre de favoriser les langues régionales à l’école.

En décembre dernier, lors du vote de la proposition de loi, ils ont en effet ajouté au texte transmis par l’Assemblée une série de dispositions destinées à favoriser l’apprentissage des langues régionales à l’école. Présentes initialement, elles avaient été supprimées par les députés. La première prévoit de «proposer l’enseignement de la langue régionale à tous les élèves» d’un «territoire concerné».

 Aujourd’hui, environ 170.000 élèves, sur les 12 millions que compte le pays, étudient une langue régionale en France. «Il s’agit de donner une connaissance minimale, de se familiariser avec un environnement culturel», se réjouit Tangi Louarn, le président de Kevre Breizh, la coordination des associations culturelles de Bretagne. Au sein du collectif Pour que vivent nos langues régionales, qui réunit une trentaine d’associations à travers la France, il tente de convaincre les élus de soutenir ces mesures.

Le soutien de 136 députés

Un travail qui pourrait porter ses fruits, puisqu’un second amendement a été adopté. Dans le cas où aucune école publique ne le permettrait, il rend obligatoire la contribution financière d’une commune à la scolarisation d’un enfant dans une école privée sous contrat qui prodiguerait un enseignement bilingue. Le troisième amendement modifie le code de l’éducation et permet dans le public une forme d’enseignement, immersif, en langue régionale «sans préjudice de l’objectif d’une bonne connaissance de la langue française».

La dimension patrimoniale des langues régionales fait en revanche consensus, puisque les articles de la loi qui y sont consacrés ont été adoptés par les deux chambres

Estimant cette mesure anticonstitutionnelle, le gouvernement a demandé en vain la suppression de cet article. «Une telle disposition est en effet contraire à la Constitution, notamment à son article 2, qui dispose que “la langue de la République est le français”», affirmait-il.

Le deuxième volet de la loi, relatif à sa dimension patrimoniale des langues régionales, fait en revanche consensus, puisque les articles de la loi qui y sont consacrés ont été adoptés par les deux chambres. Ils prévoient entre autres une modification de la loi Toubon afin de donner plus de visibilité aux langues régionales. Ils légalisent ainsi les panneaux de signalisation bilingues ou autorisent le recours aux signes diacritiques par les officiers d’état civil. En Bretagne, les petits Fanch auront ainsi droit à un tilde sur leur «n».

(*)https://www.lematindz.net/news/3339-notre-langue-qui-derange-tant.html

(**)https://www.lefigaro.fr/actualite-france/la-promotion-des-langues-regionales-arrive-a-l-assemblee-nationale-20210407

 

Auteur
Kacem Madani

 




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