Site icon Le Matin d'Algérie

La leçon magistrale de Fabien Roussel

Roussel

« Les gens de gauche inventent de nouvelles idées. Quand elles sont usées, les gens de droite les adoptent. » Mark Twain

Internet est une mine d’or pour celui qui veut se renseigner sur un point précis. J’ai cherché à savoir depuis quand un candidat socialiste à l’élection présidentielle est arrivé derrière celui qui a été présenté par le parti communiste. Au premier tour, évidemment. Cela s’est passé précisément en 1979. Jacques Duclos, PC, a obtenu 21,27 % des suffrages exprimés alors que Gaston Deferre, SFIO, s’est contenté de 5,01 % de ces mêmes suffrages. Le 10 avril 2022, selon toute probabilité, et pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, le candidat communiste devancera celui du parti socialiste agonisant.

Porté aux nues par des électeurs qui n’ont pas l’habitude de voter communiste, Fabien Roussel s’est fait connaitre pour sa franchise et sa liberté de ton. C’est le candidat de gauche qui ne craint pas de s’affirmer comme universaliste. Et il n’y a pas que la laïcité qui est mise en avant dans les propos de ce candidat. 

Patriote, il n’hésite pas à parler de la souveraineté de la France. Pour ce faire, tout est bon pour caresser dans le sens du poil, et dans le bon sens du terme, les souverainistes de tout bord. Carnivore, il aime manger la viande et souhaite qu’elle soit au menu de ceux et de celles qui n’arrivent pas à se payer un rôti.

La cuisine française est un point qu’il n’hésite pas à relever. Sa phrase choc est parlante : « un bon vin, une bonne viande et un bon fromage, c’est la gastronomie française ». Jaloux de la maitrise par la France de son propre destin, il est celui qui met en avant le rôle du nucléaire comme élément fédérateur de la puissance française et comme élément de l’indépendance énergétique du pays.

La sécurité ? Voilà un homme de gauche qui n’a pas peur d’en parler parce que la sécurité est un des premiers droits que le citoyen doit brandir. D’autres sujets soulevés font de Fabien Roussel un candidat communiste qui sort du conformisme habituel : il est contre le revenu universel et l’assistanat, soutient les forces de l’ordre, veut expulser les étrangers clandestins et milite pour les négociations syndicats-patronat.

Fabien Roussel est, à l’évidence, sorti de l’orthodoxie marxiste, même si son programme est truffé de mesures de gauche : hausse conséquente de l’impôt sur la fortune, retraite à 60 ans, proposition de réduire la semaine de travail à 32 heures, augmentation du Smic, embauche d’un demi-million de fonctionnaires…

Par ses discours et par sa posture, Fabien Roussel interroge non seulement les militants de gauche qui ne se retrouvent pas dans la parlote centriste du parti socialiste ni dans le bavardage bonimenteur de la France dite Insoumise, mais donne aux électeurs de gauche une fierté de toucher du doigt une réalité qui échappe aux politiques depuis belle lurette.

Kamel Bencheikh, écrivain

Quitter la version mobile