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La méritocratie au pays de « Sidi Hbibi Dellali »

Tebboune Chanegriha

Il est plus qu’urgent que le peu de cervelle qui reste encore fonctionnelle, se mette au travail pour sauver ce qui peut encore être sauvé dans ce pays, ravagé par la médiocrité et l’incompétence.

Revoir le système d’apprentissage scolaire, universitaire et professionnel, ainsi que la politique d’embauche par la captation des talents, devient une urgence absolue. Autrement, personne ne serait à sa place, dans ce pays où l’incompétence, la médiocrité et l’allégeance ont scellé un pacte contre le mérite et le talent, en nous catapultant les plus mauvais aux postes les plus importants via des raccourcis professionnels.

Les Blacklistés par l’équipe Bouteflika ne maîtrisaient pas tout à fait « la danse du ventre » pour arriver à séduire le microcosme décisionnel de l’Algérois. Ils n’avaient pas pu capter l’attention de ceux qui avaient leur mot à dire auprès du Raïs ou de son sillage immédiat. N

’ayant pas pu toucher donc les bons relais de l’État pour gagner en visibilité auprès du sérail, à présent, ils passent en charge sous Tebboune et son équipe, en déployant toute leur énergie pour réussir à se positionner ou se repositionner.

Ceux dont les yeux brillent d’ambition démesurée et du désir d’arriver très vite, brûlent tous les barrages et narguent tous les codes et procédures connues ou convenues pour réussir avec effort et mérite. Passer des tests, des concours ou compter uniquement sur son talent pour accéder à un poste donné au sein de l’État ou dans la députation, devient une chimère au pays de « Sidi Hbibi Dellali ». Ceux qui savent donc emprunter les raccourcis professionnels, défendus au reste du mortels, n’ont pas besoin de frapper ailleurs pour arriver.

Si les voies du pouvoir sont impénétrables pour la majorité des Algériens, elles demeurent tout à fait pénétrables pour certains malins de la république. Les principes constitutionnels d’égalité et d’équité des chances, se retrouvent continuellement et outrageusement bafoués. Il leur suffit de frapper à la bonne porte, celle qui donne à toutes les autres portes, toucher les bons relais du système et éviter les relais grillés et les escrocs de salon, vendeurs de rêves et de promesses non tenues.

Pour gagner des raccourcis professionnels, il faut savoir maîtriser le voyage dans le temps, un art très bien connu de nos carriéristes. L’astuce, emprunter un vortex, ce raccourci spatio-temporel, bien connu de certains physiciens de la magouille et prestidigitateurs de la chance forcée et des portes défoncées. Un vortex qui fait coïncider le but désiré, le poste prisé, à la personne qui le désire, en sautant toutes les formalités d’usage et en faisant sauter tous les verrous qui y font barrage.

Le voyage à travers ce vortex est périlleux mais il en vaut bien la peine. Le sentiment d’être sollicité par tous, procure une jubilation, puissance et importance, difficilement surmontables pour des esprits malades, avides de pouvoir. Pour cela, ils sont prêts à troquer femme, père et mère pour le poste qu’ils considèrent comme un levier de plus, pour défoncer d’autres portes et passer en infraction vers d’autres niveaux de responsabilités, plus importantes encore.

Un pays qui ne respecte pas ses élites, ni l’échelle des valeurs universellement admises et bafouille sans cesse, celle du mérite, au profit de l’allégeance et de la médiocrité, est un pays qui évolue en dehors des standards universels et joue avec son avenir. Des carriéristes qui, une fois en place, bloquent le passage aux talents et prennent en otage tout un pays, juste pour ne pas être débusqués, détrôner et déchus de leur piédestal immérité. Ils préfèrent donc voir l’Algérie couler avec eux, que de l’avoir réussir sans eux.

Lorsque le dernier des derniers, se voit octroyé des postes auxquels, l’idée même d’y accéder, un jour, ne lui a jamais frôlé l’esprit, l’État du mérite, mis en exergue jadis par le slogan de feu Chadli « l’homme adéquat au post adéquat », ne veut absolument rien dire.

Quand la matière grise est fustigée, le pays est condamné sans appel. La « République algérienne démocratique et populaire » qui nous chatouillait la cervelle et l’âme depuis 1962, sonne faux, puisque les postes et les privilèges ne sont que pour une certaine catégorie d’Algériens, leurs mômes, leurs proches, leurs amis et les amis de leurs amis.

Les problèmes que nous vivons au quotidien ne devaient même pas se poser dans un pays où la matière grise est à sa place et son mot à dire dans la gestion effective de la chose publique et sécuritaire du pays. La cherté de la vie qui tourmente les algériens ces jours-ci, remet en question l’État social et égalitaire, pierre fondatrice de la déclaration du 1er Novembre 1954.

L’Algérie, et quand bien même en est capable de subvenir aux besoins essentiels de sa population, n’est plus en mesure d’assurer la qualité des services auxquels chaque citoyen est en droit de s’attendre de son pays, ainsi que l’égalité des chances entre tous.

Le passe-passe, les pots-de-vin et les relais, sont devenus hélas, des raccourcis inévitables et presque réglementés, pour le traitement rapide des affaires et l’accaparement des postes. Ainsi, chaque poste a son prix au sein d’une machine d’embauche qui a perdu cette tête. Ceux qui n’ont pas les moyens de payer le poste d’avance, ils le payeront à postériori, via des marchés qu’ils attribueront une fois en poste, au profit du relai, au titre du service contre service. Une façon de rendre l’ascenseur et dire merci !

Ces relais, sécuritaires par excellence, qui ont passé trop de temps dans les rouages du pouvoir occulte, au point de croire qu’ils étaient nés pour être les vrais décideurs et les dresseurs de listes. Pour eux, c’est une sorte de « The manifest Destiny », comme disent les Américains. Le pays leur importe une noix. Assurer une belle carrière aux heureux bénéficiaires, en leur redorant la carrière et la conduite et noircissant celles des autres, quitte à brûler Rome.

Mais tout cela, est la faute de qui ? Aux maudis relais, aux « Smasirat » des postes délégués du pouvoir occulte pour traiter en dessous-table. A ces « Samasriats des salons » qui désignent, trient sur le volet et marchandent les promotions, au détriment des vraies compétences du pays. Ce sont ces maudits relais, inconnus du grand public, qui font la pluie et le beau temps et qui injectent la médiocrité dans le corps de l’Etat, en dressant les listes de ceux qui doivent passer là où le mérite est vivement exigé. Ce sont donc les véritables maîtres à bord. Ils sont les mêmes, toujours présents, indépendamment du locataire d’El Mouradia. Certes, tous les chemins mènent à Rome, mais il n’y a qu’un seul chemin qui mène à El Mouradia et pour ceux qui comprennent, peu de mots suffisent.

Pour sortir le pays de cette configuration absurde, « The Algerian patriote act », est sans aucun doute, un outil nécessaire et courageux pour débusquer et jeter dehors cette vermine parasitaire. Cette dernière, qui s’est introduite dans toutes les vaines de l’Etat et risque de le phagocyter, car l’incompétence qu’elle injecte dans le système, devient une charge lourde pour l’Etat, difficilement surmontable.

Auteur
Mourad Chaalal
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