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La presse, Tebboune et le déni souverain !

Tebboune et Khadidja Bengana

Dans un long entretien accordé à Khadidja Bengana d’Al Jazeera, Abdelmadjid Tebboune a affirmé que « les prétendues restrictions aux libertés et aux médias en Algérie » avancées à chaque fois par certaines parties « sont intimement liées aux tentatives de déstabilisation » du pays. Retenez votre souffle !

La journaliste algérienne a donné du fakhamatouhou en vois-tu en voilà, oubliant qu’elle n’était pas face à Bouteflika mais à son ancien premier ministre. Qu’importe ! L’essentiel est dans les réponses de notre chef d’Etat. Des réponses dans lesquelles le déni des réalités transpire à satiété. Mais également dans le côté sombre de la farce servie avec applomb.

Abdelmadjid Tebboune a indiqué que les prétendues restrictions aux libertés avancées, à chaque fois, par certaines parties « sont intimement liées aux tentatives de déstabilisation de l’Algérie », ciblée « tous les quatre ou cinq ans par ce qui est communément connu sous l’appellation de « soft power », à travers l’exploitation d’individus, soutenus depuis l’étranger ». Du grand art ! En matière de paranoïa on a connu mieux.

Ainsi donc, l’Algérie est assiégée par des méchants ennemis qui lui veulent du mal ! Qui sont ces méchants individus qui menacent notre beau pays ? Tebboune ne souffle mot. Non pas qu’il garde le secret mais parce que cet argument d’ennemis extérieurs est usé jusqu’à la corde. Ben Bella, Boumediene, Chadli, Zeroual, Bouteflika et maintenant Tebboune, tous ont utilisé la même terminologie, sans avoir l’intelligence de la renouveler. (voir la vidéo ci-dessous).

L’argument avancé par Tebboune pour justifier une liberté de la presse inexistante ? Le nombre de titres de presse. L’Algérie comptait « 8500 journalistes, 180 quotidiens et 20 chaînes de télévision privées, en sus d’autres médias », soutenant que l’Etat « n’a jamais imposé de restrictions à leur encontre », soutient-il sans craindre d’être contredit par une journaliste connue pour sa complaisance. Oublie-t-il que le nombre ne fait pas la pluralité, ni le pluralisme ? Qu’il le veuille ou pas, l’histoire retiendra que dans sa « nouvelle Algérie », la presse est dévote, sans tranchant. Des journalistes sont embastillés, emprisonnés et traités avec mépris par la personne du chef de l’Etat en premier. Les précédents Drareni et El Kadi Ihsane sont là pour le rappeler.

Bon prince, il souligne que ces médias « critiquent l’Etat ». Qui sont ces titres qui critiquent son pouvoir ? Aucun. Aujourd’hui en Algérie, aucun journal ne se risque de souffler la moindre critique de Tebboune et ses errements. Pire, l’écrasante majorité des médias sont devenus des outils de propagande. Le chef de l’Etat a indiqué que « les critiques sont les bienvenues à travers la proposition d’idées alternatives et de plans économiques différents de ceux adoptés par le gouvernement ».

Mais, avertit-il sentencieux, « les insultes et la défense des intérêts étrangers ainsi que la perception de fonds étrangers est chose inacceptable ».

Le chef de l’Etat ne supporte pas les ONG qui lui rappellent certaines vérités tues par les médias. Il les a en horreur. Alors il a critiqué les « rapports erronés » de l’Organisation Amnesty international contre l’Algérie.

Tebboune a fait du Tebboune, comme à son habitude. Il a radoté les vieilles ficelles et parlé avec morgue d’une Algérie qui n’existe que dans sa tête. Comme hier Bouteflika, Tebboune (77 ans) s’écoute parler pendant que la jeunesse étouffe et ronge son frein.

Yacine K.

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