10 décembre 2022
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La souveraineté des Etats : état de la question

Poutine

La guerre d’Ukraine nous montre une fois de plus la complexité de la notion de souveraineté des Etats.

Eu égard à l’émanation du pouvoir central de l’Etat « protohistorique » ce sont les forces centripètes qui ont organisé par agrégations successives des segments tribaux et territoriaux puis consolider la centralité » du pouvoir de l’Etat depuis la préhistoire à aujourd’hui. La valeur symbolique de cette centralité est l’insigne attribué à la territorialité.

Pour mémoire nous retrouvons dans l’iconographie de l’Egypte pharaonique le signe de la territorialité qui n’était pas à l’époque l’enseigne qui quant à elle représentait uniquement les groupes ethniques. Depuis, Les choses ont évolué en sémiologie historique et à coup sûr,  l’étendard est devenu l’unique symbole de l’Etat.

Au point que filmographie recèle une multitude de porte-étendards des puissances en conflit. Les Etats-empires, les tribus et les clans puis les partis politiques se sont partagé toute une palette de couleurs de cette représentation iconographique. Aujourd’hui, la guerre des images met en relief le rôle de l’étendard dans la communication au point que l’on déroule des banderoles entières pour habiller des monuments en fonction de l’empathie qu’on a envers les uns et les autres.

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Du reste, le sport n’y échappe pas par l’entremise médiatique lorsque les joueurs portent les couleurs de tel ou tel pays.

Du coup, la portée symbolique de l’étendard est à l’orée du nationalisme pour que les armées envahissantes ou la résistance des populations locales plantent le drapeau pour délimiter un territoire. Aux faits de l’histoire, nous ne savons rien de la notion de la souveraineté du primo Etat Russiniyé ayant pour capitale Kiev qui englobait la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine mais toujours est-il que cette notion correspondait aux idées politiques du Moyen-Age.

Ainsi, le plus difficile à dénouer de cet entrelacement de ces entités ce sont incontestablement les liens politiques, économiques et culturels qui les lient entre elles. Certes, les vicissitudes de l’histoire font que les entités changent de dénomination au gré des forces qui les administrent.

Du coup, la proclamation de l’indépendance de l’Ukraine et comme d’ailleurs celle des autres Etats de l’Europe orientale  après l’effondrement de l’URSS a été considérée dans les années 90 du siècle dernier comme une étape importante dans la nouvelle configuration d’une Europe en paix. Mais voilà que les monstres froids que sont les Etats ne se font jamais de cadeau lorsqu’ils reconstituent leur force.

En vrai ou en faux, cette ascendance de la volonté de puissance du président russe est une réponse à l’arrogance d’un Occident sorti triomphant de la guerre froide. L’incontournable question de la sécurité des Etats est intimement liée à la question de la souveraineté comme ultime forme des prérogatives sécuritaires de tout Etat.

Le président Poutine, le dernier président de l’URSS Gorbatchev et une grande partie de l’élite politique et religieuse russe remettent en cause l’expansionnisme de l’Otan. D’après les médias il n’y a pas moins de quatorze pays de l’ancien bloc soviétique qui sont affiliés à l’Europe occidentale. Le rejet d’un tel expansionnisme militaire de l’Occident est en soi une réponse politique à la défaite idéologique de 1989. Cette remise en cause de la nouvelle donne géopolitique est traitée par les Russes sur le plan stratégique des Etats alors que les Occidentaux l’intègrent dans un vaste plan de la conquête du marché politique déterminé par un occidentalisme  de bon aloi.

L’intégration des pays de l’Europe orientale dans l’union européenne est la partie visible du plan de la conquête des espaces économiques et politiques. Il se trouve que le problème de l’Ukraine ne réside pas du tout dans l’intégration économique mais relève plus qu’ailleurs de la souveraineté comme forme diligentée de la gouvernance.

Le cynisme du président russe dans l’interprétation de l’histoire est une autre façon pour lui de dénoncer la nature du pouvoir de l’Etat en Ukraine lorsqu’il considère à tort ou à raison que ce pays est une colonie américaine dirigée par l’ambassade des Etats Unis. Indépendamment des convoitises de la Russie sur l’Ukraine, il se peut que le président Poutine exagère en dénonçant la forte influence occidentale dans ce pays, mais toujours est-il que le problème de la souveraineté de l’Etat ukrainien se pose en termes géopolitiques au point que le président russe ne cesse  de répéter les liens ethnico-culturels qui unissent les deux pays.

On y arrive presque à mieux comprendre les enjeux géopolitiques, lorsqu’on décèle l’imbrication de la question de la sécurité des Etats à la problématique de la souveraineté qui opposent deux visions différentes celle du « multiethnicité » à dominante russe  d’un côté et de l’autre côté celui d’un européanisme post-démocratique fortement influencé par l’idéologie souverainiste.

Pour revenir à la question de la souveraineté des Etats, prenons le cas de la France post coloniale qui administre des territoires qui sont éloignés parfois de 15000 km et plus de l’Hexagone. En nous limitant au cas médian citons le cas de Mayotte qui est située dans l’archipel des Comores. La suite logique de la décolonisation de l’Afrique a alimenté les débats au sein de L’OUA  et de l’ONU qui ont permis l’élaboration d’au moins quatorze résolutions des Nations unies  sur la « question de « l’Ile commorienne de Mayotte » réaffirmant la souveraineté de la république fédérale des Comores sur l’île de Mayotte.

A ce propos, un auteur Nils Andersson n’hésite pas à titrer son article pour illustrer l’exercice de la puissance des plus forts de la manière suivante : « Aux Comores la France viole les résolutions de l’ONU. » Sans entrer dans les méandres de la diplomatie internationale, rares sont les résolutions en faveur des faibles ont été appliquées. La plus spectaculaire de cette faillite onusienne est la question de la Palestine.

Au plus bref des rapports de souveraineté des Etats, l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’est pas seulement un coup de lèse-majesté de Poutine mais la limite géopolitique de neutralisation des rapports de force entre les superpuissances qui ne veulent pas de la guerre totale avec une probable utilisation de l’arme nucléaire. Sur ce point précis nous ne savons pas avec le développement de la technologie de l’information  si la théorie de Paul Virilio sur « l’insécurité du Territoire » est opératoire  mais il va de soi que les USA et la Russie refusent la confrontation directe.

De la sorte, une guerre hybride est en cours sous de multiples formes: cybernétique, économie, communication, etc. De la terre à l’espace, de nouvelles armes sont utilisées par les Etats les plus puissants pour non seulement contenir l’adversaire mais pour créer le chaos. Le Covid-19 en est la preuve tangible de l’extension du désordre biologique survenu au nom de la souveraineté en Chine. Probablement l’humanité a entamé l’irrésistible processus capsologique.

Fatah Hamitouche

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