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La vieille femme chaouie, Al Qods et tamazight

Batna

La vieille femme chaouie, Al Qods et tamazight

Cette  vieille femme, qui a pris part à la marche de Batna, a été bastonnée par la police algérienne. Deux coups de matraque sur l’épaule gauche, deux coups, assénés par un policier qui a l’âge de son petit-fils.

Cette brave femme, d’une origine très modeste, est venue apporter son soutien aux étudiants du département de tamazight qui a ont déjà marché la semaine passée. Elle travaille comme femme de ménage dans une institution qui travaille avec les jeunes ; elle est donc familière des problèmes de chômage de ceux qu’elle appelle affectueusement : « tharwa inu » (mes fils). Il faut souligner au passage justement que les étudiants de la première promotion de tamazight sont, une année après l’obtention de leur diplôme, presque tous au chômage.

Elle est venue dès le matin, alors que les manifestants se préparaient encore pour marcher vers le centre-ville. D’un pas lourd, son corps chétif usé par des années de pénible labeur, se balançait lentement. Arrivée au niveau des manifestants, elle lança, comme si elle retrouva tout à coup une énergie toute juvénile, un youyou strident qui piqua l’ardeur les protestataires qui entonnèrent aussitôt : » Ur nelli d ichayaten, ur nelli d iqawadhen, tharwa n Yugerthen, d Imazighen d Imazighen ! » (Nous ne sommes  pas des larbins, ni des gens serviles, descendants de Youghurthen, nous sommes des fiers Amazighs !). La seule présence de cette femme courage a gonflé le moral des jeunes manifestants.

La marche s’ébranle avec une certaine ferveur. Un des manifestants remit à la vieille femme une pancarte sur laquelle est écrit « ma ulac tamazight, ulac , ulac , ulac ! » (Si Tamazight n’est pas reconnu, aucune autre chose ne le sera). Elle la prend non sans fierté.

Les forces de sécurité de Batna, très nombreuses ce jour là, attendaient les manifestants au tournant. Ils ont tendu un guet-apens aux manifestants. Après les avoir attiré dans une ruelle étroite loin de la circulation, l’ordre a été donné aux policiers de charger les manifestants. Les coups pleuvent sans ménagement. La vieille femme qui était aux premiers rangs avec d’autres femmes reçoit deux coups de matraque : « ils m’ont frappée sur l’épaule, ces brutes », gémit-elle devant des jeunes en colère.

La police a justifié cette violence par le fait que les marcheurs n’avaient pas d’autorisation, alors quelques jours avant, plusieurs milliers d’étudiants et de lycéens ont été « jetés » dans les rues de Batna pour « soutenir nos frères de la Palestine » à la suite de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump sans que la police ne lève la matraque !!! Hallucinant !!! 
Pourtant, toutes ces marches n’avaient point d’autorisations. Au-delà de ce deux poids, deux mesures affiché par les autorités dans le traitement des manifestations, c’est le manque de respect affiché par les policiers envers cette vénérable dame. Comment peut-on se permettre de s’acharner sur une  vieille femmes chaouie dont le seul tort est d’afficher son identité et sa solidarité avec les enfants de son pays.   
 

Auteur
Jugurtha Hannachi

 




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