Site icon Le Matin d'Algérie

La vraie désobéissance civile et le ciment qui bâtira la liberté

REGARD

La vraie désobéissance civile et le ciment qui bâtira la liberté

Des informations nous parviennent sur les initiatives d’emmurer des entrées de bureaux de vote, principalement en Kabylie et dans quelques autres lieux comme Tlemcen. Enfin, la jeunesse algérienne a compris qu’il fallait arrêter les danses dans les rues et les youyous, une coutume nationale depuis 1962.

Il faut immédiatement mettre un point au clair. J’ai été emporté, littéralement soulevé par la sortie du peuple algérien dans les rues. J’ai été stupéfait et admiratif de la manière dont la jeunesse a réagi et cette danseuse des rues qui m’avait ému jusqu’aux larmes.

Mais les semaines et les mois ont passé et j’ai vu cette jeunesse retomber dans la même erreur que ses aînés, des marches et des youyous qui n’en terminent jamais alors que pas une ligne de résolution n’a été écrite ni le moindre délégué du mouvement élu.

Nous n’espérions aucune violence mais dire aux jeunes qu’ils faisaient fausse route et qu’ils devaient prendre leçon sur nos échec précédents. La désobéissance civile que nous prônions n’est pas la guerre et le sang qui coule, aux dires de nos contradicteurs, comme Lahouari Addi.

Plus les Algériens dansent dans la rue et youyoutent, plus les arrestations et les incarcérations s’accélèrent. Aujourd’hui, il semble que la jeunesse a compris qu’elle ne s’en sortira pas sans passer à une menace beaucoup plus affirmée sans qu’on puisse parler de grands mouvements désespérés et dangereux.

Allez dire aux innocents incarcérés que la seule méthode pour les en sortir est la marche pacifique et joyeuse ? Allez le leur dire car, moi, j’aurais honte.

L’initiative prise d’emmurer les entrées des bureaux de vote est l’une de celles que nous encouragions. Là voilà en route, en espérant qu’elle sera suivie de plusieurs autres.

Les étudiants ont beaucoup marché, beaucoup yoyouté et beaucoup ri avec des slogans magnifiques d’humour. Mais lorsque septembre arriva, chacun est entré dans les classes, sagement, pour étudier. Ils apprendront la démocratie sur vidéo-projecteur comme dans le cours de cette « éminente professeur de droit constitutionnel », membre active du panel.

Les révolutions abattent les murs. La votre les construit car ils seront les fermetures des cellules de vos geôliers, tortionnaires et pilleurs ainsi que les murs qui bâtiront votre seconde république.

Il faut absolument les regarder en face et leur montrer que la peur a changé de camp et que leur temps est définitivement passé et que le Nuremberg algérien sera l’annonce d’une promesse d’avenir, de liberté et d’intelligence.

Et si vous trouvez qu’il y a trop de risques à emmurer des bureaux de votes, continuez à lire la presse pour compter les incarcérés et ce que pensent ces derniers du mot « risque ».

Bien entendu, la critique qui nous a toujours été faite est d’être « planqués » à l’étranger. Nous sommes venus, il y a trente ans, en première ligne, pour prendre nos responsabilités. Et lorsque les chars sont sortis dans les rues, vous nous aviez laissé nus face à eux et vous nous aviez dit « On préfère les généraux aux islamistes ».

Vous aviez eu, au final, les deux et 350 000 morts en prime. Alors, une truelle et du ciment, c’est encore un minimum pour conquérir la liberté. Nous, notre vie, elle est derrière nous, nous payons notre lâcheté ou notre incompétence car ce n’est pas avec un stylo et un clavier que j’aurais du y aller pour leur faire face mais avec une kalachnikov.

Je n’en étais pas capable car je suis horrifié par la violence. Nous vous avons donc laissés avec ces monstres, c’est une blessure immense pour nous, croyez-le.

On ne vous en demande pas autant pour effacer notre faiblesse, juste des murs, la nuit. Ils n’ont pas assez de fonctionnaires de la terreur pour surveiller tous les maçons et peintres du pays.
 

Auteur
Boumediene Sid Lakhdar

 




Quitter la version mobile