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L’accompagnement du Hirak et les problèmes à venir de la révolution

COMMENTAIRE

L’accompagnement du Hirak et les problèmes à venir de la révolution

A l’appui de l’immensité du mouvement révolutionnaire que connait l’Algérie depuis le 22 février 2019, il est indéniable que tant que le gang dirigeant du pays n’a pas été chassé des commandes de l’Etat, les questions du devenir révolutionnaire restent en suspens. Il y a plusieurs raisons à cela.

Tout d’abord, la non représentativité déclarée du mouvement est en soi une donne initiée volontairement par les protestataires algériens qu’il ne faut pas négliger sous peine de tomber entre les griffes de la mafiocratie algérienne habituée à monter les citoyens les uns contre les autres. Au point où on en est, il faut bien croire que les militants sur place ont délibérément choisi cette voie pour contourner les manœuvres de la contre-révolution. Certainement, les Algériens choisiront le moment opportun leurs propres représentants pour négocier avec l’armée pour la remise du pouvoir de l’Etat aux civils. Toutefois, il reste à déterminer les modalités pratiques de la représentativité du mouvement pour une éventuelle formation d’un « gouvernement provisoire de la révolution » dont il faut dès maintenant réfléchir sur sa composition et ses prérogatives pour entamer des négociations avec les vrais tenants du pouvoir. La composition de ce « gouvernement provisoire de la révolution » peut prendre l’aspect d’une équipe composée de militants aguerris et d’intellectuels engagés dans la révolution.

Il se peut que pour des raisons de sécurité des personnes de ce « gouvernement provisoire de la révolution » soit un « comité de pilotage » sans mandat électif dont les membres sont cooptés sans nécessairement être connus du public et il doit être assisté par un groupe de sages capables d’orienter au mieux les éventuels négociateurs.

Certes, une telle mission ne peut se faire sans que des comités locaux élus par la population ne soient très actifs pour animer des débats dans tous les coins de l’Algérie. Toutefois, une mission d’une telle importance ne peut s’inscrire dans la durée sans qu’au préalable l’Algérie soit débarrassée des usurpateurs de la légitimité populaire.

Pour le moment, le boycott des élections présidentielles prévues par l’Etat-Major de l’armée par les Algériens promet une déroute voire la bérézina du régime qui a trop longtemps considéré les citoyens de Beni-oui-oui. Au plus fort de la contestation populaire, il est possible que les marionnettes du régime se sentent ridicules devant l’hostilité générale de la population envers le système qui sévit en Algérie depuis 1962 à ce jour.

Au point où en est le mouvement populaire, le refus catégorique de la mascarade électorale monte en puissance. Tel qu’il est nommé, le génie du peuple regorge de talents et d’inventivité pour contrecarrer les manigances d’un régime moribond qui ne sait utiliser que la violence de l’Etat pour imposer une feuille de route de plus en plus délictueuse. Ainsi va la révolution jusqu’au moment où le mouvement finira par annihiler toutes les tentatives d’intimidation du régime ou au plus fort de la contestation, paralyser s’il le faut, le pays en entier. Certainement, on n’en est pas loin du dénouement révolutionnaire par la décomposition totale du système. 

A y voir, la campagne électorale des cinq candidats recyclés par l’armée et aidés en cela par tous les sous-fifres du régime (journalistes, corps constitués, et toute la cohorte clientéliste) tourne à la bérézina. En ce sens, les Algériens ont bien saisi l’importance de la figuration communicationnelle pour transformer les espaces dédiés à la campagne électorale en collant les photos des figures du Hirak emprisonnées injustement dans les geôles du régime. Le retournement médiatique, est à la hauteur du génie populaire parce que précisément, la transfiguration de l‘image est une sublimation de l’iconographie qui annonce la renaissance de la volonté populaire comme acte politique et du même coup, une re-historisation de l’histoire de l’Algérie moderne par la déconstruction de la titulature des figures imposées par le régime qui sont rejetées à ne pas douter dans la poubelle de l’histoire. C’est à la vue de ces images transperçant l’œil où on voit des sacs poubelle suspendus sur les panneaux publicitaires qui donnent le ton de la création d’une autre dimension politique. D’ailleurs, la neutralisation du superflu enjolivant une Algérie factice par la monochromie du blanc et du noir est une esthétisation du nouveau discours politique. Ce double emploi est à la mesure de l’inventivité qui donne au Hirak une longueur d’avance sur un Etat qui n’a pas d’idée. Rares sont ceux en politique qui parlent de subliminal et pourtant s’en est un lorsque les citoyens déploient leur génie pour servir leur pays. Loin de la fade kermesse médiatique du régime algérien, la campagne opposée des Algériens marque le point de non-retour de la révolution en cours. Au point où l’ampleur des revendications rythmées par la reprise en commun des mêmes mots d’ordre, est la clameur d’un orchestre improvisé par les contestataires qui submerge l’espace pictural où « seul le peuple est un héros ». L’accouplement de la voix et du chant de milliers de personnes aux images de la contestation dénote la forme ordonnée des slogans et amplifie l’élan révolutionnaire des manifestants. Et ce n’est pas un hasard que le héros de la bataille d’Alger Ali la pointe est entonné par la foule sur tout le territoire national.  Le nom et la figure emblématique du héros national est l’envers du décor de la contre révolution parce qu’ils évoquent la confiscation de la liberté par les contestataires et il fixe au plus fort du cri révolutionnaire, la détermination de la résistance envers l’oppression. Ainsi, le souffle de la révolte n’est point l’expression du courage du héros national, il est la vitalité même du mouvement révolutionnaire. Il insuffle aux Algériens, de l’abnégation pour croire qu’une Algérie est meilleure. Cette Algérie n’est pas seulement le champ des martyrs mais elle est le lieu d’une promesse du vivre mieux.

Elle n’est pas une terre au service d’une classe compradore qui utilise les symboles de la guerre d’indépendance pour s’enrichir. Il reste pour qu’il soit possible d’inventer de nouvelles règles de gouvernance qui puissent satisfaire le plus nombre d’Algériens. A coup sûr, la forme du gouvernement et le contrôle par les citoyens des affaires de l’Etat sont des points cruciaux et incontournables du devenir politique de l’Algérie.

Certainement, la forme jacobine de l’Etat algérien héritée de la colonisation et les institutions qui en découlent doivent être débattues. Il y aurait à revoir les rapports institutionnalisés entre l’élite et la masse pour donner plus de pouvoir aux instances locales et régionales. La forme organique de l’Etat algérien doit être revue de fond en comble. Cet héritage colonial sur quoi s’est bâti l’autoritarisme et dans la mesure du possible doit être réformé pour donner une peu plus de sens au slogan : Dawla madaniya machi askariya.

 

Auteur
Fateh Hamitouche

 




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