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L’Algérie de Macron et la nouvelle Algérie de Tebboune !

OPINION

L’Algérie de Macron et la nouvelle Algérie de Tebboune !

Si la manière dont nous regardons le passé dépend de ce que nous sommes devenus aujourd’hui, la France, par son mutisme complice face aux exactions du régime algérien, est en partie coupable d’avoir alimenté et entretenu, depuis son départ en 1962 jusqu’à nos jours, le système politico-militaire dont le président Macron, pour la première fois dans l’histoire des relations algéro-françaises, vient de reconnaître officiellement son existence.

 Si aucune révolution n’a abouti à un changement substantiel de système politique en Algérie, c’est parce qu’aucune présidence en France n’a voulu de ce changement, au risque de se rendre complice de l’effroyable situation des droits de l’homme dans laquelle se débattent les Algériens depuis 1962. Il n’y a pas juste la rente mémorielle qui profite au régime politico-militaire avec qui Macron et ses prédécesseurs font affaire, c’est aussi et surtout la rente pétrolière et gazière, qui a de tout temps régit les affaires de bonnes conduites et de soutien mutuel au plus haut sommet des deux états.

Si l’Algérie est prisonnière de ce système politico-militaire, c’est parce que la rente pétrolière, qui voyage entre les deux pays, sous forme de chèques en blanc pour terroriser la population dès qu’il y a un soulèvement ou de chèque en banque pour faire taire les présidents dès qu’il y a une élection, a été le lien nourrissant entre le colonisateur et ses supplétifs qui gouvernent encore aujourd’hui le pays . 

D’aucuns ne peuvent nier les valises d’argent en devises qui voyageaient entre Alger et Paris pour soutenir la candidature d’un tel ou d’un autre à la présidence de la république française, aussi bien pour des candidats de droite que de gauche. D’aucuns ne peuvent ignorer les surfacturations de produits destinés à l’exportation vers l’Algérie, dont le but est d’alimenter, de part et d’autre des deux gouvernements, les caisses noires d’une mafia qui a fait de la dilapidation des deniers publics un mode de gouvernance. 

L’Etat français , jusqu’à aujourd’hui, abrite et protège les plus sulfureux des anciens et actuels dirigeants politiques de la nouvelle Algérie de Tebboune , de ceux qui sont coupables de dilapidation de plus de mille cinq cents milliards de dollars, rien que pendant la période de gouvernance de Bouteflika. L’argent du peuple est dans des banques françaises.

Quand il n’alimente pas l’économie française, il est recyclé dans l’immobilier haussmannien, que les plus gaulois des Français ne peuvent se le permettre.  L’État français, jusqu’à aujourd’hui, abrite et protège les plus sulfureux des généraux criminels, qui entrent et sortent de leur territoire sans qu’ils soient inquiétés. 

Macron pourrait joindre le geste à la parole et nous faire voir où se trouve l’argent dilapidé par Ouyahia, Bouchouareb, Saadani, Ghoul, Bouteflika, Chakib Khellil…. Macron pourrait joindre le geste à la parole en interdisant le sol  Français  aux  criminels de guerre qui ont sévi au printemps berbère, au soulèvement du 5 octobre 88, pendant la décennie noire, au printemps noir de 2001 et tout récemment en Kabylie, dans la nouvelle Algérie de Tebboune. Ils voyagent librement sur le sol français, sans qu’ils soient inquiétés, sans que le droit universel soit mis au service de la justice des hommes. 

Réécrire l’histoire, de l’époque coloniale à la nouvelle Algérie de Tebboune, est un exercice qui, s’il se fait par les instigateurs de cette double guerre, menée dans un premier temps par la France coloniale et entretenue ensuite par ses supplétifs au sommet de l’état, ne pourrait être que fallacieux et détournerait la mémoire collective des raisons qui ont rendu impossible l’indépendance du pays.  

Si la France est partie en 1962, la guerre ne s’est pas pour autant arrêtée. La guerre que le régime politico-militaire a livrée au peuple, après le départ de la France coloniale, n’a pu être aussi cruelle et criminelle que grâce à l’arbitraire laissé en héritage par Aussaresses aux déserteurs de l’armée française. Si dans l’Algérie de Macron, le Hirak a fragilisé le système politico-militaire, dans la nouvelle Algérie de Tebboune, le Hirak a mis en évidence l’insoutenable complicité qui scelle leur camaraderie.

 

Auteur
Mohand Ouabdelkader 

 




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