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« Le Coran des Lumières », de Jacqueline Chabbi

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Le Coran des Lumières. L’histoire, les concepts, le divin et le Prophète est un essai dans lequel JacquelineChabbi, historienne, arabiste et professeur honoraire, propose une lecture renouvelée du texte coranique. Elle y décortique des mots et concepts, les contextualise et leur donne leur sens historique.

« Etudier historiquement un texte ou un discours c’est chercher à comprendre ce qu’il signifie ou a signifié pour les hommes d’une société donnée, en un temps donné. Une telle recherche doit nécessairement être circonscrite. Il ne serait ainsi pas possible de traiter la question de savoir ce que signifie le Coran pour les musulmans : les musulmans certes mais de quel pays, de quelle société et de quelle époque ?  (…) », analyse Jacqueline Chabbi.

 L’auteure, reconnue pour ses travaux sur l’islam et ses origines, invite le lecteur à dépasser les idées reçues pour comprendre le Coran dans son contexte historique et culturel plutôt que de l’aborder uniquement comme un texte religieux figé. Elle propose une plongée éclairante au cœur du texte coranique, loin des lectures figées ou purement religieuses

Contrairement à d’autres écrits sacrés, le Coran ne se présente pas comme une narration linéaire : il est constitué de fragments variés qui se répètent, se reformulent et parfois se contredisent. Chabbi montre que pour en saisir le sens profond, il est essentiel de replacer ces fragments dans la grande Histoire, celle de la fin du VIIᵉ siècle, alors que l’empire arabe naissant cherche à affirmer sa place face à l’empire byzantin chrétien.

e Coran apparaît ici comme un ensemble de fragments, de répétitions et de reformulations, façonnés par le contexte de la fin du VIIᵉ siècle. Jacqueline Chabbi montre que ces paroles s’inscrivent dans un moment clé : celui de l’émergence du pouvoir arabe, face notamment au christianisme byzantin dominant. Comprendre le Coran, selon elle, suppose donc de le replacer dans ce paysage politique, religieux et culturel en pleine transformation.

L’auteure souligne notamment le rôle symbolique du Dôme du Rocher à Jérusalem, où des versets coraniques furent gravés très tôt. Ces inscriptions traduisent la volonté d’affirmer une nouvelle vision du divin et du message prophétique, dans laquelle Muhammad est présenté comme le continuateur de Jésus, tout en rejetant la Trinité chrétienne. Ce qui illustre selon Chabbi la dimension politique et symbolique de l’écriture coranique

Le Coran devient alors à la fois un texte spirituel et un instrument d’affirmation collective. Des sourates furent inscrites comme des samizdats sur ses murs, illustrant la volonté de faire du Coran un texte public, politique et religieux à la fois. Muhammad y est présenté comme successeur de Jésus, rejetant  toutefois la trinité chrétienne

Jacqueline Chabbi ne se limite pas à une analyse historique : elle éclaire aussi les principaux concepts du Coran, comme les noms du divin, la figure du Prophète, ou encore des notions souvent mal interprétées dans les débats contemporains, comme le djihadisme ou des allusions à des phénomènes comme le Big Bang. Ce faisant, elle vise à déconstruire les contresens et les lectures idéologiques qui entourent trop souvent le texte. « Dans une société non-étatique, comme celle des tribus d’Arabie, la notion de djihad renvoyait au fait d’accepter de prendre un engagement ou de « faire effort » (le sens premier de ce mot » pour mener une action ou adopter un comportement. Ce dernier se retrouve d’ailleurs dans le djihad intérieur des  mystiques qui font effort contre eux-mêmes pour vivre une foi intérieure plus intense », écrit l’auteure.

Accessible aux spécialistes comme aux lecteurs non habitués à l’histoire de l’Islam, Le Coran des Lumières se veut à la fois savante et vivante, offrant une approche critique fondée sur l’anthropologie historique et invitant à repenser ce que le Coran peut révéler lorsqu’on l’étudie en relation avec son époque et sa culture d’émergence.

Rabah Aït Abache

« Le Coran des lumières » de Jacqueline Chabbi. Éditions Grasset.

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3 Commentaires

  1. Je préfère les Confessions de notre Sanctus Augustinus, même si je ne comprend pas un traitre mot, même en français d’ailleurs, de ce qu’il raconte. Car je suis convaincu dur comme roche qu’il y a du Souk Ahras quelque part dans les Confessions, contrairement au courant galopant

  2. « Coran pour les musulmans : les musulmans certes mais de quel pays, de quelle société et de quelle époque ?  »
    Cela veut dire que le sens des mots qui forment les versets change dans l’espace et dans le temps?
    Ce qui serait en contradiction flagrante avec le sacro saint principe: le coran est intemporel, sa parole est imprescriptible, elle a valeur absolue, en tous temps et en tous lieux !
    Aussi, Vous plaidez pour un coran des lumières, une sorte de coran alternatif, ce qui laisse entendre que le coran courant en continu depuis ses origines est un coran « des ombres » pour ne pas dire ténèbres!
    Mais pour transmuer ce coran reçu en continu, en coran alternatif « des lumières » sans complètement le dénaturer, sans le transformer en sorte coran d’air, il foudra un convertisseur « soufi-astiqué » pas encore inventé.
    « Le coran des lumières « . Certes l’initiative est louable. Même si l’idée n’ést pas nouvelle. Des générations de savants et d’intellectuels ont déjà essayé, depuis des siècles, et n’ont visiblement pas réussi si ce n’est à crér des courants de pensées qui n’ont pas fini de s’entre déchirer, chacun étant persuadé de baigner dans la lumière et détenir la vérité ultime pendant que les autres, leurs antagonistes, même les moins éloignés, erent dans les brumes. Ça c’est plus anciens.
    Parmi les intellectuels contemporains qui se sont lancé dans une entreprise pareille on peut citer, un des 0lus fameux, Le Docteur Mohammad chahrour, Que Vous connaissez sans doute; connu en France pour y avoir donné plusieurs conférences et notamment à l’institut du monde arabe, IMA. Mohammed chahrour est d’ailleurs surnommé « le Luther de l’islam ».
    Il était professeur de génie civil à l’université de Damas, et islamologue syrien et un exégète réformiste contemporain du Coran. Décédé en 2019 à l’âge de 81 ans. Il a écrit plusieurs livres sur le sujet.
    Chez chahrour aussi les mots dans le coran n’ont pas le sens conventionnel qu’on leur attribue dans le dictionnaire. Pour lui, Frapper ne veut pas dire frapper ; couper ne veut pas dire couper ;…
    À l’entendre on croirait que Dieu, omniscient qu’il est, ne sait pas parler ! ; il aurait choisi de révéler son dernier message, le plus parfait qui se devait être d’être le plus explicite possible, dans une langue qu’il ne maîtrise pas!! Où chaque mot serait une devinette!
    Ps. Pour les niveaux les plus avancés en spiritualité je suggère Slimane Chabi. Notamment son œuvre intitulée « IQalwacen » prononcé Iqalwachen, les boucs. Tout y est, ou presque.

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