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Le patrimoine français de Mohammed Bedjaoui sous enquête du Parquet national financier

Mohammed Bedjaoui

La fortune de Mohammed Bedjaoui dans le viseur de la justice française. Crédit photo : DR

Mohammed Bedjaoui, ancien ministre des Affaires étrangères (2005-2007) et ex-président de la Cour internationale de justice (CIJ), est aujourd’hui au centre d’une enquête menée par le Parquet national financier en France. Le Journal du dimanche rapporte que cette attention judiciaire concerne la constitution d’un patrimoine considéré comme disproportionné au regard de ses revenus légaux.

Revoilà qu’on reparle de Mohammed Bedjaoui. Un vrai serpent de mer. Selon le quotidien dominical, Mohammed Bedjaoui percevait en tant que juge international un salaire d’environ 15 000 euros par mois. Pourtant, il est soupçonné d’avoir accumulé une fortune de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces interrogations ont été relayées à la justice française après qu’un signalement a été déposé à l’été 2023 par le député vendéen Philippe Latombe (MoDem), pointant de possibles malversations financières impliquant directement l’ancien magistrat.

L’affaire remonte au tournant des années 2000, lorsque la CIJ devait trancher un litige opposant le Qatar et le Bahreïn sur la délimitation de leurs eaux territoriales, selon le JDD. L’enjeu était considérable : il s’agissait de l’accès à l’un des plus grands champs gaziers au monde. En 2001, la Cour rend un arrêt favorable au Qatar, décision qui avait déjà alors surpris nombre d’experts et d’acteurs du dossier. La même source rappelle que cet arrêt, signé par Mohammed Bedjaoui, avait été jugé suspect par certains observateurs, soulevant des questions sur la neutralité et l’indépendance des juges impliqués.

Le signalement de Philippe Latombe, que Le Journal du dimanche a pu consulter, va au-delà de cette décision contestée. Il décrit des transactions et des investissements à l’international, permettant à Bedjaoui de bâtir un patrimoine jugé incompatible avec ses revenus officiels. Deux signalements distincts ont été transmis au parquet, détaillant ce que le député considère comme « des malversations potentielles ». La nature exacte de ces opérations n’a pas été rendue publique, mais elles posent la question de la transparence et de l’éthique pour un magistrat qui a occupé l’une des plus hautes fonctions judiciaires au monde.

Au-delà de l’aspect financier, cette affaire pose un enjeu symbolique et moral. 

Mohammed Bedjaoui était au coeur de l’un des plus gros scandales de corruption durant les 20 ans de pouvoir du clan Bouteflika-Chakib Khalil.

Pour l’instant, aucune mise en examen n’a été prononcée. Le Parquet national financier se concentre sur la vérification des faits, l’analyse des flux financiers et la traçabilité des avoirs. Comme le souligne le JDD, l’enquête s’annonce complexe et longue, mêlant droit international, transactions financières et questions diplomatiques.

Cette affaire soulève aussi la question de la responsabilité des magistrats internationaux et de l’exemplarité attendue de ceux qui occupent des postes de haute juridiction. Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les soupçons de malversations financières se confirment ou si la fortune de Mohammed Bedjaoui peut être expliquée autrement.

Mourad Benyahia 

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