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Le syndrome de Stockholm

Epoque

Le syndrome de Stockholm

Le pétrole fait-il le bonheur des Algériens ?

Quand un otage nourrit un sentiment d’empathie vis-à-vis de son geôlier, on dit qu’il souffre du «syndrome de Stockholm». Pour la petite histoire, ce fut un fait divers survenu en Suède en août 1973, lorsqu’un détenu en permission aurait tenté de braquer une banque. Une fois arrivés sur place pour l’en chasser, les policiers se sont retrouvés face à un malfaiteur qui s’est sympathisé entre-temps avec les employés de ladite agence. Devenus pourtant ses otages, ces derniers n’ont jamais hésité un instant à jouer les conciliabules avec les autorités.

L’histoire ne s’arrête pas là d’autant que ces otages-là ont essayé d’empêcher la police d’arrêter le malfrat, refusé de témoigner contre lui et certains d’entre eux lui ont même rendu visite en prison ! Drôle de situation qui ressemble à s’y méprendre au cas de nos rentiers en Algérie qui sont, paraît-il, tellement à l’aise d’être pris en otage par la crise, qu’ils sont prêts à toutes les combines possibles pour en prolonger la durée et fomenter mille scénarios pour garantir la longévité du régime. «Nous sommes entrés, dit un jour un illustre homme, dans l’ère des conséquences». C’est cela le malheur de nos têtes pensantes qui ne font que gérer les dégâts de la crise, au lieu d’en proposer des solutions. De toute façon, tout le monde y trouve son compte du haut de la pyramide jusqu’à sa base.

La crise, ça sert toujours à quelque chose chez nous ! Au moins, à entretenir le suspense, à fourbir les preuves que notre stagnation est beaucoup moins dommageable pour le pays que l’anarchie qui prévaut dans les nations arabes environnantes, qu’elle a des vertus réparatrices, qu’elle nous sauve de la noyade, etc. Du coup, tout le monde se met inconsciemment à l’idée que la crise est, j’exagère un peu peut-être, comme la bénédiction céleste du pétrole.

Ce pétrole qui nous a donné pourtant, ce que nous avons tendance d’ailleurs à oublier, de mauvaises habitudes. Et puis, tout se mélange dans nos cerveaux bloqués et incapables de déchiffrer l’algorithme de nos migraines. A un Algérien à qui on dit par exemple : «On veut changer les choses !», on entend à peu près cette réponse gromelée du bout des lèvres : «Mais regardez un peu la Libye et la Syrie et tenez-en moi au courant !». 

A un autre à qui on répète sans cesse qu’on voulait rester comme ça, celui-ci n’hésitera pas à nous proposer un arrêt sur image d’un tronçon de l’autoroute Est -Ouest où l’on voit déjà des crevasses et des craquellements, des trous un peu partout, des haies dégradées, etc., avant même que les usagers aient pu consommer la joie de l’inauguration !

Que faire alors, pardi ? Se cramponner avec ténacité mais tout aussi naïvement à l’espoir fragile de tourner la page du sous-développement ? Ou fermer définitivement cette parenthèse d’espoir, et se contenter de râler indéfiniment comme ces vieilles candides à qui on a volé les porte-monnaie dans une gare infestée par la pègre ? Dilemme…, atroce dilemme ! 

Auteur
Kamal Guerroua

 




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