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Les phares d’Algérie (V)

PATRIMOINE

Les phares d’Algérie (V)

Phare de l’Amirauté. Crédit photos et textes : Zinedine Zebar.

Nous vous livrons la suite de l’histoire des phares du pays tirée du livre « Photographies des phares d’Algérie », de Zinedine Zebar publié chez Casbah Edition. C’est le fruit de trois ans de périple et des  escapades à travers la côte  algérienne longue de 1600 km. Le photographe a répertorié 32 phares. Nous vous présentons ici quelques phares de l’ouest du pays. 
 

1/ Phare de l’Amirauté Alger

Avant que les Espagnols n’occupent, en 1511, l’un des quatre rochers situés vers le large, et ne construisent le Peñon, il existait déjà une tour de vigie, destinée à l’orientation des navires. Une fois les Espagnols délogés du Peñon par Khair-Eddine, des aménagements importants vont être réalisés, les îlots reliés au port, une jetée édifiée et un fanal implanté. « Sur ce même emplacement, Arab Ahmed a fait construire le phare dit de l’Amirauté dont la tour ressemble beaucoup à la Tour dorée de Séville ; les habitants du pays l’appellent Bordj el-Fnar (fort du Fanal), tandis que les Européens le désignent par la Forteresse ronde ou la Forteresse du phare. » (32).

Rappelons que la tour de Séville est une tour de guet située sur la rive gauche du Guadalquivir, construite au début du XIIe siècle, durant la période almohade.

Les deux premières années du règne d’Arab Ahmed (1570-1574), qui a succédé à El-Euldj Ali, ont été consacrées à la consolidation des remparts d’Alger. Arab Ahmed s’est inspiré des Almohades, eux-mêmes spécialistes de l’entretien des fortifications. « En 1573, le pacha Arab fit enceindre l’îlot d’un parapet. Il fit aussi construire deux tours, l’une pour recevoir un fanal indiquant aux navigateurs l’entrée du port, l’autre pour servir d’abri à la garde chargée de surveiller le port et les navires au mouillage. » 33

Voici le témoignage du bénédictin Diego d’Haëdo, captif espagnol qui a séjourné à Alger de 1578 à 1581: « Un peu plus tard, en 1573, le pacha Arab Ahmed compléta ce travail en faisant enceindre d’un mur l’îlot, à l’exception de la partie méridionale qui comprend le port. Ce mur est beaucoup plus bas que celui du môle, c’est plutôt une sorte de parapet pour qu’en temps de guerre l’ennemi ne puisse pas débarquer sur l’îlot et se rendre maître du port, ce qui lui donnerait infailliblement toute facilité pour balayer la terre avec son artillerie. » (34)

Ce qui était ainsi devenu une place forte jouxtant le phare était « la résidence principale des artilleurs (tobdji) qui y tenaient toutes les réunions relatives à leurs activités et à l’état des canons et des forts. » (dixit Ali Khelassi). Pour les navires étrangers qui approchent Alger, éclatante de blancheur et « s’élevant en amphithéâtre », le phare érigé par Arab Ahmed est vite remarqué. Thomas Xavier Bianchi, secrétaire-interprète du Roi, membre de l’équipage du vaisseau La Provence, en rade à Alger en 1929, situe « le phare d’Alger dans le nord quart nord-est, à la distance d’environ deux mille cinq cents toises ». (35)

Aux tout-débuts de la colonisation, des travaux maritimes on été entrepris. « La conquête trouva à Alger une mauvaise petite darse, relève Léon Galibert, où le vent du nord-est brisait les bâtiments ; elle en a fait un port qui devient de jour en jour plus vaste et plus sûr. Le môle a été réparé, enroché, une jetée, qui a déjà atteint une longueur de cent soixante-cinq mètres, s’est élancée vers le sud, laissant entre elle et le mur de la ville un espace qui ne fait que s’accroître. » (36)

Le terme « darse », tel que précisé par Bloch et Wartbourg, issu de l’arabe « dar sinâ’a », renvoie à « arsenal », « maison où l’on construit ». (Revue Africaine, 1925)

Le phare du Cap Matifou (Bordj El Bahri,) Alger, 1868

Phare à tour carrée situé à l’extrémité maritime du cap, non loin des ruines de Rusgunia et du fort construit par Ramdhan Agha en 1661, il illuminait de trois éclats blancs toutes les 15 secondes. Il fait partie de trois autres phares implantés dans la région. C’est à cap Matifou qu’a rembarqué Charles-Quint en 1541, défait par Hassan Agha. Le nom de Matifou est une déformation du nom berbère « tamentfoust » (le côté droit), à droite du cap sur la baie d’Alger. Khair-Eddine a fait extraire des pierres de ce cap, pour l’achèvement de la jetée reliant la Casbah et le Peñón dont les travaux ont été entamés avec les débris de la démolition de l’enceinte crénelée du bastion espagnol. La région du cap était connue aussi dans le passé pour ses carrières de marbre gris veiné de rouge.

« Le cap Matifou, le Râs Temendfous des Arabes, porte le nom de Montefuxe dans le portulan de Visconti, la plus ancienne carte marine du moyen âge, note F. Elie de la Primaudaie. Ce cap, qui occupe un assez grand espace, est formé par des terres peu élevées. La partie orientale est remarquable par un mamelon, dont le sommet aplati se présente dans toutes les directions sous le même aspect, ce qui permet de reconnaître facilement le promontoire. Les marins ont observé que, lorsque les contours du cap se dessinent d’une manière très nette, c’est un signe que les vents d’ouest ne tarderont pas à souffler; si, au contraire, le sommet du promontoire semble s’élever et apparaît comme suspendu en l’air par l’effet du mirage, il faut s’attendre à des vents d’est ». (59)

En 1884 le choléra réapparaît en France et en Algérie ; la quarantaine a été infligée aux navires, repoussés vers le cap Matifou et son phare.

3/Phare de Cap Bengut, Dellys (Boumerdès), 1881

« Bordj Fnar » pour les habitants de la région, ce phare d’atterrissage en maçonnerie, au sommet d’un promontoire escarpé, « sur la pointe des Jardins », qui porte le nom de l’ingénieur qui l’a construit, signale aux marins l’entrée du golfe de Dellys. Celui-ci offre « un très bon mouillage contre les coups de vent de l’ouest au nord-ouest ». Le phare a été endommagé par un attentat à la bombe en 1994 et par les effets du violent séisme qui a ébranlé l’Algérois en mai 2003. Il a fait l’objet de travaux de restauration et est resté longtemps sans activité, raison pour laquelle un nouveau phare a été construit à côté de l’édifice conçu par Bengut, mais plus haut et en béton, et mis en service en septembre 2010. Le seul édifié depuis l’indépendance du pays, mais sans aucune esthétique.

L’ancien phare a été dessiné comme une mosquée, avec sa tour carrée, en forme de minaret. D’ailleurs, selon un internaute, de 1945 à 1959, durant le ramadhan, les populations de Dellys dépendaient du gardien du phare M’hamed Fekkar dit « Moh Fnar ». L’allumage du phare par ce natif d’Azzefoun était le signal de la rupture du jeûne.

« Le nom Dellys actuel fait référence, selon Kamel Bouzetine, à l’appendice de terre en forme de langue (Lssan) qui pénètre dans la mer et sur lequel est érigé le phare du port ».

Les textes et photos sont tirés du livre ci-dessous. 


 

Auteur
Zinedine Zebar

 




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