La Libye est affectée par la chute surprise du régime el-Assad en Syrie, intervenue en décembre dernier. Les autorités de l’ouest libyen à Tripoli, sous l’impulsion de la Turquie, se sont empressées de nouer des relations avec le nouveau pouvoir syrien, alors que les autorités de l’est du Maréchal Haftar accueillent de plus en plus de matériels militaires issus des bases russes installées en Syrie.
La Turquie, qui ambitionne d’accroître davantage son influence au Moyen-Orient comme en Afrique, est en train d’ancrer sa présence en Libye, profitant des nouvelles donnes politiques et diplomatiques de la région.
Ceux qui, en Libye, ont récemment élevé la voix pour réclamer le départ des mercenaires syriens pro-turc présents à Tripoli seront déçus. Les supplétifs syriens d’Ankara, dont le nombre est estimé à près de 5 000 combattants à l’ouest libyen, devraient rester en place.
La Russie est en train de procéder au transfert depuis la Syrie de lourds matériaux militaires russes vers l’est et le sud libyens.
Ankara pour sa part est décidée aussi de se maintenir en Libye où elle possède plusieurs bases militaires aériennes et maritimes. Elle soutient l’un des deux camps libyens rivaux, en l’occurrence celui de l’ouest libyen d’obédience islamiste. Et la Russie appuie l’autoproclamé maréchal Haftar.
Un rapport du Pentagone, rapportait Libération révèle que la Turquie a envoyé plus de 3 500 combattants syriens en Libye avant l’été 2020, au profit du gouvernement de Tripoli. Dans le camp opposé, la Russie fournit également des mercenaires de Syrie pour renforcer les rangs du maréchal Haftar, à travers la société militaire privée Wagner.
Un rôle déstabilisant
Dans une Libye, qui depuis 2011, ressemble à une arène de règlement de comptes régionaux et internationaux, Ankara, tout comme la Russie, considère que ce pays est une tête de pont pour étendre son influence sur le continent africain.
Ces présences étrangères en Libye jouent un rôle déstabilisant et augmentent davantage encore le fossé qui divise la population. Elles rendent complexe toute possibilité d’une solution politique.
En envoyant, la semaine dernière, une haute délégation libyenne à Damas, le Premier ministre Abdel Hamid Dbeibah vise à gagner des points et à renforcer sa position politique auprès d’Ankara. Il cherche également à couper l’herbe sous le pied d’un possible futur gouvernement unifié qui pourrait prendre place dans le pays. Il augmente ainsi ses chances de se maintenir au pouvoir alors que son mandat à la tête du gouvernement d’intérim s’est achevé fin 2022.
Réagissant à des informations sur des transferts d’armes russes de Syrie vers l’est libyen, région sous le contrôle du maréchal Khalifa Haftar, le chef du gouvernement libyen d’unité nationale, Abdel Hamid Dbeibah, a exprimé le 19 décembre sa crainte de voir le pays devenir une « arène » pour des conflits entre puissances étrangères.
« Aucune personne dotée d’une once de patriotisme n’accepterait qu’une puissance étrangère vienne imposer son hégémonie et son autorité sur le pays et le peuple », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.
Cependant, aujourd’hui la Libye est traversée par une ligne de fracture idéologique et politique profonde. Elle constitue le ventre mou de la sous-région avec la concentration de plusieurs acteurs (Turquie, Russie, Qatar, Emirats arabes unis, Egypte) qui se dispute le contrôle du pays au nez et à la barbe de l’Algérie. Un sommet tripartite (Algérie, Tunisie et Libye) est annoncé à Tunis.
Selon CNN, la Russie construirait une importante base militaire dans la région contrôlée par les Toubous en plein désert libyen, à proximité d’une mine d’or et de la frontière entre le Soudan et le Tchad, un emplacement stratégique pour ses opérations au Sahel.
Cette base, nommée Al-Qadim, devrait accueillir les mercenaires d’Africa Corps, une alternative au groupe Wagner, qui intègrerait notamment des anciens officiers syriens selon des rapports.
La rédaction avec agences