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L’incompétence et l’effet Dunning-Kruger 

REGARD

L’incompétence et l’effet Dunning-Kruger 

Après un siècle de progrès et de réglementation d‘usage des voies ouvertes à la circulation publique, et qui donnera naissance au code de la route le 27 mai 1921, on assiste aujourd’hui en spectateurs impuissants à des usages incompatibles avec la marche d’une société équilibrée. Ceci nous renvoie à notre propre échec à construire une société responsable. Ce comportement anodin nous montre la vitesse à laquelle nous nous éloignons du reste du monde civilisé.

En voilant ce panneau par des affiches électorales, la nouvelle jeune génération d’apprentis politiciens est en train de voiler les espoirs de toute la société algérienne et nous donne un avant goût de la suite à venir. Majoritairement issue de l’école fondamentale monolingue, cette nouvelle génération trentenaire aujourd’hui, a baigné dès l’enfance dans un environnement socioculturel et cultuel marqué par un vent d’Est venant d’un Orient lointain et prêchant une idéologie qui a failli perturber nos rapports sociaux, cultuels et même  linguistiques ancestraux.

Malgré notre ancrage méditerranéo-numidien, cette idéologie semble avoir laissé des séquelles comportementales qui sont nettement visibles sur cette nouvelle génération.  

Un panneau qui tombe à pic à un moment décisif de l’histoire de l’Algérie ! C’est une réalité éclatante mettant à nu les tares multidimensionnelles cumulées depuis des décennies. Tout est dit dans ce panneau. 

Darwin disait : «L’ignorance engendre la confiance en soi plus fréquemment que ne le fait la connaissance ». Ce comportement est une démonstration grandeur nature de l’effet Dunning-Kruger : un biais cognitif par lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leurs compétences.

Étudié et expérimenté dans les années 90 par les psychologues américains David Dunning et Justin Kruger de l’université de Cornell, ces derniers nous expliquent que cette difficulté cognitive chez les personnes non qualifiées les empêche de reconnaître exactement leur incompétence. Ce phénomène peut  se révéler préjudiciables pour une entreprise, une société et même toute une nation. 

Ce comportement, est un indicateur majeur de ce qui nous attend. Il semblerait que cette nouvelle vague de classe politique ne respecte ni le code de la route, ni l’espace public ! Elle a érigé et sacralisé l’ignorance et la soumission sans condition aux automatismes les plus primitifs élevés au rang de valeurs jamais remis en cause.

Cependant, dans ce domaine, le meilleur exemple avait déjà été donné par un chef de parti, candidat à la magistrature suprême, dans une exhibition de prière solennelle publique sur le bord poussiéreux et souillé d’une autoroute, exposant ainsi, une confusion stupéfiante entre l’espace public et l’espace privé.

Par ce geste classé dans les annales des campagnes électorales et passé en boucle sur les réseaux sociaux, la leçon fut vite retenue par la nouvelle génération d’apprentis politiciens qui se bousculent aujourd’hui pour aller occuper les bancs d’un parlement vide et vidé de son sens  pendant plusieurs décennies.

La nouvelle classe politique en herbe, semble avoir un seul et unique projet politique, celui de dévaster ce qui reste de fonds publics pour améliorer leurs conditions d’existence personnelles par l’appropriation des moyens de l’Etat à des fins privées.

Cette nouvelle génération ne semble avoir aucune aptitude à  produire la moindre réflexion  autonome. Aucun de ces nouveaux postulants n’a présenté pour sa circonscription un projet politique détaillé avec une vision socio-économique stratégique, approfondie et chiffrée portant ses fruits sur 10 à 20 ans !

Comment peuvent-ils faire face, au lendemain de la crise sanitaire du Covid-19, à la quatrième révolution industrielle qui est en marche dans le monde et qui va changer et  transformer l’humanité ? Cette dernière, entreprend une fusion entre les mondes de la physique, du numérique et de la biologie. Ces nouveaux postulants, sont-ils conscients que la compétition mondiale ne sera pas entre les forces du bien et du mal, croyants et non-croyants, mais entre les intelligents et les non intelligents ?  

Quel projet visionnaire ont-ils présenté pour faire face aux défis et dangers qui nous guettent, la fin des énergies fossiles,  les évolutions démographiques, la montée des inégalités, les défis technologiques, la menace climatique ? Sont-ils conscient que notre pays, actuellement, n’est pas en mesure de faire face à ces défis  suite à l’accumulation des strates de dysfonctionnements depuis des décennies et qui sont intimement liées à notre histoire récente comme jeune nation et qui porte les séquelles lointaines des siècles de colonisation ? 

Il nous semble que cette nouvelle configuration symboliquement représentée par un  « poids lourds »  sublimé dans ce panneau,  à l’exemple de l’Algérie, qui est en pente glissante,  ne possède pas les mécanismes nécessaires pour appréhender cette dangereuse pente. Nous devons réorienter  notre vision car notre schéma de pensée actuel n’est plus adapté à notre mode d’existence dans un monde en pleine mutation. En voilant le  « S.O.S. » lancé un certain 22 février par tout un peuple, nous nous dirigeons irrémédiablement par une descente vertigineuse vers d’autres échecs.

Une prise de conscience temporelle s’avère inéluctablement nécessaire, conduite par une élite dévouée à la nation et dont le premier réflexe serait de réfléchir à comment parvenir d’abord à équilibrer la prise de décisions afin d’inventer une nouvelle gouvernance avant de s’atteler aux projets titanesques qui nous attendent.

Cette élite devrait avoir un seul ancrage fondateur, concrétiser la liberté et la dignité de chaque algérien afin qu’il puisse contribuer à la préservation de ce que nous avons en héritage, notre terre en bien commun matériel, et notre révolution comme bien commun immatériel.

Auteur
B. M.

 




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