On aurait dû finir sur la beauté du match. Mais le joueur Mohamed Amoura (*) en a décidé autrement. Lamentable.
Sur ce but libérateur, sur la tension tenue, sur une Algérie solide, mature, efficace. On aurait dû finir sur le public, ce mur vivant, ces milliers de voix qui portent une équipe comme on porte un frère dans une foule. On aurait dû finir sur cette image rare : Zidane et les siens en tribunes, joie brute, cadrée par les caméras comme un signe discret. Treizième homme. Pas un commentaire, pas un discours. Juste la présence. La transmission.
Et puis, à la fin, il y a eu le geste de trop. Petit. Mesquin. Inutile.
Un joueur algérien, Mohammed Amoura, s’est adressé à un supporter congolais devenu viral, l’a imité, puis s’est écroulé comme pour dire : “Va dormir”. Rires. Fierté facile. Et une tache sur la fin d’un match qui n’en avait pas besoin.
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Ce geste n’est pas “de la provoc”. Ce n’est pas “le football”. Ce n’est pas “l’ambiance”. C’est autre chose: un aveu. L’aveu d’une inculture qui confond victoire et humiliation, célébration et rabaissement.
Car cet homme congolais ne faisait pas le clown. Il performait un symbole. Une posture d’immobilité inspirée des figures mémorielles et politiques du Congo, où le corps debout, figé, silencieux, signifie dignité, résistance, histoire. Un langage. Un code. Un geste qui dit: “je suis là, je tiens, je témoigne.” On peut aimer ou non. Mais on ne peut pas ne pas comprendre qu’il y a derrière autre chose qu’une blague.
Sauf si l’on a appris à jouer sans apprendre à lire.
Le football moderne fabrique des athlètes parfaits et des têtes parfois vides de mémoire. On entraîne les jambes, on oublie le sens. Et dès qu’un symbole apparaît, dès qu’un geste dépasse la comédie habituelle, il devient une cible. On se moque de ce qu’on ne sait pas nommer.
Le contraste est cruel: l’histoire a connu des joueurs qui entraient dans la légende par leurs actes, pas par leurs grimaces. Sócrates, au Brésil, faisait du terrain une tribune. L’équipe du FLN a sacrifié des carrières pour donner un visage à une cause. Là, on n’a pas affaire à des “célébrations”. On a affaire à une conscience.
Ce soir-là, l’Algérie a gagné un match. Mais elle a perdu une occasion d’être grande jusqu’au bout.
Et l’inculture, dans le sport comme ailleurs, ne se voit jamais autant que lorsqu’elle applaudit.
Zaim Gharnati
(*) Le joueur a depuis présenté ses excuses.

