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L’Odyssée du monde

Masque : menace chimique

Image par Pete Linforth de Pixabay

Notre génération avait découvert un chiffre qui nous semblait monstrueux, hors de l’échèle de nos imaginaires, la population mondiale totalisait 3 milliards d’êtres humains.  Mais le pire était qu’on nous annonçait une forte progression dans les décennies à venir.

Qu’allait devenir la planète ? Pourrait-elle nourrir les populations qui l’habitent ? Supportera-elle les défrichements et les déforestations pour l’agriculture ? Les guerres et les migrations auront-elles raison d’elle ? 

Personne n’aurait imaginé alors qu’à la suite de ces décennies le monde se poserait une question inverse. La baisse généralisée du taux de fécondité allait-elle priver l’humanité de la sève de ce qui la fait survivre continuellement depuis des millénaires ?

Mais encore plus, aurions-nous cru que la Chine et l’Inde seraient confrontées à ce même dilemme ? Assurément non. Si c’est pourtant une vérité connue par tous les experts et beaucoup d’organismes internationaux, la conscience des populations à ce sujet commence à peine à naître.

Lorsque je suis arrivé à Paris, étudiant, il était impossible de rater le discours de Michel Debré, ancien Premier ministre et député, nous alerter, midi et soir, sur la nécessité d’atteindre un taux de fécondité de 2,1 pour le renouvellement de la population. Il nous fatiguait par son discours et nous nous demandions s’il n’était pas bloqué dans cette idée fixe.

Puis, progressivement, une dizaine d’années plus tard, nous nous étions réveillés sur la pertinence de la prédiction du malheur par Michel Debré. C’était étonnant que cette hausse de la population mondiale de nos jours, plus de 8 milliards d’habitants, allait pourtant connaître un pic en 2080 pour commencer sa chute que l’ONU prévoit être dans une pente aussi rapide que ne l’a été l’augmentation pour les deux siècles précédents.

Cette perception de la baisse drastique du taux de fécondité, nous ne l’avions pas plus imaginé pour notre pays. Les Algériens pensaient que l’accroissement des richesses et l’amélioration des conditions de la santé, pour ne prendre que ces deux raisons, allaient nous mener vers une expansion infinie de la population.

Ce taux était effectivement estimé par les chiffres de l’ONU à 2,8 enfants par femme en 2022 (alors que l’Algérie avait connu un rebond entre 2000 à 2010), le reflux commence à cette date et l’évolution prévue est à la forte baisse. On estime qu’elle atteindra un taux de 2,5 entre 2025 et 2030. (Si certains contestent ces chiffres, qu’ils écrivent à l’ONU, boite postale New-York).

Entre 2045 et 2048, il est prévu que l’Algérie atteindra le seuil de renouvellement de 2,1 pour plonger dans les abysses de 1,8 à 1,9 en 2100. Soit des taux approchant la moyenne des pays aux économies les plus fortes dans le monde.

Si nous n’imaginions pas cela dans les années postindépendance, le public connait dorénavant les raisons pour lesquelles il n’est pas la peine d’être un expert. Exposons les principales qui nous viennent spontanément à l’esprit sans les classer par ordre d’importance dans leur participation à la baisse du taux de fécondité. Changement profond du modèle familial, développement massif du travail des femmes, exigences plus fortes en confort de vie et en responsabilité de ne pas mettre au monde des enfants qui seraient confrontés aux difficultés plus grandes, problème d’urbanisation et quelques autres. 

Certaines explications sont en rapport avec des situations locales comme la politique désastreuse de la Chine de l’enfant unique. Quant à l’explication par les épidémies et les confrontations guerrières, elle est très loin d’être aussi massive que du temps des fléaux comme la peste.

Tout cela a entrainé un âge de mariage plus tardif justifié par la prolongation des études et le désir d’indépendance. Mais contrairement à l’erreur la plus répandue, la contraception est, elle aussi, très loin d’être une cause principale de la chute du taux de fécondité. Elle est seulement un outil pour mettre en œuvre toutes les raisons citées précédemment.

Cette évolution globale à la baisse connait une exception, celle de l’Afrique dans laquelle le taux est en augmentation. Mais à plus long terme, il est prévu que la tendance s’inversera pour connaitre les mêmes problématiques générales que celles dans le monde.

C’est par cette considération que Donald Trump et Marine Le Pen et tous les adeptes du fascisme et du radicalisme devraient se rendre compte de leur erreur pour une réalité qui saute pourtant aux yeux. Le taux de fécondité dans ces pays connait la même tendance de chute que celle du monde, nous l’avions déjà précisé. 

Ce qui a fait la force des Etats-Unis est le gigantesque flux d’immigration qui a toujours été historiquement la base fondatrice du pays et de sa puissance. Quant à Marine Le Pen la cécité est aussi flagrante dans sa doctrine et pensée politique. 

Ils n’ont pas intégré dans leur esprit une vérité simple à comprendre, l’économie et toute force de souveraineté, c’est avant tout la population. 

Tous les dictatures ou en apprentissage, connaissent cette même cécité. Il est urgent qu’ils ouvrent les yeux, l’immigration est la planche de salut. Qu’ils mettent tout en œuvre pour la favoriser avant que la source principale soit tarie, celle des pays du sud. Nous avons vu que pour le moment le taux de fécondité de ces pays est encore excédentaire pour pouvoir avoir des politiques de flux plus acceptées et régulées dans un désir réciproque.

Pourquoi je me réveille aujourd’hui avec l’idée de cette chronique du matin ? Parce que la France vient d’enregistrer un événement des plus dangereux, le taux de mortalité n’est pas compensé par celui des naissances, situation inédite depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Je terminerai par une autre erreur qui nous place sur une corde raide. Il ne faut pas penser qu’une politique de natalité encouragée par des aides financières soit la solution. C’est mettre un enfant au même rang qu’un avantage financier. Les bébés sont une richesse du monde, pas un mécanisme de régulation. Et cela n’a d’ailleurs jamais fonctionné dans tous les pays qui se sont engagés dans cette voie. Entre les deux écueils, le monde devra mettre en œuvre un équilibre très difficile à trouver. 

Terminons par une note d’humour car pour les 2,1, je suis co-responsable du  désastre puisque je n’ai que deux enfants et qu’il est trop tard pour moi de rattraper l’erreur. De plus, Coluche  avait dit dans un sketch célèbre qu’il n’avait pas trouvé la virgule.

PS : une  erreur générale de sémantique est la confusion entre le taux de natalité (expression quasiment toujours évoquée) et le taux de fécondité dont je viens de faire référence. Le taux de natalité est le rapport rapporté en1000 entre le chiffre des naissances et le nombre global de la population, hommes et femmes confondus. Il est utile pour juger de la progression des naissances par rapport au territoire.

Les démographes préfèrent prendre en compte le taux de fécondité, exclusif aux femmes, et n’intègrent dans le calcul que les hommes en âge de procréer. C’est évidemment plus juste pour le sujet dont nous parlons.

Boumediene Sid Lakhdar

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