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Macron-Besson : le Prince et l’écrivain consul

Débat

Macron-Besson : le Prince et l’écrivain consul

Jamais l’expression désormais célèbre de Jacques Chirac « Les emmerdes volent en escadrilles » n’aura eu un si grand écho que ces derniers temps pour celui qui se disait vouloir changer de monde et avoir une présidence jupitérienne. La chute de la courbe de popularité est à son plus bas au sortir de cet été où la dernière péripétie aura été celle de son ami écrivain.

Le Président de la république, Emmanuel Macron, vient en effet de signer un décret portant nomination de l’écrivain Philippe Besson à un poste de consul général à Los Angeles. Mais avant d’accuser trop rapidement le Président de copinage, ce que nous allons faire, il faut au préalable analyser le sujet comme il convient.

Lorsqu’on parle des écrivains et de la diplomatie française, on ne peut éviter de se référer au grand Chateaubriand qui offrit une plume de romancier sublime en même temps qu’il fut un grand ambassadeur.

Jacques Lang, en volant au-secours de la décision du Président de la république avait évoqué le temps où le gouvernement de François Mitterrand en avait fait de même pour un autre écrivain. L’argument est recevable car si, normalement, les personnels en poste à l’étranger sont recrutés dans le vivier des fonctionnaires, diplomates de carrière ou non, l’esprit de la république n’est pas pour autant bafoué (si les règles légales sont transparentes et édictées).

Que des intellectuels représentent le prestige de la France, entre autres intérêts, hors des frontières  n’est pas en soi répréhensible. Cela s’est souvent fait et je suis prêt à défendre une telle position. Mais il ne s’agit pas de cela si on interroge plus en profondeur les arguments concernant la défense de la nomination de Philippe Besson. Essayons de les éprouver, un par un.

Philippe Besson fut le seul à participer à la campagne électorale «de l’intérieur» et a été autorisé moralement à en rédiger un livre. Je ne vois à priori aucune réserve à voir les amis fidèles récompensés lorsqu’ils ont fait partie de la campagne politique pour accéder au pouvoir. C’est même un usage tout à fait naturel car qui d’autres seraient nommés si ce n’est ceux qui ont la confiance de l’homme politique élu. Cela n’est absolument pas contraire à l’esprit de la république.

Mais Philippe Besson n’a jamais été en lumière et n’a jamais assumé ni défendu publiquement le candidat de telle façon à être légitimé indirectement par le vote. Il ne peut prétendre à une quelconque investiture pour un simple rapport intime avec le Président élu.

Mais l’argument suivant consisterait à dire que le Président de la république nomme les personnes qui lui paraissent être les plus compétentes pour le poste en considération de ce que nous avons précisé antérieurement sur la particularité d’une représentation consulaire. Oui mais là également la suspicion ne cesse d’accabler le Président Macron, comme dans d’autres affaires, c’est que Philippe Besson venait de sortir son livre sur l’ancien candidat sous le titre « Un personnage de roman » où il pleuvait des tonnes de compliments.

Et enfin, il faut savoir que tout cela n’a pas été fait dans la plus grande des transparences puisque nous nous sommes aperçus à posteriori qu’un décret avait été signé pour «élargir le champ de nomination à l’étranger à d’autres profils que ceux des diplomates pour 22 postes ». La CFDT conteste d’ailleurs la légalité d’un tel décret. Il y avait là une préparation, une préméditation qui ressemble furieusement aux anciennes pratiques, au monde ancien, celui que justement le candidat Macron avait fustigé pour arriver à ses fins.

La majorité des électeurs avait souscrit à cet «autre monde» et voilà que nous assistons aux pratiques les plus vieilles et les plus détestables du passé. Cette affaire de consul vient se rajouter à toutes les autres qui s’accumulent et font chuter vertigineusement la popularité du jeune Président.

Il avait voulu chasser les anciennes pratiques par un souffle de jeunesse et de modernisme. Il y avait longtemps que nous n’avions pas assisté à leur résurgence d’une manière si forte et si visible.

Chateaubriand, une « mémoire d’outre tombe » qui doit se retourner d’effroi.

Auteur
Sid Lakhdar Boumediene, enseignant

 




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