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Marzouk Touati, la présidentielle algérienne et « la trahison nationale »

REGARD

Marzouk Touati, la présidentielle algérienne et « la trahison nationale »

Comme à l’accoutumée, dès que la mafia politique d’Alger sonne la cloche, comme le chien de Pavlov, toute l’armada rentière et politicarde algérienne rue dans les brancards pour s’assurer une place de choix au firmament de la corruption et des strapontins dans le marécage administratif.

Militants retournés par l’affairisme, terroristes islamistes convertis dans le halal business, journaleux avides de scoop au détriment de l’information et surtout de périodiques candidats à la candidature, pour qui la politique se résume à sortir du bois une fois tous les cinq ans et jouer un rôle dans la comédie algérienne… 

Tout ce beau monde se fait brusquement hara-kiri pour chanter les louanges du vote et de la participation «démocratique» au grand dam d’une population définitivement flouée et complètement désarçonnée, au grand dam surtout de militants désintéressés, de syndicalistes dévoués et de courageux lanceurs d’alerte qui, malgré la répression féroce qui s’abat quotidiennement sur eux, essayent de maintenir allumée cette flamme millénaire de la revendication et ce courage de dire NON !

Marzouk Touati, une de ces dernières voix de la jeunesse kabyle militante que l’on veut définitivement étouffer,à défaut de soudoyer, est un exemple criard de la fourberie des politiques algériens, régime comme opposition.

Il faut rappeler qu’il y a quasiment deux ans jour pour jour, le jeune universitaire, natif de Vgayet à l’est de la Kabylie, a été arrêté et jeté en taule. Le 25 janvier 2017, le blogueur est placé en détention, depuis, il est dans le trou. Lors d’un premier procès tenu le 24 mai de la même année, Marzouk Touati accusé d’« intelligence avec une puissance étrangère de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de l’Algérie où à ses intérêts économiques essentiels », un crime passible de vingt ans de prison. Grave accusation pèse sur les épaules du jeune blogueur : intelligence avec une puissance étrangère autrement dit une haute trahison. Rien que ça !

Et de quelle puissance s’agissait-il ? D’Israël évidemment, un scénario bien rodé. Marzouk Touati, comme l’ont affirmé ses avocats, n’a entretenu aucune relation de quelque nature que ce soit avec une puissance étrangère qu’elle que soit sa nature. Marzouk Touati a simplement interrogé, suite à des émeutes de la pauvreté, un diplomate israélien à propos de cette accusation récurrente-accusation justement qui vise tout Kabyle défiant le régime algérien- de trahison et de complicité avec une « main étrangère » ! Un rituel quoi. L’interview en question a été publiquement diffusée par le jeune blogueur sur son blog dans l’intention de nuire, pas à l’Algérie comme entité politique et territoire, mais aux trabendistes du nationalisme algérien.

Kiiba Hassan, le diplomate israélien en question, ancien officier de l’armée israélienne, a désavoué le régime algérien et sa propagande en affirmant que son pays entretient bel et bien des relations diplomatiques avec l’Algérie et avec tout le monde dit arabe.

Lors d’un premier procès, le procureur requiert la perpétuité contre l’accusé et le juge a tranché pour 10 ans. Le 21 juin 2018, le jeune blogueur Marzouk Touati est condamné en appel à 7 ans de prison ferme. Lors de cette dernière audience, le juge n’a pas hésité à tonner : « Tu as dépassé les lignes rouges » à l’endroit de la silhouette frêle du jeune universitaire, victime d’une propagande infâme, avant de rajouter : « Tu ne t’es pas demandé que ce pays (Israël) est l’ennemi de l’Algérie et du monde ! ? Suite a de multiples grèves de faim entamées par le détenu et à de multiples requêtes de la défense, la Cour suprême algérienne a cassé la condamnation à 7 ans de prison en renvoyé l’affaire devant le tribunal de Skikda, à l’est de Vgayet d’où est originaire le jeune universitaire inculpé.

Depuis le 18 janvier 2019, jour de la dernière visite de sa mère à la prison de Blida, personne ne sait où se trouve Marzouk Touati. Ni sa famille, ni ses avocats ne sont mis au courant du lieu de détention de la victime d’un procès expéditif et idéologique selon un communiqué de LADDH.

Où se trouve le jeune blogueur ? La question reste sans réponse.

Suite à la convocation du corps électoral, et dans la perspective de l’élection présidentielle qui se tiendra en avril 2019, toute la classe politique algérienne, comme réveillée d’une hibernation qui a duré au moins 20 ans, se bouscule soudainement et accoure à la participation à un énième simulacre. Pour certains, c’est une question de survie politique, il s’agit de répondre présent à l’injonction du régime nourricier, et pour d’autres, c’est une occasion de marquer la présence en légitimant un processus ficelé d’avance et ainsi, semble-t-il croire, sauver les apparences.

Dans ce ballet politique loufoque et nauséabond, et à défaut de rencontrer la population qui leur a définitivement cloué le bec et fermé les portes, quasiment tous les acteurs ont rencontré, ou sollicitent des rencontres, avec des ambassadeurs étrangers en exercice à Alger afin de « peser » dans le jeu d’échecs en cours. Miraculeusement, l’ambassadeur américain, voué aux gémonies suite à ses félicitations aux Amazighs à l’occasion de Yennayer, en compagnie de sa femme vêtue de robe kabyle et brandissant le chiffre 2969 en référence au calendrier amazigh (pied de nez au pouvoir algérien et à ses affidés islamistes), devient une perle rare que les sièges des partis algériens s’arrache.

De Mokri à Benflis, de Ghediri à Hamrouche, tous les prétendants au fauteuil présidentiels ont rencontré, ou souhaitent le faire, des représentants de « puissances étrangères » et ce n’est pas fortuitement. Il est tout à fait normal que les représentations diplomatiques occidentales rencontrent des journalistes, des associations et des acteurs de la société civile en temps normal mais en temps électoral que des acteurs politiques algériens se réunissent avec des ambassadeurs étrangers, c’est bien là la trahison !

Que demandent ces soi-disant opposants (pour reprendre la célèbre formule du visionnaire Lounès Matoub) à ces ambassadeurs ? Du soutien, évidemment. Et que cherchent ces ambassadeurs étrangers chez des prétendants à la magistrature suprême d’un pays ? De l’influence, évidemment ! Imagine t-on un instant, le candidat Melenchon, ou Marine Le Pen, rencontrer un ambassadeur américain à la veille d’une élection présidentielle française ? Et bien, non, car la France est un pays souverain et ses politiques respectent cette souveraineté, pas l’Algérie et encore moins ses politiciens.

Tous les Algériens savent que Chakib Khelil, ancien ministre de l’Energie, poursuivi au moins par trois juridictions occidentales pour corruption et blanchiment d’argent public, est un ressortissant américain et qu’il n’est venu, après une vie dorée aux USA, que pour servir les intérêts de Halliburton et vider le sous-sol algérien (1), ce que poursuit excellemment Ould Kaddour à la tête de la société pétrolière algérienne Sonatrach. Ce dernier a été même condamné, avant d’être blanchi, déjà par un tribunal militaire algérien pour espionnage, mais aujourd’hui aucune juridiction ni aucun juge n’ose interpeller ni l’un ni l’autre.

Dahmane Abderrahmane, le sulfureux conseiller de Sarkozy, a affirmé sur les ondes de la télévision Al Magharibia qu’il était derrière la campagne électorale de Zeroual en 1995 en France et de celle de Bouteflika par la suite. Il a révélé même que Nicolas Sarkozy a pesé de son poids pour le troisième mandat de Bouteflika contre intérêts économiques. Les médias français ne cessent de révéler toutes les affaires politico-financières dans lesquelles l’ancien président français était impliqué notamment le financement libyen de sa campagne de 2007. Trois de ses conseillers tels que Alexandre Djouhri, Ziad Takieddine et Henri Guaino sont poursuivis par la justice française, le denier est déjà derrière les barreaux.

Que sait-on de M. Abderrahmane, fièrement présenté comme conseiller de Nicolas sarkozy ? Et comme par hasard, c’est ce même Dahmane Abderrahmane qui prend l’initiative de mobiliser ses réseaux, à la suite d’un coup de fil d’un officier algérien, disait-il, pour soutenir le général-candidat Ali Ghediri avant que ce dernier ne le désavoue publiquement par l’intermédiaire de son porte parole.

Y a-t-il trafic d’influence plus flagrant que cela ? M. Dahmane Abderrahmane, travaille-t-il pour des intérêts français ou algériens ? Pourquoi aucun tribunal ne s’auto-saisisse puisqu’il s’agit clairement d’une puissance étrangère, ex-colonisatrice de surcroît, selon la littérature propagandiste du pouvoir algérien !? En gros, tout le personnel politique au sein du sérail algérien, régime comme opposition de façade, est impliqué d’une façon ou d’une autre dans un trafic d’influence visant l’Algérie ou des intérêts occultes loin d’être au service du bien public.

C’est un secret de polichinelle que tous les caciques du régime algérien, ex-chefs du FLN, retraités de l’Armée et anciens ministres, s’installent dans l’Hexagone pour profiter de toutes les richesses dilapidées pendant les années de service et injectées dans l’immobilier parisien. Belkacem Zaïtout, leader du mouvement Rachad vient d’annoncer sur un plateau de télévision que Bouteflika, sa famille et ses conseillers sont protégés de Zeralda à El Mouradia par un système sécuritaire français, et qu’une vingtaine de fonctionnaires français, rémunérés par les caisses algériennes, travaillent pour la sécurité du clan présidentiel ainsi que dans différents domaines stratégiques.

Dans un pays qui se respecte, un pays jaloux de sa « souveraineté nationale », cette déclaration à l’effet d’une bombe atomique doit interpeller à plus d’un titre la justice, les médias et les hommes politiques mais au pays des «vendus » il est certain qu’aucune enquête ne sera diligentée alors qu’il s’agit clairement de haute trahison et véritablement « d’intelligence avec une puissance étrangère dans le but de nuire à des intérêts « nationaux ».

L’affaire des 700 kg de cocaïne saisi au port d’Oran a révélé une corruption à grande échelle où des officiers supérieurs, des juges et des procureurs, des maires et de petits fonctionnaires sont impliqués. L’affaire n’a pas dévoilé encore tous ses secrets et une autre vient d’éclater à l’est du pays par la saisie de 300 kg, toujours de la même substance.

Au final, c’est tout le monde au sein et dans la périphérie du régime et des institutions algériennes qui est corrompu, et tout ce beau monde se couche devant des puissances étrangères et complotent pour des intérêts contraires à ceux du pays et de la population mais c’est Marzoug Touati qui paie les pots cassés. C’est au jeune Kabyle contestataire qu’on porte le chapeau de la trahison alors que la félonie est institutionnalisée depuis longtemps en Algérie.

Aucun régime et aucun candidat ne sera crédible si cette injustice, ainsi que d’autres, persiste et que la maman de Marzoug Touati n’a pas pu encore embrasser son enfant en le prenant dans ses bras.

A. M.

Renvois

1, Hocine Malti : Chakib Khalil, le cadeau empoisonné des Etats-Unis à l’Algérie, lematindz.net, 06 /05/2016.

Auteur
Ahviv Mekdam

 




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