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Mekla : un désastre écologique au village Mesloub et ses environs

ECOLOGIE

Mekla : un désastre écologique au village Mesloub et ses environs

Il suffit de se rendre sur les lieux pour comprendre la consternation des citoyens de Mesloub, un village de la commune de Mekla (wilaya de Tizi-Ouzou), les dégâts sont irréversibles.

Les exploitants d’une carrière proche du cimetière lieu-dit El-Kula pour extraire de la pierre ont dénaturé l’emblématique Tighilt Tamuqrant. L’endroit est devenu sans vie, c’est un décor lunaire.

L’historique de cet endroit qui attire des investisseurs cupides remonte à des années en arrière. Tout au début, la Sonarem (Société Nationale de la Recherche et d’Exploitation Minière), une entreprise étatique de l’époque du nationalisme, exploitait la carrière pour ses besoins en substances minérales comme la pierre de marbre, et les exploitants de la poterie artisanale du village Ait-Khir qui venaient eux aussi s’approvisionner en matière première à proximité du site dit El-Maharoune. On peut s’estimer de dire que l’exploitation était raisonnable.

Mais depuis que l’État a mis en œuvre sa politique de privatisation anarchique, la carrière de Mesloub n’a pas échappé à certaines décisions qui ont provoqué aujourd’hui l’ire de ces citoyens. Des autorisations pour l’exploitation du site ont été données à des entreprises privées sans l’aval du village et les autorités locales notamment l’APC de Mekla. Elles sont du ressort des gestionnaires du ministère des Mines, donc, la responsabilité revient à ces derniers.

En se penchant sur les modalités permettant à une entreprise d’exploiter une montagne qui fait la beauté de la région, il y a des questions essentielles à se poser. Est-ce que des études ont été faites pour se permettre un tel désastre? Est-ce que les exploitants ont respecté les limites et les quotas pour ne pas dénaturer l’endroit? Est-ce qu’ils ont respecté les normes environnementales? Est-ce qu’il y a un programme de réhabilitation du site? Est-ce que le site est clôturé et sécurisé? Est-ce qu’il y a un suivi qui se fait régulièrement pour apercevoir les dégâts? Etc.

A la sortie du village pour aller vers Aïn El Hammam, à la gauche, on peut constater les dégâts. Toute une montagne qui relie Mesloub à Ath Moussa qui vient d’être décimée à coup de bulldozers et de pelles mécaniques. Impossible de reconnaître les lieux, l’ampleur des dégâts est énorme, il s’est étalé jusqu’aux limites des villages avoisinants, c’est un véritable champ des mines. Pour extraire la matière qui intéresse les exploitants, des cratères, des crevasses et des falaises vertigineuses ont été créés sans se soucier des conséquences de leurs actes. Les cours d’eau naturels sont complètement disparus de la carte. Leur détérioration est dévastatrice, elle menace les ressources hydriques, la faune et la flore.

Les risques de perdre l’unique source du village qui alimente plus de 7000 âmes, et ainsi que de voir un affaissement de toute la zone où se trouve le cimetière sont immédiats. Auxquels s’ajoutent les effets de la pollution atmosphérique, c’est un véritable problème de santé qui interpelle l’ensemble de la collectivité. Ce que subissent, en silence, les habitants proches comme ceux de Mesloub, Djemaa Saharidj, Ath-Moussa, Ath-Aich, Tigrine, Mekla et d’autres hameaux situés à un rayon de 5 kilomètres du lieu de la propagation d’une fine poussière est inacceptable. L’altération de la qualité de l’air peut avoir des conséquences préjudiciables à la santé des habitants demeurant dans la périphérie de la carrière.

En fin de compte, selon Akmoussi Sadi membre du village, il affirme que c’est toute une région qui est concernée, ce n’est pas uniquement le village Mesloub. Il rappelle que le problème dure depuis des années, en effet, il y a eu des actions qui ont été entreprises par les citoyens pour alerter les pouvoirs publics et particulièrement la Daira et le Ministère des Mines sur le danger de cette carrière. Et c’est dans un esprit de sagesse qu’ils ont invité l’entreprise privée qui continue à exploiter le site d’arrêter d’œuvrer et de déménager ces équipements.

Cette semaine, une rencontre d’urgence s’est tenue au village pour discuter du problème de cette même carrière, car un des exploitants est revenu par la force afin de reprendre ses activités.

Selon les différents témoignages présents sur les lieux, les représentants de l’entreprise ont refusé de prendre en considération la sollicitation du village qui recommande de quitter les lieux sans moindre déboire. Ce qui est aberrant, ils ont fait appel à la gendarmerie qui s’est rendue au village et ont déposé plainte contre deux ses citoyens pour entrave à leurs travaux, alors que le wali avait déjà ordonné l’arrêt de l’exploitation du site depuis plus d’un an suite à la demande des citoyens avec l’appui de l’APC de Mekla.

De cette rencontre, on peut lire dans un procès-verbal affiché dans les pages de Facebook : « Dans leurs interventions, les citoyens sont unanimes à condamner l’indifférence voire le mépris affiché par les autorités compétentes quant à trouver une solution définitive à leurs problèmes. La fermeture immédiate de cette carrière ainsi que sa réhabilitation, et de placer le site zone protégée, sont les revendications principales du village. »

D’où ils ont pris une décision de se rendre le dimanche passé au niveau du siège de la Daira de Mekla pour une action de sit-in afin de faire entendre la voix du village. En privilégiant la sagesse, l’action s’est déroulée dans un esprit de responsabilité et sérénité sans faire entrave aux fonctionnements administratifs des bureaux la Daira.

En revanche, le dépôt de plainte contre les citoyens et la venue de la gendarmerie au village sont perçus comme des moyens d’intimidation et d’outrage. C’est une provocation, c’est un dépassement condamnable aux yeux des villageois qui se heurtent à un problème écologique.

D’ailleurs, c’est dans un geste de solidarité qu’une autre réunion s’est tenue à Paris (en France) par l’association du village Mesloub pour venir en aide à leurs concitoyens. Ils sont préoccupés par la tournure des événements, et ils refusent de se taire devant un tel carnage écologique ainsi que les agissements de l’entrepreneur. Ils ont exprimé leur consternation face à l’exploitation sauvage de la carrière et un soutien indéfectible à leurs concitoyens en cas de poursuite judiciaire.

En attendant, comme ils l’ont bien mentionné dans leur PV : « Et que d’autres actions de plus grande envergure seront entreprises si les services concernés campent sur leur mutisme. »

Il est à noter, dans la perspective d’y remédier aux dégâts environnementaux, une campagne de reboisement est menée pour sensibiliser les citoyens. En effet, depuis le début de janvier, une opération de plantation de 340 arbres s’est très bien déroulée, un geste qui s’inscrit dans l’ensemble des actions arrêtées par les citoyens du village.

Mahfoudh Messaoudene

Citoyen de Mesloub (Mekla)

 

Auteur
Mahfoudh Messaoudene

 




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