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Monde arabe, du turban et de la cravate : qui joue bien son rôle ?

Dubai

Le turban s’enroule autour de la tête, il tourne en rond. Il a la largeur des épaules et la longueur d’homme. C’est un linceul. La cravate nouée autour du cou et file droit. Elle a un sens. Le turban protège des rayons de soleil dans les déserts, la cravate de la rigueur du froid dans les pays nordiques.

Aujourd’hui, la cravate symbolise la modernité et le turban le conservatisme. L’un est en noir et blanc comme le paradis et l’enfer, l’autre est multi couleur comme l’arc en ciel. Les arabes des fantômes cherchant une place parmi les vivants. Avant l’avènement de l’islam, les dirigeants arabes étaient soit des chefs de tribus, soit des chefs de clans jouissant de la même autorité que les rois et une obéissance totale leur étaient due en temps de guerre comme en temps de paix.

Les Arabes avaient avec leurs parents ainsi qu’avec leur clan des relations profondes, l’esprit de clan était leur raison de vivre ou de mourir. L’esprit de société qui régnait au sein de la tribu était exacerbé par le tribalisme. La diversité humaine, si elle peut être une richesse peut s’accompagner de conflits si les sociétés ne peuvent pas ou ne savent pas les maîtriser. Alors toute différence peut devenir prétexte à conflits.

En effet, chaque société humaine doit instaurer et faire respecter les règles si elle veut survivre et préserver ses ressources. Pour étayer cette affirmation, somme toute incongrue, nous allons faire appel aux sciences sociales. Les ethnologues nous apprennent que la logique de domination n’est pas la même dans toutes les sociétés. Dans les sociétés cannibales, manger l’autre c’est lui reconnaître une identité pareille à la nôtre. C’est une pratique qui consiste à consommer un individu de sa propre espèce pour ne faire avec lui qu’un.

Les sociologues définissent le clanisme comme un comportement d’individus qui recherchent l’intérêt de leur groupe sans tenir compte des règles morales et des lois de la société. Il s’agit de soumettre le clan adverse afin de l’absorber pour ne plus en faire qu’un. L’autre disparaît, il est « avalé ». C’est suite à un rapport de force dominant/dominé ; il n’y a pas de juste milieu. Le clan vaincu est absorbé par le clan vainqueur qui se plie à sa volonté. L’autre n’existe plus, il ne reste que soi. On est comme sur une bicyclette, on est tenu de pédaler, si l’on s’arrête, on tombe et on meurt. Or l’instinct de survie est plus fort. Le clanisme se nourrit de la rente pétrolière. Les deux réunis assurent la stabilité des régimes arabes.

La longévité politique exceptionnelle des régimes arabes est une réalité incontestable. Clanisme et monarchie concourent au même résultat : stabilité politique et stagnation économique. Dans les sociétés traditionnelles, les fonctions du chef du clan se confondent avec celles du chef de l’Etat.

L’Etat n’étant pas une personne morale mais une personne physique celui qui investit l’Etat se comporte en véritable monarque. Il se confectionne une constitution dans laquelle il peut se mouvoir librement. Une djellaba ferait certainement l’affaire sans trahir ses intentions cachées.

La Constitution est une carte d’adhésion au club des nations unies. Les arabes ont été formatés par la colonisation pour s’autodétruire en se dressant les uns contre les autres selon la vieille formule « diviser pour régner » qui a fait l’ascendance de l’occident et le déclin du monde arabo-musulman Cela remonte loin dans le temps, tout a commencé, avec le déclin de l’empire ottoman et la montée en puissance des empires coloniaux britannique et français en l’occurrence.

Les promesses de la création d’un royaume arabe et d’un foyer national juif se sont traduites dans les faits par une duperie pour les uns (guerre entre les arabes musulmans et les turcs musulmans) et par une réparation des crimes nazis pour les autres (foyer national juif en terre arabe de Palestine).

L’avènement des revenus pétroliers a permis la concentration des ressources financières et la centralisation du pouvoir de décision entre les mains d’une seule personne. Les monarchies comme le clanisme ont survécu au nationalisme arabe et aux poussées islamistes grâce au marché pétrolier dominé par les américains. L’Arabie Saoudite a conclu en 1945 un accord avec les Etats Unis consistant à livrer du pétrole en quantité illimitée en échange d’une protection militaire et politique durable du régime monarchique saoudien.

Avec la crise énergétique mondiale les pays arabes sont de nouveau sommés à participer à une guerre qui n’est pas la leur, avec des armes qui ne sont pas les leurs et pour un résultat qui n’est pas le leur. Ils sont les éternels perdants d’une histoire qui se fait sans eux et le plus souvent contre eux. Ils s’accrochent à leur mirage.

L’histoire est un éternel recommencement et la géographie une source intarissable de conflits.. Le pétrole est une arme de corruption massive des sociétés et une assurance vie des gouvernances arabes. Les monarchies comme le clanisme ont survécu au nationalisme arabe et aux poussées islamistes grâce au marché pétrolier dominé par les Américains.

L’organisation socio-politique apparaît comme le moteur essentiel dans la détermination de l’attitude d’une nation. « …la souveraineté nationale qui implique un principe d’indépendance s’évanouit si économiquement, les gouvernants ne peuvent pas choisir une fonction d’objectifs et favoriser pour la mettre en œuvre un agencement des moyens à la disposition des nationaux et de l’Etat ».

L’Etat en Algérie n’est pas seulement un Etat dépendant mais un Etat minimal qui porte les stigmates de toutes les crises qui l’ont secoué : décolonisation ratée, intégration inachevée, extrême vulnérabilité aux ingérences et intérêts étrangers, autant d’indices d’incapacité étatique.

A ce stade la remise en cause de la relation de dépendance devient problématique. Les crises sociales affaiblissent les structures de l’Etat et le rendent de plus en plus tributaire des opérations de sauvetage financière ou militaires des puissances étrangères. La précarité de l’Etat est telle que toute tentative de développement autocentré qui dépasse les exigences de profit des élites au pouvoir est généralement perçue par celles-ci comme un manque à gagner ou une menace.

Ce qui compte avant tout c’est le maintien du statut quo même si cette situation engendre les germes de sa propre destruction. L’histoire est un éternel recommencement et la géographie une source intarissable de convoitises et de conflits.

Dr A. Boumezrag

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