2 février 2023
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Mort de Nizar Banat : l’Autorité palestinienne devant la CPI

Nizar Banat
Nizar Banat, mort lors d’une descente policière

La famille du dissident palestinien Nizar Banat, mort en détention en juin 2021, a soumis ce jeudi à la Cour pénale internationale (CPI) un dossier accusant de hauts responsables palestiniens du « meurtre » de ce critique du président Mahmoud Abbas, a appris l’AFP.

Créée pour juger les pires atrocités commises dans le monde, la CPI avait annoncé en 2021 l’ouverture d’une enquête sur des crimes présumés dans les Territoires palestiniens depuis la guerre de Gaza de 2014, une initiative rejetée par Israël – non membre de la Cour – mais saluée par les Palestiniens.

Récemment, la chaîne Al Jazeera a soumis un autre dossier au tribunal basé à La Haye, accusant l’armée israélienne d’avoir tué de façon délibérée sa reporter Shireen Abu Akleh en mai en Cisjordanie occupée.

Dans l’affaire de Nizar Banat, il s’agit de la « première fois » qu’un Palestinien dépose plainte contre d’autres Palestiniens à la CPI, explique en exclusivité à l’AFP l’avocat de sa famille, Me Hakan Camuz.

Connu pour ses vidéos postées sur les réseaux sociaux critiquant l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas, qu’il accusait de corruption, Nizar Banat, 43 ans, avait été arrêté en juin 2021 par les forces de sécurité palestiniennes puis retrouvé mort quelques heures plus tard.

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Le médecin légiste Samir Abou Zarzour avait fait état de traces de coups à la tête, à la poitrine, au cou, aux jambes et aux mains, et d’un intervalle de moins d’une heure entre ces coups et sa mort.

« Nous allons soumettre des éléments de preuve secrets et des informations privilégiées destinées uniquement au procureur (de la CPI, Karim Khan, NDLR) et que nous ne pouvons pas dévoiler pour le moment car nous devons donner au bureau du procureur le temps de les examiner », indique Me Hakan Camuz.

Une fois ce dossier reçu et étudié, le procureur pourra décider d’enquêter ou non.

Déçus, choqués

Dans la foulée de la disparition du militant, de rares manifestations, sous les cris de « Abbas dégage » et « Justice pour Nizar », et parfois émaillées de heurts, s’étaient multipliées à Ramallah, siège de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Un tribunal local avait ensuite inculpé 14 membres des forces de sécurité palestiniennes qui ont été libérés sous caution à la mi-2022, ce qui a ulcéré la famille du militant.

« Lorsque nous avons vu que ces 14 personnes ont été libérées sans que l’on ne sache trop pourquoi, nous avons compris que le régime de l’Autorité palestinienne, sa police, ses services de sécurité, avaient plus d’autorité que la cour, qu’ils étaient au dessus de la justice », affirme Ghassan Banat, le frère de Nizar, ajoutant que la famille était toujours sous le choc de sa mort.

« C’est pourquoi nous avons décidé de porter la cause dans l’arène internationale (…) et que nous demandons justice à la CPI », dit-il, précisant ne « pas avoir peur » des répercussions de cette démarche soutenue, selon lui, « par la population palestinienne ».

Selon un sondage réalisé l’an dernier par le Centre de recherche palestinien sur la politique et les sondages (PCPSR), principal sondeur dans les Territoires, 63% des Palestiniens interrogés estiment que la mort de Nizar Banat était une « mesure délibérée ordonnée par les branches politique et sécuritaire » de l’AP.

Il « défiait Mahmoud Abbas et disait la vérité sur la situation réelle de l’Autorité palestinienne (…) et c’est pour ça que Mahmoud Abbas a ordonné son meurtre », soutient Ghassan Banat.

Le dossier présenté par la famille à la CPI n’accuse toutefois pas directement Mahmoud Abbas mais sept autres hauts responsables en Cisjordanie.

« Nous ne faisons que demander justice pour un homme qui ne faisait rien d’autre que de dire la vérité sur le pouvoir (…) Karim Khan ne peut ignorer un tel crime et se doit d’enquêter », plaide l’avocat Hakan Camuz.

Avec AFP

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